SCÈNE ÏII
MARTON, LE CHEVALIER A mesure que Jasmin s'éloigne, un paravent qui est placé du côté opposé à celui par lequel il sort se déroule, et le Chevalier parait.
LE CHEVALIER
Marton, ma chère Marton I
MARTON , jetant un cri.
Ah!
LE CHEVALIER
Silence, c'est moi... {lui donnant sa bourse) est-ce que lu ne me reconnais pas?
MARTON
Oh! si fait, monsieur le chevalier, mais c'est que j'étais si loin de vous croire derrière ce paravent... Que venez-vous faire ici, mon Dieu...
LE CHEVALIER
Tu me le demandes...
MARTON
Oui, je VOUS le demande, car enfin... c'est»! étrange de vous voir aujourd'hui... dans cette maison, au moment même où celle que vous aimez se marie avec un autre... Mais comment vous Irouvrz-vous la?
LE CHEVALIER
j Kst-ce que je le sais moi-même, Marton... je
I rôdais comme un fou autour de l'hôtel ; j'ai
1 trouve une porte ouverte, je suis entré sans que
I personne me vU : j ai pris le premier escalier
! venu, j'ai monté un étas;<', j'ai traversé deux ou
trois apparternens, enfin j'en niais ici quand je t'ai
cntciitiuc venir avec Jasmin ; alors je me suis jel^
derrière ce paravent... et me voilà.
MARTON
I Je le sais bien que vous voilà... mais que vou- ' lez-vous? voyons!
I E CHEVALIER
i Ce que je \fu\, Marlon... je veux la revoir iin< fois... une seule fois encore. .. lui dire que j'
UN MARIAGE SOUS LOUIS XV
l'aime, que je n'aimerai jamais qu'elle .. que ce mariage fail mon désespoir et que j'en mourrai.
MARTO^.
Mais vous lui avez dit tout cela à son couvent.'...
Eh bien, Marton! je le lui répéterai.
MARTO\.
Eh! la pauvre enfant ne le sait que de reste,
allez!... d'ailleurs c'est impossible Savez-vous
que vous êtes ici , chez son mari?
LE CHEVALIER
Sans doute que je le sais... mais qi c m'importe?
MARTOX.
Savez-vous qu'ils sont à l'église?...
LE CHEVALIER
A l'église... je voulais y aller à l'église?..
MARTO.N.
Au fait! pourquoi n'avez vous pas fail cela?... Mort de ma vie! que les amans sont une curieuse espèce! Mais savez-vous enfin que dans un instant ils peuvent être de retour?
LE CHEVALIER
Je les attends.
MARTON
Comment! vous les attendez!... mais songez y. VOUS êtes fou !
LE CHEVALIER
Ab ! Marton ! m'oublier ainsi !
Mais elle ne vous a pas oublié... mais elle vous aime toujours. Je ne devrais pas vous le dire, mais c'est qu'en vérité vous me faites peine.
LE CHEVALIER
Elle m'aime et elle se marie?
MARTON
Pouvait-elle faire autrement? Depuisla mort du maréchal , ce mariage n'était-il pas décidé? ne le iaviez-vous pas du premier jour que vous l'avez •encontrée? n'avez-vous pas eu le temps de vous préparer à cet événement, depuis six mois que 'ous l'entretenez au parloir, en venant voir malemoiselle votre sœur? Mais, en vérité, monsieur e chevalier, il faut être raisonnable aussi.
LE CHEVALIER
-Ah! si j'étais sûr seulement qu'elle me tint la )romesse qu'elle m'a faite! Car elle m'a fait une )romesse, Marton.
MARTO.N.
Eh! je la connais, mon Dieu.
LE CHEVALIER
Tu la connais, Marton... Eh bien! crois-tu lu'elle la tiendra ?
MARTON
Et sans doute qu'elle la tiendra... tant qu'elle >ourra... pardi!
LE CHEVALIER
Comment! tant qu'elle pourra?
Que diable, nnmsieur le chevalier, il ne faut . as demander l'imiiossiblo non plus... quand on >|p marie... eh bipti ! mais. . on se marie.
LE CHEVALIER, tombant dans un fauteuil.
Marton, tu me mets au désespoir...
MARTON
Allons, voila que vous vous asseyez maintenant. Le secouant par le bras.) Mais songez donc que dans dix minutes, dans cinq minutes peutêtre ils seront ici.
LE CHEVALIER, sc levant.
Marton, je tuerai le comte.
MARTON
Le comte de Candale!
LE CHEVALIER
Eh! oui, le comte de Candale, le mari de Louise !
MARTON
Comment!... mais je croyais que c'était votre ami?
LE CHEVALIER
Mon ami! oui, sans doute, il l'a été; mais aujourd'hui c'est mon ennemi mortel ; ne m'enlèvet-il pas ce que j'ai de plus cher au monde?
MARTON
Mon Dieu! vous me faites frémir; est-ce que monsieur le comte sait quelque chose de votre amour pour sa femme?
LE CHEVALIER
Oh! Dieu merci, il ne s'en doute point: j'ai eu la force de le cacher à tout le monde.
MARTON
Ah! je respire! Eh bien! monsieur le chevalier, transigeons. Vous veniez pour voir ma maîtresse, n'est-ce pas ?
LE CHEVALIER
Hélas ! oui.
MARTON
Vous comprenez que c'est impossible.
LE CHEVALIER
Impossible, Marton!
MARTON
Mais oui, impossible; vous ne voudriez pas la compromettre, la perdre... n'est-ce pas?
LE CHEVALIER
Oh ! Dieu m'en garde.
MARTON
Car enfin, quels sont ses torts envers vous ? De vous avoir aimé... de vous aimer encore... voilà tout.
LE CHEVALIER
Tu crois qu'elle m'aime toujours?
Eh! j'en suis sûre.
LE CHEVALIER
Ah 1 Marlon, si tu savais le bien que tu me fais!
MARTON
El pour la récompenser de cet amour, innocent hier... coupable aujourd'hui, vous feriez un éclat... Ahifi donc, monsieur le chevalier!
LE CHEVALIER
Je sens bien que tu as raison , Marton ; mais lorsqu'on aime, est-ce qu'on pense à tout cela?...
MARTON
Mais c'est lorsqu'on aime qu'il faut y penser, nu conliaire. .. Voyons. Aoulez-voiis vous brouiller
MAGASIN THRATRAI.
vous rpiiiin il loiii jamais sa
avec le romte.
maison?...
IF, r.IIF.VAI 1EH
Sa maison. Marton! ali! lu |)<mix l»ien compler que je n'y reviendrai jamais 1