‹ Pièces de théâtreChapitre 617 sur 1093 · CALIGULA, JUNIA · texte numérisé non relu

CALIGULA, JUNIA

CALiccLA, courant à laporte du fond où frappe Junia,

et oiivrayit celle porte lui-même.

Pourquoi n'oijvre-t-on pas? Pardonne-moi, nourrice, J'ai reconnu ta voix- que me veux-tu?

JUNIl.

Justice.

On m'a pris mon enfant, on m'a volé ta sœur, César!

CALIGULA

Et connais-tu l'infâme ravisseur?

JUNIA

Non, mais je viens à toi, le front couvert de poudre, A toi, le tout-puissant, à toi, qui tiens la foudre, A toi. mon fils, à toi, qui sais tout comme un dieu, Redemander ma fiHe; à toute heure, en tout lieu , Ton bras impérial peut librement s'étendre. Et chez les plus puissans aller me la reprendre. César, rends-moi Stella, ma fille, mon enfant. Et vraiment tu seras l'empereur triomphant, Quid'une main frappanll'ennemi comme un homme. De l'autre comme un dieu sèche les pleurs de Rome.

CA.LIGULA.

Mais sais-je où la trouver! ma mère?

JUNIA

Écoute-moi.

Ne perdons pas de temps... viens... j'irai devant toi; L'instinct me guidera, noble fils d'Agrippine, Comme il puida Cérès poursuivant Proserpine; Etcommeelleallumanl deux flambeaux tour à tour, Pour chercher ma Stella la nuit comme le jour. J'irai sansm'arréter, dans mes douleurs anières, Sur ma route, à grands cris, interrogeant les mères. Et suivant tous chemins qui me seront oITerls, Dût celui qu'elle a pris me conduire aux enfers

CALIGULA

Mais Aquila nous peut aider dans cette tichc.

Ah! qu'un amour de mère est égoïste et lâche!

Je ne l'avais pas dit... je l'avais oublié,

Qu'ils l'ont comme un esclave, abattu, pris, lié,

Conduit je ne sais où ! Tu vois bien qu'il est juste

A toi, César, à loi, le pelil-fils d'Auguste,

De punir sans retard deux crimes odieux

Qui se sont accomplis près de toi, sous tes yeux;

Et qu'il ne se peut pas que ta soeur outragée

Ait rougi d'UD affront et ne soit pas vengée.

CALIGULA

Enfin accuses-tu quelque noble romain?

JDNIA.

Non, j'ai senti le fer et n'ai pas vu la main. Mais d'avance on connaît ceux-là que sans injure On devra soupçonner d'un rapt ou d'un parjure. Plus d'un, autour de toi, du fait est coutumier : Ton oncle. ••

CALIGULA

Claudius?

JDNIA.

Oui, lui tout le premier.

CALICCLA, avec mépris.

Tu lui fais trop d'honneur lorsque tu le condamnes Il faut à Claudius de basses courtisanes, Voilà tout.

JDNIA

Cherea peut être soupçonné...

CALIGULA, avec l'air du doute.

Le crime est bien pesant pour un efféminé Qui, couché surdos fleurs, à Vénus boit sans trêye Dans une coupe d'or plus lourde que son glaive.

JUNIA

Sabinus...

CALIGOLA , souriant.

Celui-là, nourrice, pour l'instant.

S'occupe avec succès d'un soin plus important ; Il conspire.

JDNIA.

Malheur!

CALIGDLA.

Et maintenant, écoute :

Le coupable est un noble, homme puissant, sans

[doute.

Qui peut, craignant de voir ses crimes avérés. Étendre jusqu'à toi ses coups désespérés.

JUNIA

Soit!... il m'a fait la vie et non la mortamère.

CALIGULA

Mais moi, je dois veiller sur les jours de ma mère. Tune sortiras plus; je veux, dès ce moment, Te loger au palais dans un appartement, 1 Où, de peur que te suive une trame imprévue. Mes soldats les plus sûrs te garderont à vue. Quanta ma sœur, c'est moi qui la retrouverai.

I JUNIA

1 Oh! je t'aimais, mon fils, mais je t'adorerai

I Comincundicu;nepcrdspasun('journéc, uneheure.

CALIGULA

Si je perds un instant, ma mère, que je meure; César ne promet pas vainement : de ma main Ta fille te sera remise.

JDNIA.

Quand?

CALIGULA

Demain.

JDNIA.

0 mon fils! mon César, mon empereur, monmattre, Avec ce mot, demain, lu viens deme soumettrej Oii me faut-il aller? conduis-moi, me voilà. Oh! demain, m'as-tu dit? demain.

CALIGDLA.

Oui.

CALIGULA

joNU, tressaillant au bruit du peuple qui commence à s'aynasser au pied du palais.

Qu'est cela?

CALIGDLA.

Rienl la réalité seulement suit le rêve.

JVNIA.

Ce bruit?

CALICDLA

C'est l'Océan qui monte sur la grève; Mais nous pouvons d'ici déjouer ses complots,

Frappant du pied.

Et ce roc est, ma mère, à l'épreuve des flots.

Us sortent par la porte du fond ; au même moment , Messalinc lève la tapisserie de la porte à gauche et les spit des yeux.

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