‹ Pièces de théâtreChapitre 558 sur 1093 · LA COMTESSE, LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, LE CHEVALIER

Puis le COMMANDEUR.

LE CHEVALIER

Je suis vraiment désolé, comtesse, d'avoir ^ la maladresse de tomber chez vous dans un s» mauvais moment... Mais j'avais à vous par^ d'affaires sérieuses.

LA COMTESSE

Qui vous concernent, chevalier?

LE CHEVALIER

Non pas ; car c'est pour un autre que je porterai la parole.

LA COMTESSE

Et quel est cet autre?

LE CHEVALIER

Le comte.

LA COMTESSE

Mon mari !

LE CHEVALIER

Votre mari, oui, madame.

Oh! vraiment, il choisit étrangement son ambassadeur ; vous en conviendrez, chevalier.

LE CHEVALIER

Hélas! il me croit plus d'influence sur vous que je n'en ai ; de là l'honneur qu'il me fait de me choisir pour son interprète.

LA COMTESSE

Et d'où vient, s'il vous plaît, que le comte ne traite pas ses affaires lui-même?

LE CHEVALIER

Parce qu'il est vraiment fort embarrassé à la première demande que vous lui faites... de...

LA COMTESSE

Ah ! il est question de mon attelage, à ce qu'il paraît !

LE CHEVALIER

Justement.

LA COMTESSE

Et il me le refuse. Ah ! ce n'est point galant. Est-ce que vous ne trouvez pas, chevalier, que le comte a pour moi des procédés affreux?

LE CHEVALIER

Affreux, c'est le mot. Cependant, comtesse, peut être ne faudrait-il pas trop lui en vouloir avant de connaître la cause...

LA COMTESSE

Vous l'excusez!... Ah! c'est très-bien!...

LE CHKVALIKR.

Je ne l'excuse pas, comtesse ; mais il y a telle circonstance...

LA COMTESSE

Eh bien! voyons cette circonstance 1... Quel mo tif donne-t-il? parlez... mais parlez donc!...

LE CHEVALIER, à part.

Le diable m'emporte si je sais que lui répondre, moi.

MAGASIiN THEATRAL

LA COMTESSE

J'attends cette excuse, ou plutôt ce prétexte.

LE CHEVALIER

Mon Dieu, il n'a pas voulu nie le dire... mai» je présume qu'il est un peu gcné.

LA COMTESSE

Vraiment! le comte gêné! et comment cela?

LE CHEVALIER

Oui, il a joue, je crois, cl il a perdu.

LA COMTESSE

Ail ! au fait, je me rappelle, il m'a dit lui-même qu'il (itait joueur.

Il vous l'a dit! Eh bien, c'est cela... il a joué... le joueur!

LA COllfESSE.

Ah : mon Dieu! Et croyez-vous qu'il ait perdu beaucoup?

LE CHEV.VLIER.

Quelque cinquante mille livres peut-être; de sorte que vous comprenez, au moment où il vient de renouveler sa maison , d'acheter cet hôtel... Bref, je le crois fort tourmenté.

LA COMTESSE

Oh! vraiment ! vous croyez le comte tourmenté!

LE CHEVALIER

Pardon, si je vous avoue cela. Je ne voudrais pas, vous comprenez bien, comtesse, que ce que je vous dis en confiance revînt au comte.

LA COMTE-sSE.

Oh! soyez donc tranquille... c'est sacré cela, chevalier. Ah ! vous êtes un bon ami, et c'est bien à vous d'avoir consenti à me faire comprendre mes torts ; je vous en estime davantage, si c'est possible. Et vous croyez vraiment qu'il est inquiet, malheureux, ce pauvre comte?

LE CHEVALIER

Oh! littéralement il ne savait où donner de la tète.

LA COMTESSE

Je le crois bien, quand il vient de me faire cadeau d'une magnifique corbeille. Oh! vous avez bien raison, c'était un caprice. Qu'ai-jc besoin, moi, d'une voiture nouvelle et d'un autre attel-age? Mon Dieu, j'avais demandé cela comme j aurais demandé autre chose. Je ne suppose jamais qu'on puisse manquer d'argent... j'en ai toujours , moi.

