‹ Pièces de théâtreChapitre 553 sur 1093 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LE COMMANDEUR, JASMIN, puis MARTON.

JASMIN, entrant avec le Commandeur.

Vraiment, c'estvous, monsieur le commandeur, vous-même?

LE COMMANDEUR

Ah! çàl drôle, est-ce que tu me croyais déjà mort, avec tes exclamations?... Je te préviens que tu n'es pas porté sur mon testament.

JASMIN'

Fi donc ! j'espère que monsieur le commandeur me rend plus de justice que de me supposer des sentimens si vulgaires.

MARTON, entrant par la porte qui donne chez sa maîtresse.

^Ah! monsieur le commandeur, c'est vous; j'ai reconnu votre voix, et j'accours vous faire ma révérence... Monsieur le commandeur est donc toutà-fait guéri?

LE COMMANDEUR

Vous voyez, plus ingambe que jamais.

JASMIN

Monsieur le commandeur est peut-être à jeun?

MARTON

Monsieur le commandeur voudrait-il prendre quelque chose?

LE COMMANDEUR

Mais, oui, volontiers, deux doigts de vin d'Espagne, avec un biscuit dedans.

JASMIN

Marton, tu entends ?

MARTON

J'y cours!

LE COMMANDEUR

Ah çà ! mais, est-ce que pendant ce temps-là je ne pourrais pas toujours embrasser mon neveu?

JASMIN

Monsieur le comte n'a pas encore sonné; mais si monsieur le commandeur désire que je le réveille...

LE COMMANDEUR

Non pas, non pas! peste! je n'ai garde!... Ah! il dort encore, l'heureux coquin ! Je comprends ! Marton rentre avec un cabaret.

JASMIN

Eh bien ! non, non, c'est que monsieur le comfhandeur ne comprend pas.

LE COMMANDEUR

Comment! je ne comprends pas?

I lASBUN.

Pas le moins du monde.

LE COHMANDEDR.

Que veux-tu dire î

Je veux dire, que monsieur le Commandeur arrive fort à propos.

LE COMMANDEUR

Mais, que me chante donc ce garçon-là, mademoiselle Marton ?

MARTON

Hélas ! la plus pure vérité, monsieur le commandeur.

JASMIN

C'est monsieur le commandeur qui a fait le mariage ?

LE COMMANDEUR

Oui, pardieu bien, et je m'en vante.

JASMIN

Eh bien! il n'y a pas de quoi.

LE COMMANDEUR

Monsieur Jasmin, vous oubliez toujours que de mon temps les valets attendaient qu'on les interrogeât : il se peut que cette habitude soit perdue à Paris, comme beaucoup d'autres; mais moi, qui habite la province, je l'ai conservée.

JASMIN

Pardon, monsieur le commandeur; j'espère que monsieur le commandeur m'excusera.

LE COMMANDEUR

C'est bien I Je vous dis cela en passant pour votre gouverne ; maintenant, répondez : Que se passe-t-il ici?

MARTON

Ce qui se passe, monsieur le commandeur?... ce qui se passe?

LE COMMANDEUR

C'est à monsieur Jasmin que je parle, mademoiselle.

JASMIN

11 se passe que... [On entendune sonnette dans la chambre à droite.) Tenez, voilà monsieur le comte qui sonne.

On entend une sonnette dans la chambre à gauche. LE COMMANDEUR.

Eh bien ! après ?

MARTON

Tenez, voilà madame la comtesse qui appelle,

LE COMMANDEUR

Mais, c'est monstrueux cela 1

JASMIN

Monsieur le commandeur sait tout maintenant.

LE COMMANDEUR

^lais d'où cela vient-il?... Est-ce la faute de

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Candale? est-ce celle de Louise ?... Mon neveu

aurait-il de l'amour pour quelque autre?... ma uièce aurait-elle de raversioii pour son mari?... Mais, mordieu! répondez donc!... vous parliez trop tout-à-l'heure, et voila maintenant que vous ne parlez pas assez !

JASMIX.

Du temps de monsieur le commandeur, étaitce Ihabitude que les valets se fissent les espions de leurs maîtres?

MARTON

Monsieur le commandeur a des yeux, monsieur le commandeur a des oreilles, et s'il n'est i pas comme les gens dont parle l'Écriture, il verra et il entendra.

LE COMMANDEUR

C'est bien, allez.

Marton sort.

LE COMTE, dans la coulisse.

Jasmin! Jasmin 1

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