‹ Pièces de théâtreChapitre 628 sur 1093 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

AQUIU, STELLA.

AQUILA, ouvrant la porte et soulevant la tapisserie. Stella!

STELLA, se précipitant vers lui

Mon Aquila!

AQUILA

Ma Stella !

STELLA, tombant à genoux.

Dieu puissant!...

AQUILA

Ma Sli'lla! mon amour! ma lumière! mon sang

STELLA

Vou? m'avez exaucée en ma doulcifr amètc,

(JAMCiLLA.

Soyez béni, Seigneur 1...

Se l'elcvaiil.

Et ma mère, ma mèic?

AQUILA

Ta mère, ma Stella, nous la retrouverons; i\Iais d'abord il faut fuir...

STELLA

Crois- tu que nous pourrons?

AQUILA

.!(; l'espère : une femme, ou pluti'it un génie, Av;;nt prison pitié mon ardente agonie, .\ travers cent détours, par un obscur chemin. M'a jusqu'à celte porte amené par la main. (/•lie femme pourra, sans doute, inaperçue, Nous reconduire encor par cette même issue, r.t nous fuirons alors...

STELLA

Oùï

AQUILA

N'importe... au hasard.

Pourvu que nous mettions entre nous et César Quelque chaîne élevée ou quelque mer profonde, Les Alpes, l'Océan, et, s'il le faut, un monde.

STELLA

Alors, pas un instant à perdre.

AQUILA

Non, suis-moi.

Essayant d'ouvrir.

Par le Styxl cette porte..

Est refermée?...

AQDILA.

Oui...voil

STELLA

Peut-être seulement est-elle difficile.

Et Ta-t-elle céder?...

AQUILA

Inutile! inutile I 0 malheurl oh! voilà de tes coups imprévus!

STELLA

Mais comment se peut-il?

AQUILA

Nous aurons été vus, Et César..

STELLA

Oh! tais-toi!... tu doubles mes alarmes.

AQUILA

Nous tient tous deux...

STELLA

Tous deux!

AQUILA

Etsansarmes, sans armes

STELLA

Mon frère, mon ami, ne désespérons pas. AQUILA, apercevant la seconde porte.

Oui, cette porte, vois...

Essayant d'ouvrir.

Fermée encore.

STELLA

Hélas !

AQUILA

N'e&t-il donc nulle issue? attends, cette fcnctrc... Pai' elle nous pourrons uous éclio;iper pcut-ciic.

I STELLA

I Impossible.

I AQUILA

Et pourquoi, puisqu'elle est sans barreaux?

j STELLA.

j Des soldats sont placés dans la cour.

I AQUILA

j Des bourreaux I

' R('von;int tnmîicr ?;nr un l':nilctiil

I Ah! nous sommes maudits!...

I STELLA

j Frère !

I AQUILA

! Plus d'espérance.

I Frère, écoute-moi donc.

; AQUILA

î Infeinales souffrances I

j STELLA.

^ Aquila, pour mourir je to croyais plus fort.

1 AQUILA

I Stella, si je n'avais à craindre que la mort! j Mais sousmes yeuxpo«t-étre aux bras de cet infâme Te voir...

STELLA

Écoute-moi, pauvre et débile femme.

Oui voudra me tuer n'a pa=, besoin de fer, Et me peut de ses mains aisément étouffer.

AQUILA

: Que dis-tu?

STELLA

Jure-moi...

AQUILA

Stella!

, STELLA

Qu'à l'instant même

Où cette porte..

Assez...

STELLA

Si mon Aquila in'aime.

Doit-il pas préférer ma mort au déshonneur?

AQUILA

Ohl

STELLA

Mourir de ta main, ce serait un bonheur!

AQUILA

Tais-toi.

STELLA

Mon Aquila, songe...

AQUILA

C'est un vertige.

STELLA

Que c'est le seul moyen, le seul...

AQUILA

Tais-toi, tedis-jc.

Tais- toi

STELLA

Donne-lui donc, 6 puissant Jéhovah, Ta force... car je sons (juo la mienne s'en va.

S.ciii;lu!aiil.

?.Ion Dieu, mon Dieu, Uiourir!..

MAGASIN THEATRAL

AQUiLA, lui relevant la (étt

Oui, nous mourrons sans doute; Mais avant de mourir...

STELLA

Tu me fais peur

AQUILA

Écoute :

Que le dernier instant de notre dernier jour, Stella, soit tout entier réservé pour l'amour. Il la prenil dans ses bras.

STELLA, àe retirant.

Que dis-tu? que fais-tu?

AQlILA.

Dans cette heure suprême, Si tu m'aimes...

STELLA

Eh bienl achève... si je t'aime,,

AQUILA

Et si jusqu'à ce jour, pur et religieux.

Ton amour virginal fut béni parlesDieux,

Eh bien! que cet amour, bravant la mort jalouse,

En cette heure se change en un amour d'épouse;

Et puisqu'il faut monrir,Stella, plus de regrets.

