SCÈNE PREMIÈRE
^ COMTESSE, puis MARTON, put* LE COM- MANDEUR.
LA COMTESSE, scTlant de sa chambre.
Kh bien! Marton?
MaoTon, entrant par la porte du fond.
Vniri monsieur le commandeur, madame...
Le Commandeur entre.
LA COUTRSSB.
0 mon oncle! que vous êtes bon de vou> dé* ranger ainsi, dès le malin, pour-moi... mais voui m'excuserez, n'est-ce pas... j'étais si tourmentée!
LE COMMANnEUR.
Tourmentée... et de quoi?
LA COMTESSE
0 mon oncle! si vous saviez!
LE COMMANOBUK.
Voyons, parle.
UN MARIAGE SOUS LOUIS XV
LA COMTESSE
Oli ; c'est que vous allez nie gronder, mon oncle, cl vous aurez bien raison... Cependant si vous saviez ce que je souffre! vous me trouveriez bien assez punie !
LE COMMANDEUR
Punie!... et de quoi?
LA COMTESSE
De la faute que j'ai commise.
LE COMMANDEUH.
Tu as commis une faute?
Et une bien grande, allez!
LE COMMANDEUR
Mais quelle est celte faute enfin?... voyons.
LA COMTESSE
J'ai été... au bal de l'Opéra !
LE COMMANDEUR
Au bal de l'Opéra?... toute seule?
LA COMTESSE
Oh! non, mon oncle... pas toute seule! avec le chevalier.
LE COMMANDEUR
Avec le chevalier 1... Vous avez été au bal de l'Opéra avec le chevalier, madame?
LA COMTESSE
Que voulez-vous? j'avais la tête perdue
j'étais folle!
LE COMMANDEUR
Et qu'aviez-vous à faire à l'Opéra?
LA COMTESSE
Mon oncle, avez-vousjamais été jaloux?
LE COMMANDEUR
Que signifie...
LA COMTESSE
Oh ! c'est que si vous aviez été jaloux, vous omprendriez ce que je souffre...
LE COMMANDEUR
Eh bien?
LA COMTESSE
Eh bien! mon oncle, j'élais jalouse!...
LE COMMANDEUR
Jalouse!... et de qui?
LA COMTESSE
Du comte.
LE COMMANDEOR.
De Candale?
LA COMTESSE
Oui, de Candale.
LE COMMANDEUR
De ton mari?
LA COMTESSE
£h 1 sans doute, de mon mari !...
LE COMMANDEUR
Âh çà ! mais que diable viens-tu donc me dire i?
LA COMTESSE
Ouï, mon oncle, oui... j'avais été prévenue qu'il 'avait refusé de me mener au bal que pour y 9nduire la marquise. Alors, vous comprenez. ... ai voulu savoir si c'était vrai; et pour m'en Mttrer..... Ëb bien^ oui oui, mou oncle, j ai
commis une grande imprudence, je l'avoue. J'.ti écrit au chevalier de venir... il est venu... et j'ai exigé qu'il me conduisît au bal de l'Opéra. Il y était, mon oncle, on ne m'avait pas trompée .. il y était avec lu marquise... Si vous saviez la unit que j'ai passée!... quand je l'ai vu donnant le bras à cette femme!... Oh !... j étais furieuse!
LE COMMANDEUR
Furieuse de ce que ton mari était avec la marquise, quand tu étais, toi, avec le chevalier!
LA COMTESSE
0 mon oncle! tout cela n'est rien.
LE COMMANDEUR
Comment ! tout cela ce n'est rien?
LA COMTESSE
Je veux dire que tout cela n'est rien auprès de ce qui est arrivé.
LE COMMANDEUR
Mais qu'est-il donc arrivé ?
LA COMTESSE
Imaginez-vous qu'en sortant sous le vestibule de l'Opéra... vous savez, sous le vestibule?
LE COMMANDEUR
Parfaitement.
LA COMTESSE
Eh bien ! un officierqui me suivait depuis quelque temps, et qui sans doute à ma taille et a ma tournure méprenait pour une autre, s'est approché de moi, et m'a dit tout bas quelques mots si inconvenans, que j'en ai malgré moi serré le bras du chevalier, si bien qu'il s'en est aperçu; et comme il avait été d'une humeur massacrante toute la soirée, il a demandé avec beaucoup de hauteur à cet officier ce qu'il avait à me dire; celui-ci lui a répondu que s'il était curieux de le savoir, il n'avait qu'à venir le demander luimême à monsieur de Saillant, capitaine aux gendarmes du roi, rue de Grenelle, numéro 24. De sorte que je crois, mon oncle, que ce matin, ils doivent se battre.
LE COMMANDEUR
Se battre !
LA COMTESSE
Oui; et vous comprenez quel scandale, si l'on venait à savoir que j'étais à ce bal, que j'y étais au bras du chevalier... que le chevalier a pris une querelle à mon occasion?... Oh! alors, je serais perdue, et jamais Candale ne me pardonneruit.
LE COMMANDEUR
Et il aurait, mordieu! bien raison.
LA COMTESSE
Vous voyez bien, mon oncle, qu'il faut absolument que vous me tiriez d'embarras.
LE commanheuk.
Oui, je comprends, c'est le plus pressé d'abord; mais ensuite...
LA COMTESSE
Ensuite, mon oncle, je ferai tout ce que vous voudrez,
Eh bien! alors, apprêtez-vous à me suivre.
LA COMTESSE
Aujourd'hui même ?
MAGASIN THÉÂTRAL
LE COMMANDEUR
A rentrer dans votre couvent...