‹ Pièces de théâtreChapitre 535 sur 1093 · SCÈNE ÏII · texte numérisé non relu

SCÈNE ÏII

MARTON, LE CHEVALIER A mesure que Jasmin s'éloigne, un paravent qui est placé du côté opposé à celui par lequel il sort se déroule, et le Chevalier parait.

LE CHEVALIER

Marton, ma chère Marton I

MARTON , jetant un cri.

Ah!

LE CHEVALIER

Silence, c'est moi... {lui donnant sa bourse) est-ce que lu ne me reconnais pas?

MARTON

Oh! si fait, monsieur le chevalier, mais c'est que j'étais si loin de vous croire derrière ce paravent... Que venez-vous faire ici, mon Dieu...

LE CHEVALIER

Tu me le demandes...

MARTON

Oui, je VOUS le demande, car enfin... c'est»! étrange de vous voir aujourd'hui... dans cette maison, au moment même où celle que vous aimez se marie avec un autre... Mais comment vous Irouvrz-vous la?

LE CHEVALIER

j Kst-ce que je le sais moi-même, Marton... je

I rôdais comme un fou autour de l'hôtel ; j'ai

1 trouve une porte ouverte, je suis entré sans que

I personne me vU : j ai pris le premier escalier

! venu, j'ai monté un étas;<', j'ai traversé deux ou

trois apparternens, enfin j'en niais ici quand je t'ai

cntciitiuc venir avec Jasmin ; alors je me suis jel^

derrière ce paravent... et me voilà.

MARTON

I Je le sais bien que vous voilà... mais que vou- ' lez-vous? voyons!

I E CHEVALIER

i Ce que je \fu\, Marlon... je veux la revoir iin< fois... une seule fois encore. .. lui dire que j'

UN MARIAGE SOUS LOUIS XV

l'aime, que je n'aimerai jamais qu'elle .. que ce mariage fail mon désespoir et que j'en mourrai.

MARTO^.

Mais vous lui avez dit tout cela à son couvent.'...

Eh bien, Marton! je le lui répéterai.

MARTO\.

Eh! la pauvre enfant ne le sait que de reste,

allez!... d'ailleurs c'est impossible Savez-vous

que vous êtes ici , chez son mari?

LE CHEVALIER

Sans doute que je le sais... mais qi c m'importe?

MARTOX.

Savez-vous qu'ils sont à l'église?...

LE CHEVALIER

A l'église... je voulais y aller à l'église?..

MARTO.N.

Au fait! pourquoi n'avez vous pas fail cela?... Mort de ma vie! que les amans sont une curieuse espèce! Mais savez-vous enfin que dans un instant ils peuvent être de retour?

LE CHEVALIER

Je les attends.

MARTON

Comment! vous les attendez!... mais songez y. VOUS êtes fou !

LE CHEVALIER

Ab ! Marton ! m'oublier ainsi !

Mais elle ne vous a pas oublié... mais elle vous aime toujours. Je ne devrais pas vous le dire, mais c'est qu'en vérité vous me faites peine.

LE CHEVALIER

Elle m'aime et elle se marie?

MARTON

Pouvait-elle faire autrement? Depuisla mort du maréchal , ce mariage n'était-il pas décidé? ne le iaviez-vous pas du premier jour que vous l'avez •encontrée? n'avez-vous pas eu le temps de vous préparer à cet événement, depuis six mois que 'ous l'entretenez au parloir, en venant voir malemoiselle votre sœur? Mais, en vérité, monsieur e chevalier, il faut être raisonnable aussi.

LE CHEVALIER

-Ah! si j'étais sûr seulement qu'elle me tint la )romesse qu'elle m'a faite! Car elle m'a fait une )romesse, Marton.

MARTO.N.

Eh! je la connais, mon Dieu.

LE CHEVALIER

Tu la connais, Marton... Eh bien! crois-tu lu'elle la tiendra ?

MARTON

Et sans doute qu'elle la tiendra... tant qu'elle >ourra... pardi!

LE CHEVALIER

Comment! tant qu'elle pourra?

Que diable, nnmsieur le chevalier, il ne faut . as demander l'imiiossiblo non plus... quand on >|p marie... eh bipti ! mais. . on se marie.

LE CHEVALIER, tombant dans un fauteuil.

Marton, tu me mets au désespoir...

MARTON

Allons, voila que vous vous asseyez maintenant. Le secouant par le bras.) Mais songez donc que dans dix minutes, dans cinq minutes peutêtre ils seront ici.

LE CHEVALIER, sc levant.

Marton, je tuerai le comte.

MARTON

Le comte de Candale!

LE CHEVALIER

Eh! oui, le comte de Candale, le mari de Louise !

MARTON

Comment!... mais je croyais que c'était votre ami?

LE CHEVALIER

Mon ami! oui, sans doute, il l'a été; mais aujourd'hui c'est mon ennemi mortel ; ne m'enlèvet-il pas ce que j'ai de plus cher au monde?

MARTON

Mon Dieu! vous me faites frémir; est-ce que monsieur le comte sait quelque chose de votre amour pour sa femme?

LE CHEVALIER

Oh! Dieu merci, il ne s'en doute point: j'ai eu la force de le cacher à tout le monde.

MARTON

Ah! je respire! Eh bien! monsieur le chevalier, transigeons. Vous veniez pour voir ma maîtresse, n'est-ce pas ?

LE CHEVALIER

Hélas ! oui.

MARTON

Vous comprenez que c'est impossible.

LE CHEVALIER

Impossible, Marton!

MARTON

Mais oui, impossible; vous ne voudriez pas la compromettre, la perdre... n'est-ce pas?

LE CHEVALIER

Oh ! Dieu m'en garde.

MARTON

Car enfin, quels sont ses torts envers vous ? De vous avoir aimé... de vous aimer encore... voilà tout.

LE CHEVALIER

Tu crois qu'elle m'aime toujours?

Eh! j'en suis sûre.

LE CHEVALIER

Ah 1 Marlon, si tu savais le bien que tu me fais!

MARTON

El pour la récompenser de cet amour, innocent hier... coupable aujourd'hui, vous feriez un éclat... Ahifi donc, monsieur le chevalier!

LE CHEVALIER

Je sens bien que tu as raison , Marton ; mais lorsqu'on aime, est-ce qu'on pense à tout cela?...

MARTON

Mais c'est lorsqu'on aime qu'il faut y penser, nu conliaire. .. Voyons. Aoulez-voiis vous brouiller

MAGASIN THRATRAI.

vous rpiiiin il loiii jamais sa

avec le romte.

maison?...

IF, r.IIF.VAI 1EH

Sa maison. Marton! ali! lu |)<mix l»ien compler que je n'y reviendrai jamais 1

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