SCENE II
AQUIU, STELLA.
AQUILA, ouvrant la porte et soulevant la tapisserie. Stella!
STELLA, se précipitant vers lui
Mon Aquila!
AQUILA
Ma Stella !
STELLA, tombant à genoux.
Dieu puissant!...
AQUILA
Ma Sli'lla! mon amour! ma lumière! mon sang
STELLA
Vou? m'avez exaucée en ma doulcifr amètc,
(JAMCiLLA.
Soyez béni, Seigneur 1...
Se l'elcvaiil.
Et ma mère, ma mèic?
AQUILA
Ta mère, ma Stella, nous la retrouverons; i\Iais d'abord il faut fuir...
STELLA
Crois- tu que nous pourrons?
AQUILA
.!(; l'espère : une femme, ou pluti'it un génie, Av;;nt prison pitié mon ardente agonie, .\ travers cent détours, par un obscur chemin. M'a jusqu'à celte porte amené par la main. (/•lie femme pourra, sans doute, inaperçue, Nous reconduire encor par cette même issue, r.t nous fuirons alors...
STELLA
Oùï
AQUILA
N'importe... au hasard.
Pourvu que nous mettions entre nous et César Quelque chaîne élevée ou quelque mer profonde, Les Alpes, l'Océan, et, s'il le faut, un monde.
STELLA
Alors, pas un instant à perdre.
AQUILA
Non, suis-moi.
Essayant d'ouvrir.
Par le Styxl cette porte..
Est refermée?...
AQDILA.
Oui...voil
STELLA
Peut-être seulement est-elle difficile.
Et Ta-t-elle céder?...
AQUILA
Inutile! inutile I 0 malheurl oh! voilà de tes coups imprévus!
STELLA
Mais comment se peut-il?
AQUILA
Nous aurons été vus, Et César..
STELLA
Oh! tais-toi!... tu doubles mes alarmes.
AQUILA
Nous tient tous deux...
STELLA
Tous deux!
AQUILA
Etsansarmes, sans armes
STELLA
Mon frère, mon ami, ne désespérons pas. AQUILA, apercevant la seconde porte.
Oui, cette porte, vois...
Essayant d'ouvrir.
Fermée encore.
STELLA
Hélas !
AQUILA
N'e&t-il donc nulle issue? attends, cette fcnctrc... Pai' elle nous pourrons uous éclio;iper pcut-ciic.
I STELLA
I Impossible.
I AQUILA
Et pourquoi, puisqu'elle est sans barreaux?
j STELLA.
j Des soldats sont placés dans la cour.
I AQUILA
j Des bourreaux I
' R('von;int tnmîicr ?;nr un l':nilctiil
I Ah! nous sommes maudits!...
I STELLA
j Frère !
I AQUILA
! Plus d'espérance.
I Frère, écoute-moi donc.
; AQUILA
î Infeinales souffrances I
j STELLA.
^ Aquila, pour mourir je to croyais plus fort.
1 AQUILA
I Stella, si je n'avais à craindre que la mort! j Mais sousmes yeuxpo«t-étre aux bras de cet infâme Te voir...
STELLA
Écoute-moi, pauvre et débile femme.
Oui voudra me tuer n'a pa=, besoin de fer, Et me peut de ses mains aisément étouffer.
AQUILA
: Que dis-tu?
STELLA
Jure-moi...
AQUILA
Stella!
, STELLA
Qu'à l'instant même
Où cette porte..
Assez...
STELLA
Si mon Aquila in'aime.
Doit-il pas préférer ma mort au déshonneur?
AQUILA
Ohl
STELLA
Mourir de ta main, ce serait un bonheur!
AQUILA
Tais-toi.
STELLA
Mon Aquila, songe...
AQUILA
C'est un vertige.
STELLA
Que c'est le seul moyen, le seul...
AQUILA
Tais-toi, tedis-jc.
Tais- toi
STELLA
Donne-lui donc, 6 puissant Jéhovah, Ta force... car je sons (juo la mienne s'en va.
S.ciii;lu!aiil.
?.Ion Dieu, mon Dieu, Uiourir!..
MAGASIN THEATRAL
AQUiLA, lui relevant la (étt
Oui, nous mourrons sans doute; Mais avant de mourir...
STELLA
Tu me fais peur
AQUILA
Écoute :
Que le dernier instant de notre dernier jour, Stella, soit tout entier réservé pour l'amour. Il la prenil dans ses bras.
STELLA, àe retirant.
Que dis-tu? que fais-tu?
AQlILA.
Dans cette heure suprême, Si tu m'aimes...
STELLA
Eh bienl achève... si je t'aime,,
AQUILA
Et si jusqu'à ce jour, pur et religieux.
Ton amour virginal fut béni parlesDieux,
Eh bien! que cet amour, bravant la mort jalouse,
En cette heure se change en un amour d'épouse;
Et puisqu'il faut monrir,Stella, plus de regrets.
