‹ Pièces de théâtreChapitre 576 sur 1093 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

^ COMTESSE, puis MARTON, put* LE COM- MANDEUR.

LA COMTESSE, scTlant de sa chambre.

Kh bien! Marton?

MaoTon, entrant par la porte du fond.

Vniri monsieur le commandeur, madame...

Le Commandeur entre.

LA COUTRSSB.

0 mon oncle! que vous êtes bon de vou> dé* ranger ainsi, dès le malin, pour-moi... mais voui m'excuserez, n'est-ce pas... j'étais si tourmentée!

LE COMMANnEUR.

Tourmentée... et de quoi?

LA COMTESSE

0 mon oncle! si vous saviez!

LE COMMANOBUK.

Voyons, parle.

UN MARIAGE SOUS LOUIS XV

LA COMTESSE

Oli ; c'est que vous allez nie gronder, mon oncle, cl vous aurez bien raison... Cependant si vous saviez ce que je souffre! vous me trouveriez bien assez punie !

LE COMMANDEUR

Punie!... et de quoi?

LA COMTESSE

De la faute que j'ai commise.

LE COMMANDEUH.

Tu as commis une faute?

Et une bien grande, allez!

LE COMMANDEUR

Mais quelle est celte faute enfin?... voyons.

LA COMTESSE

J'ai été... au bal de l'Opéra !

LE COMMANDEUR

Au bal de l'Opéra?... toute seule?

LA COMTESSE

Oh! non, mon oncle... pas toute seule! avec le chevalier.

LE COMMANDEUR

Avec le chevalier 1... Vous avez été au bal de l'Opéra avec le chevalier, madame?

LA COMTESSE

Que voulez-vous? j'avais la tête perdue

j'étais folle!

LE COMMANDEUR

Et qu'aviez-vous à faire à l'Opéra?

LA COMTESSE

Mon oncle, avez-vousjamais été jaloux?

LE COMMANDEUR

Que signifie...

LA COMTESSE

Oh ! c'est que si vous aviez été jaloux, vous omprendriez ce que je souffre...

LE COMMANDEUR

Eh bien?

LA COMTESSE

Eh bien! mon oncle, j'élais jalouse!...

LE COMMANDEUR

Jalouse!... et de qui?

LA COMTESSE

Du comte.

LE COMMANDEOR.

De Candale?

LA COMTESSE

Oui, de Candale.

LE COMMANDEUR

De ton mari?

LA COMTESSE

£h 1 sans doute, de mon mari !...

LE COMMANDEUR

Âh çà ! mais que diable viens-tu donc me dire i?

LA COMTESSE

Ouï, mon oncle, oui... j'avais été prévenue qu'il 'avait refusé de me mener au bal que pour y 9nduire la marquise. Alors, vous comprenez. ... ai voulu savoir si c'était vrai; et pour m'en Mttrer..... Ëb bien^ oui oui, mou oncle, j ai

commis une grande imprudence, je l'avoue. J'.ti écrit au chevalier de venir... il est venu... et j'ai exigé qu'il me conduisît au bal de l'Opéra. Il y était, mon oncle, on ne m'avait pas trompée .. il y était avec lu marquise... Si vous saviez la unit que j'ai passée!... quand je l'ai vu donnant le bras à cette femme!... Oh !... j étais furieuse!

LE COMMANDEUR

Furieuse de ce que ton mari était avec la marquise, quand tu étais, toi, avec le chevalier!

LA COMTESSE

0 mon oncle! tout cela n'est rien.

LE COMMANDEUR

Comment ! tout cela ce n'est rien?

LA COMTESSE

Je veux dire que tout cela n'est rien auprès de ce qui est arrivé.

LE COMMANDEUR

Mais qu'est-il donc arrivé ?

LA COMTESSE

Imaginez-vous qu'en sortant sous le vestibule de l'Opéra... vous savez, sous le vestibule?

LE COMMANDEUR

Parfaitement.

LA COMTESSE

Eh bien ! un officierqui me suivait depuis quelque temps, et qui sans doute à ma taille et a ma tournure méprenait pour une autre, s'est approché de moi, et m'a dit tout bas quelques mots si inconvenans, que j'en ai malgré moi serré le bras du chevalier, si bien qu'il s'en est aperçu; et comme il avait été d'une humeur massacrante toute la soirée, il a demandé avec beaucoup de hauteur à cet officier ce qu'il avait à me dire; celui-ci lui a répondu que s'il était curieux de le savoir, il n'avait qu'à venir le demander luimême à monsieur de Saillant, capitaine aux gendarmes du roi, rue de Grenelle, numéro 24. De sorte que je crois, mon oncle, que ce matin, ils doivent se battre.

LE COMMANDEUR

Se battre !

LA COMTESSE

Oui; et vous comprenez quel scandale, si l'on venait à savoir que j'étais à ce bal, que j'y étais au bras du chevalier... que le chevalier a pris une querelle à mon occasion?... Oh! alors, je serais perdue, et jamais Candale ne me pardonneruit.

LE COMMANDEUR

Et il aurait, mordieu! bien raison.

LA COMTESSE

Vous voyez bien, mon oncle, qu'il faut absolument que vous me tiriez d'embarras.

LE commanheuk.

Oui, je comprends, c'est le plus pressé d'abord; mais ensuite...

LA COMTESSE

Ensuite, mon oncle, je ferai tout ce que vous voudrez,

Eh bien! alors, apprêtez-vous à me suivre.

LA COMTESSE

Aujourd'hui même ?

MAGASIN THÉÂTRAL

LE COMMANDEUR

A rentrer dans votre couvent...

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