LE CHEVALIER

Ainsi vous renoncez à cette voiture?

LA COMTESSE

Est-ce que j'ai quelque chose à vous refuser, v.ievalier?

LE CHEVALIER

Oh : vraiment, vous êtes charmante!

LA COMTESSE

Que vous savez bien l'empire que vous avez sur moi !

lE CHEVALIER.

A la bonne heure, je vous retrouve enfin! Oh! que vous me rendez heureux, comtesse! car cet impire dont vous jjarlez...

LA COMTESSE

Eb bien?

LE CHEVALIER

Eh bien ! je commençais à craindre tout de bon de l'avoir perdu!

LA COMTESSE

Oh! quelle folie!

LE CHEVALIER

Oui, je vous ai trouvée si étrange hier.

Oh! hier, comme c'est étonnant, n'est-ce pas? vous venez justement me parler de la marquise, quand vous savez que j'ai pour cette femme une antipathie...

LE CHEVALIER

Mais non, je ne le savais pas, moi.

LA COMTESSE

Alors, c'est que vous ne devinez rien.

LE CHEVALIER

Eh bien! passe pour hier; j'ai eu tort. Mais ce matin, comtesse, ce matin...

LA COMTESSE

Après? ce matin...

LE CHEVALIER

Oui, comment m'avez-vous reçu î

LA COMTESSE

Moi, je vous ai mal reçu?

LE CHEVALIER

Sans doute: à peine avez-vous fait attention à moi ; j'ai cru que vous ne me verriez pas.

LA COMTESSE

Oh ! cette fois, chevalier, vous en conviendrez, la chose est bien naturelle ; mon oncle arrivait à l'instant même.

Ah! pardon, je ne savais pas que vous eussiez pour cet oncle une si merveilleuse affection.

LA COMTESSE

Cependant vous savez bien que le commandeur est mon second père.

LE CHEVALIER

Oui, et à ce titre je me rappelle les larmes qu'il vous a fait verser lorsqu'il a exigé que vous épousassiez Candale.

LA COMTESSE

Il croyait faire mon bonheur, chevalier, et il faut tenir compte aux gens de l'intention.

LE CHEVALIER

Mais savez-vous que j'ai grande envie d'être jaloux, comtesse?

LA COMTESSE

Et de qui? de mon oncle?

LE CHEVALIER

Non, mais de son neveu.

LA COMTESSE

Eh bien ! mais, chevalier, ne plaisantez point vous n'auriez peut-être pas si grand tort.

LE CHEVALIER

Je commence à le croire.

LA COMTESSE

Le 'Comte est fort agréable.

Quoi! c'est d'aujourd'hui seulement que vous vous en apercevez?

UN MARIAGE SOUS LOUIS XV

LA COMTESSE

D'un charmant caractère.

LE CHEVALIER

Plein de soins, plein de complaisances... allant au-devant de tous vos désirs, témoin cet attelage que vous lui avez demandé...

LA COMTESSE, viveTïient.

Et que vous me refusez en son nom. Au moins il a eu le mérite de craindre de me contrarier; tandis que vous... oh! vous, vous n'avez pas hésité. Je vous en remercie. Mais pardon; j'aperçois mon oncle !

LE CHEVALIEK.

Et il arrive à propos, n'est-ce pas, pour rompre un tête à tête qui commençait à vous peser?

LA COMTESSE

Chevalier!...

LE CHEVALIER

J'attendrai pour vous présenter désormais mes hommages, que vous soyez en meilleure disposition.

LE COMMANDEUR, bos, à la Comtesse.

Laisse-moi seul avec le chevalier.

LE CHEVALIER

Adieu, comtesse; je vous obéis, je me retire.

LA COMTESSE

Non, vous pouvez rester, monsieur, et c'est moi qui vous cède la place. Mon oncle, vous savez que je suis chez moi, que je vous ai vu à peine, et que j'aurai grand plaisir à vous revoir.

Elle rentre.

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