Plus rien que le bonheur, et le néant après !...
STELLA, se dégageant de ses bras.
Malheureux 1 cettenuitde lumière suivie.
Que tu crois le néant, c'est la seconde vie; C'est le jour éternel qui n'a point de couchant, L'espérance du juste et l'effroi du méchant!
AQUILA
C'est le royaume obscur des déités funèbres.
STELLA
0 pauvre ame aveuglée et pleine de ténèbres I La tombe est la barrière où Dieu séparera De qui le méconnut celui qui l'adora!
AQUILA
Eh bien! puisque ton Dieu, par une loi barbare, Change en crimel'erreur... puisque tonDieu sépare i,Ce que la terre en vain tenta de rapprocher, Que ton Dieu de mes bras vienne donc t'arrachcr!...
STELLA, inspirée.
Que plutôt pour toujours sa bonté nous rassemble, El qu'au pied de son trône il nous emporte ensemble.
AQUILA
Ensemble pour toujours au ciel, au sombre lieu, Partout où tu voudras, mais ensemble!...
STELLA
0 mon Dieu, Vous le voyez, l'aveugle cnlr'ouvre la paupière. Et dans l'ombre perdu marche à votre lumière.
Mais ne m'as-tu pas dit...
STELLA
Qu'à l'heure du trépas Mon Dieu punissait ceux qui ne l'adoraient pas; Mais pour nous sa justice, égale et tutélairc, A des trésors d'amour ainsi que de colère, El, toujours équitable, il fit rétcrnitc. Comme de ton courroux, fille de sa bonté! Mon Aquila, mon frère, écoute : à l'instant niéme, Tu m'as, pauvre insensé, demandé si jet'aimc Eh bien! dans ce moment terr'.bh; et solennel. Oui, jo t'aime, Aquila, d'un apiour éternel!
Éternel, car je veux que l'heure du supplice. Loin de nous séparer, pour toujours nous uni-- Oh ! le Seigneur m'inspire et seconde mes vœux. Il me donnesa force... Écoute-moi: je veux Que nu)iiDi(ui soit le tien, ma croyance la tienne, Afin qu'au ciel encor ta Stella t'appartienne.
AQUILA
Se peut-il?
STELLA
Qu'eût été ce bonheur d'un instant Près du bonheur sans fin qui là-haut nous attend? Qu'eût été cette ardeur éphémère et coupable Auprès de cet amour immense, inépuisable, Dont Dieu, pour remplacer l'autre amourqui n'est Mit la source éternelle au cœur de ses élus? [plus,
AQUILA
Mais je suis païen, moi.
STELLA
Qu'importe, si ton ame Est prête à s'allumera la céleste flamme? Qu'importe, si tu veux te sauver aujourd'hui?
AQUILA
Mais pour être sauvé, que faut-il?
STELLA
Croire en lui.
AQUILA
Écoute, je ne sais si ce Dieu qui t'inspire
Jamais des autres dieux renversera l'empire.
Si cette éternité promise à notre amour
Fut de tout temps, ou bien doit exister un jour.
Et si de mon ardeur l'inextinguible flamme.
Quand mon cœu r sera mort, doit revivre en mon ame.
Mais je sais, en échange, ô Stella, que je crois
A tout ce que tu dis avec ta douce voix;
Que je veux surnousdeuxquele même coup tombe,
Afin de partager l'avenir de ta tombe ,
Et que c'est ou ta nuit ou ton jour qu'il me faut
Pour dormir ici-bas ou ih'éveiller là-haut.
STELLA
Eh bien donc, puisqu'il plaît au Seigneur qui m'en- De te conduire au ciel, ami, par cette voie, [voie. Et que la pauvre femme à qui son jour a lui. Néophyte d'hier, est apôtre aujourd'hui; Puisque, pour enseigner la sublime croyance. L'intention suffit où manque la science; Puisqu'il daigne abaisser son œil divin surnous. Je vais t'interroger.
AQUILA
Jo t'écoutc.
STELLA
A genoux.
Crois-tu que de mon Dieu la puissance féconde Ait par sa volonté du néant fait le monde?
AQUILA
Oui.
STELLA
Crois-tu que le Christ, Sauveur prédestiné, Conçu de l'Esprit saint, d'une Vierge soitnéT
AQUILA
Oui.
8TKLLA.
Crois-lu que, versé par sa mort volontaire, Son sang ait racheté les crimes de la terra?
CALIGULA
Et crois-tu que, pour nous étendu sur la croix, Il souffrit et mourut... le crois-tu?
AQUILA
Je le crois.
C'est bien. Fils exilé de la céleste enceinte. Je te baptise au nom de la Trinité sainte. Fermé par l'ignorance etrouvertpar la foi, Chrétien, leciel t'attend...
Voyant la porte s'ouvrir et Ces.ir qui parait. Martyr, relève-toi!
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