‹ Pièces de théâtreChapitre 559 sur 1093 · LE CHEVALIER, LE COMMANDEUR · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER, LE COMMANDEUR

LE COMMANDEUR, à part.

Ah çà ! mais c'est une dispute d'amoureux cela, ou je ne m'y connais pas.

LE CHEVALIER, s'approchant de la porte.

Permettez, monsieur le commandeur...

LE COMMANDEUR

Pardon, chevalier, pardon.

LE CHEVALIER

Je prie monsieur le commandeur d'agréer mes excuses; mais il faut...

LE COMMANDEUR

Un mot, je vous prie : si vous êtes pressé, j'irai vite. Chevalier, je vous vois aujourd'hui pour la première fois, mais j'ai connu votre père.

Vous m'avez déjà fait l'honneur de me le dire, monsieur le commandeur.

LE COMMANDEUR

Eh bien ! je vous le répète : votre père était un brave et loyal gentilhomme, monsieur, comme il y en avait encore beaucoup à cette époque, et comme il en reste bien peu aujourd'hui... qui surtout regardait l'amitié comme une chose sain te, et qui aurait cru commettre un crime en la trahissant.

I LE CHEVALIER

Pardon, monsieur le commandeur; mais vos

discours me {'.araisscnt cacher une allégorie quelconque, et je suis désolé de vous dire que je ne la comprends pas.

LE COMMANDEUR

Alors, je serai plus clair, chevalier : je dis que si votre père avait eu un ami marié à une femme jeune et jolie, il eût respecté cette femme comme une sœur, par cela même qu'elle était la femme de son ami ; et s'il avait eu le malheur d'aimer cette femme, comme cela aurait pu arriver, il aurait pris sur lui, voyant la confiance de sou ami, de s'éloigner de la maison, et cela de lui-irâèmc, sans attendre qu'il y fiH invité par quelqu'un de ces grands parens dont la mission est de voir ce que Içs autres ne voient jamais. Voilà ce qu'eut fait votre père, chevalier, et voilà ce qu'en digne fils de votre père vous feriez, je le crois, dans la même occasion. Vous me comprenez maintenant, n'est-ce pas? eh bien! méditez sur ce que je vous dis là en passant... Adieu, chevalier.

Le Commandeur entre chez sa nièce.

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LE CHEVALIER, seul; puis LE COMTE.

LE CHEVALIER

Pardieu! si je comprends!... Eh bien! il paraît que tout le monde s'est dontié le mot... Je vous demande un peu en quoi cela le regarde, ce bon commandeur?

II va pour sortir.

LE COMTE

Un instant, un instant, chevalier; et ma commission?

LE CHEVALIER

Ta commission, elle est faite, et bien faite.

LE COMTE

Ah!

LE CHEVALIER

Oui; la comtesse a reconnu l'inutilité d'une voiture nouvelle, et elle y renonce

LE COMTE

Elle y renonce !... et comme une femme renonce à ce qu'elle désire, n'est-ce pas?avec forceplaintes contre le tyran qui exige de pareils sacrifices.

LE CHEVALIER

Mais non, je l'ai trouvée fort raisonnable au contraire, et enchantée de faire quelque chose qui nous fût agréable.

LE COMTE, un peu piqué.

Ah! alors, tu en es content?

Très-content!... mais je n'en dirai pas autant de tout le monde.

LE COMTE

Comment cela ?

LE CHEVALIER

Ah! tu as un oncle!... Dis-moi donc, mm! cher, tu ne m'avais pas prévenu de cet oncle-la... Est-ce que tu le gardes?

LE COMTE

Le commandeur?... Eh bien! mais c'est un

MAGASIN THEATRAL

très-brave homme; un peu roide sur les principes, un peu sévère sur les mœurs, croyant toujours que les choses doirent se passer comme du temps du grand siècle et du grand roi; mais d'ailleurs m'aimant fort, et en toutes circonstances prenant mes intérêts comme un père.

LE CHEVALIER

Oui, parbleu bien; j'ai vu cela. Mais je ne suis pas si heureux que toi; il paraît que je n'ai pas le bonheur d'être dans ses bonnes grâces, à ton oncle.

LE COMTE

Comment donc?

Oui, il m'a presque rais à la porte, mon cher.

LE COMTE

Mis à la porte, toi!...

LE CHEVALIER

C'est comme je te le dis.

LE COMTE

Et pourquoi ?

LE CHEVALIER

Pourquoi? il prétend que je fais la cour à ta femme.

LE COMTE

Tiens I ce cher oncle !

LE CHEVALIER

Et que c'est immoral, et que je trahis l'amitié, et... que sais-je, moi! cent autres balivernes du môme genre. Ah ça! mais pourquoi donc sort-il de sa province, comme cela, sans dire gare?... S'il est d'un autre temps et d'un autre siècle, trèsbien; qu'il reste avec ses aïeux et qu'il laisse leurs descendans tranquilles; avec sa grande perruque, son habit carré et ses soulirrs à talons, que diable! mon cher, ce n'est pas un onde cela, c'est un portrait de famille; qu'il rentre dans son garde-meuble, et qu'on n'en entende plus parler.

LE COMTE

Je te demande bien pardon. C'est un oncle, et la preuve c'est que nous en héritons, deux cent mille livres de rentes... de cet oncle... ainsi, mon cher, te voilà prévenu, tùthc de te tenir bien avec lui, parce que si vous vous brouillez, ma foi, tu comprends, quelque amitié que j'aie pour toi, quelques services que tu m'aies rendus et que tu espères me rendre encore, je serais forcé de me ranger de son côté.

LE CHEVALIER

Comment! mon cher, si ton oncle exigeait que lu me fermasses ta porte, tu me la fermerais... à moi?... ton meilleur ami?

LE COMTE

Ce serait à mon grand regret... mais que veuxtu?... lu saurais que ce n'est pas ma faute, que j'ai eu la main forcée... mais que je l'aime toujours.

LE CHEVALIER

Allons, et de trois. Le seul sur lequel je croyais pouvoir compter, le voilà qui m'abandonne.

LE COMTE

Uelm?

LE CHEVALIER

Rien ; je dis que je suis dans un mauvais jour. Adieu, Caudale.

LE COMTE

Adieu. Quand te reverrons-nous?

LE CHEVALIER

Ma foi, je n'en sais rien; ton oncle m'effraie.

LE COMTE

Je tâcherai de faire ta paix avec lui. Adieu.

Adieu.

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