Plus rien que le bonheur, et le néant après !...

STELLA, se dégageant de ses bras.

Malheureux 1 cettenuitde lumière suivie.

Que tu crois le néant, c'est la seconde vie; C'est le jour éternel qui n'a point de couchant, L'espérance du juste et l'effroi du méchant!

AQUILA

C'est le royaume obscur des déités funèbres.

STELLA

0 pauvre ame aveuglée et pleine de ténèbres I La tombe est la barrière où Dieu séparera De qui le méconnut celui qui l'adora!

AQUILA

Eh bien! puisque ton Dieu, par une loi barbare, Change en crimel'erreur... puisque tonDieu sépare i,Ce que la terre en vain tenta de rapprocher, Que ton Dieu de mes bras vienne donc t'arrachcr!...

STELLA, inspirée.

Que plutôt pour toujours sa bonté nous rassemble, El qu'au pied de son trône il nous emporte ensemble.

AQUILA

Ensemble pour toujours au ciel, au sombre lieu, Partout où tu voudras, mais ensemble!...

STELLA

0 mon Dieu, Vous le voyez, l'aveugle cnlr'ouvre la paupière. Et dans l'ombre perdu marche à votre lumière.

Mais ne m'as-tu pas dit...

STELLA

Qu'à l'heure du trépas Mon Dieu punissait ceux qui ne l'adoraient pas; Mais pour nous sa justice, égale et tutélairc, A des trésors d'amour ainsi que de colère, El, toujours équitable, il fit rétcrnitc. Comme de ton courroux, fille de sa bonté! Mon Aquila, mon frère, écoute : à l'instant niéme, Tu m'as, pauvre insensé, demandé si jet'aimc Eh bien! dans ce moment terr'.bh; et solennel. Oui, jo t'aime, Aquila, d'un apiour éternel!

Éternel, car je veux que l'heure du supplice. Loin de nous séparer, pour toujours nous uni-- Oh ! le Seigneur m'inspire et seconde mes vœux. Il me donnesa force... Écoute-moi: je veux Que nu)iiDi(ui soit le tien, ma croyance la tienne, Afin qu'au ciel encor ta Stella t'appartienne.

AQUILA

Se peut-il?

STELLA

Qu'eût été ce bonheur d'un instant Près du bonheur sans fin qui là-haut nous attend? Qu'eût été cette ardeur éphémère et coupable Auprès de cet amour immense, inépuisable, Dont Dieu, pour remplacer l'autre amourqui n'est Mit la source éternelle au cœur de ses élus? [plus,

AQUILA

Mais je suis païen, moi.

STELLA

Qu'importe, si ton ame Est prête à s'allumera la céleste flamme? Qu'importe, si tu veux te sauver aujourd'hui?

AQUILA

Mais pour être sauvé, que faut-il?

STELLA

Croire en lui.

AQUILA

Écoute, je ne sais si ce Dieu qui t'inspire

Jamais des autres dieux renversera l'empire.

Si cette éternité promise à notre amour

Fut de tout temps, ou bien doit exister un jour.

Et si de mon ardeur l'inextinguible flamme.

Quand mon cœu r sera mort, doit revivre en mon ame.

Mais je sais, en échange, ô Stella, que je crois

A tout ce que tu dis avec ta douce voix;

Que je veux surnousdeuxquele même coup tombe,

Afin de partager l'avenir de ta tombe ,

Et que c'est ou ta nuit ou ton jour qu'il me faut

Pour dormir ici-bas ou ih'éveiller là-haut.

STELLA

Eh bien donc, puisqu'il plaît au Seigneur qui m'en- De te conduire au ciel, ami, par cette voie, [voie. Et que la pauvre femme à qui son jour a lui. Néophyte d'hier, est apôtre aujourd'hui; Puisque, pour enseigner la sublime croyance. L'intention suffit où manque la science; Puisqu'il daigne abaisser son œil divin surnous. Je vais t'interroger.

AQUILA

Jo t'écoutc.

STELLA

A genoux.

Crois-tu que de mon Dieu la puissance féconde Ait par sa volonté du néant fait le monde?

AQUILA

Oui.

STELLA

Crois-tu que le Christ, Sauveur prédestiné, Conçu de l'Esprit saint, d'une Vierge soitnéT

AQUILA

Oui.

8TKLLA.

Crois-lu que, versé par sa mort volontaire, Son sang ait racheté les crimes de la terra?

CALIGULA

Et crois-tu que, pour nous étendu sur la croix, Il souffrit et mourut... le crois-tu?

AQUILA

Je le crois.

C'est bien. Fils exilé de la céleste enceinte. Je te baptise au nom de la Trinité sainte. Fermé par l'ignorance etrouvertpar la foi, Chrétien, leciel t'attend...

Voyant la porte s'ouvrir et Ces.ir qui parait. Martyr, relève-toi!

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