‹ Pièces de théâtreChapitre 649 sur 1093 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

HORACE, seuV.

L'air de danse continue toujours Il se moque de moi et il a raison!... (S'asseyant sur le canapé à droilc.) Mais c'est qu'aujourd'hui plus que jamais, aujourd'hui tout me la rappelle... C'est ici... qu'il y a un an, à celte même fête, dans ce petit salon... je I ai vue apparaître... [Apercevant Angéle et Uriijilte qui entrent par la porte du fond à gauche.) Ah ! cette taille, celle '.ournure... surtout... ce joli pied!...

SCr.NK IV.

imir.nTK et ANC.KI.K. au fond du théâtre;

IIOK.\CK, sur le canapé.

TUIO.

ANGÈi.E, d Briijitle.

Tout est-il disposé?

nniGiTTi^.

C'est convenu, c'est dit !

ANCÉLK

La voiture à minuit nous attendra !...

iionACE, sur le canapé, à part.

C'est elle ANGÉLE, (i Brigitte.

Et loi, son(»e<-y bien !... nu rendez-vous fidèle Dans ce salon à minuit !

DlUGITTi: et UOItACK.

A iiiiiiuit I

ANGÈLt.

Un instant île retard, et nous serions perdue<.

liniCITTC.

.le le sais bien 1

ANGÉLE.

Et rien qu'y peiiser me fait pcurl lir.lGITTK.

Allons, madame, allons, du rreur.

Et dans la foule ronfondues En songeant au phiisir, oublinns la fraveur! ENSEMBLE.

Dnir.iTTK el anuelr.

O belle soirée !

Momi'iit enclinnti'ur !

Mon niiie enivrée M\e le bonheur !

ItOllAl.F..

O douce soirée 1 Moment eiirlianleur !

Mon «iiiie enivice Ki'oaii ou bonheur I

U: DOMINO NOIR

AKG^i R. remontant le thidtrt.

Nous «ommfs seiilps !

BRIGITTE , redescendant et regardant du côté du canapé.

NonI un cavalier est là Qui nous écoute I

ANCÉLE, remettant vivement ton matqtu.

Ociell Eorace s'est étendu sur le canapé, a fermé les yeux et feint de dormir au moment où Brigitte le regarde.

BBir.ITTE.

Rassurez-vous, madame, Il dort I

AMCÈLB.

Bien vrai I

BRiniTTB.

Sans doute.

HORACE, à port, les yeux fermés,

£t sur mon âme.

Profondément il dormira !

BRIGITTE, le regardant sous le nex.

Il n'est vraiment pa< mal! ief;ardfz-le, de grâce I

ANGÉi.E, s'avancant.

Ahl grand Dieu !... c'est lui I... c'est Ilorace I

BRIGITTE, étonnée.

Horace I...

ANCÉLE.

Ehl oui, ce jeune cavalier Qui nous protégea l'an dernier.

BRIGITTE

C'est possible... et j'aime à vous croire.

ANGÉI.E.

Quoi! tu ne l'aurais pas reconnu?

Non TraiiMiil.

Je n'ai pas autant de mémoire Que madame.

HORACE, à part.

Ah! c'pit charmant!

ENSEMHLE,

ANGÉLË et BRIGITTE.

O belle soirée 1 Moment en( hauteur 1 Mon âme enivrée Révèle boubeurl

HORACE

0 douce soirée !

Moment enchanteur 1

Mon âme enivrée

Renaît au bonheur!

BRIGITTE, regardant du côté du salon, à gauche. L'orche<tre a donne le signal :

Voici qu'à danser l'on commence.

Entrons dans la salle du bal.

ANGÉLE, avec embarras , et regardant Horace, Pas maintenant.

BRIGITTE

Pourquoi?

ANGÉLE.

Je pense Qu'à la fin de la contredanse On sera moins remarquée... attendons I BRIGITTE, arec un peu d'impatience.

omme vous le voudrez ; mais ici nous perdons Un temps précieux.

Non, ma chère.

lui montrant la porte de gauche.

ici l'on voit très-bien.

BRIGITTE, se plaçant près de la porte et regardant. C'est juste.

HORACE, à part.

0 sort prospère I icÈLK, t'approchant d' Horace pendant que Brigitte n'est occupée que de ce qui se passe dans la salle de bal.

Ah 1 si j'osais...

Non... non, jamais !

PRRMU.R COUPLET.

I trouble et la frayeur d^mt mon âme est atteinte sdisent cjue j'ai tort. . hélas ! je le crains bien. ÙS... mais... je puis du moins le regarder sans crainte. Il dort! il dort! et n'en saura rien, 'Non, non... jamais il n'en saura rieni

BRIGITTE, quittant la porte à gauche.

Entendez-vous ce juvcux boléro

ANGELE, à pari, et regurdavt ÏIoracA.

Mon Dieu 1 mon Dieu !... ce bruit nouveau Va l'éveiller... le uiau.lit boléro !

BRIGITTE

Le joli boléro !

ENSEMBLE

am;èi.e.

Je crains qu'il ne s'éveille A ces accords joyeux !

Oui, tout me le conseille, Fuyons loin de ses yeux !

S'arrélunt.

Non... non... quelle merveille 1 Il d'irl... Il dort très-bien!

Mon Dieu 1 fnis qu'il sonmieille Et qu'il n'entendu rii-n.

Br.iciTTi', riant.

Bien loin qu'il ne s'éveille A Cfs accords joyeux.

On dirait qu'il soniiiieille, Et n'en rêve (|ue mieux 1 Ah 1 c'est une merveille.

Et je n'y conçois rii ri ; Vraiment, t]uand il sommeille Ce monsieur dort très-bien 1

BoiiACE, stir le canapé.

Ah! loin que je m'éveille.

Fermons, fermons les yeux !

L'amour me le conseille :

Dormons pour être heureux!

Soulevant sa tête de temps en temps.

Pendant que je sommeille, D'ici je vois très -bien.

0 suave merveille 1 Quel bonheur est le mien 1 Brigitte retourne à la porte du bal, regarde le boléro, et Angèle se rapproche du canapé.

ANGELE.

Ahl combien mon ànie est émue !

HORACE, d (/enu'-Doia:, sur le canapé, et feignant de river. A toi!... toujours à loi, Ma cbariuante inconnue !

ANGELE

En dormant il pense à moi !

DEIXIEME Corl'LET.

Nul sentiment coupable en ces lieux ne m'anime, El pourtant y rester est mal... je le sens bien ! Mais ce bouquet... j» puis le lui laisser sans crime; Il dort'... il dort !... il n'en saura rien! Non 1 il n'en saura jamais rien !

Elle place sou bouuael sur le citnapé a côté d'Horace . en ce moment te bruit de l'orchestre reprend une nouvelle force, elle s'éloigne vivement.

ENSEMBLE aM'Éi.e.

Je crains qu'il ne s'éveille A ces accords joyeux !

Et tout me le conseille, Fuyons loin de ces lieux !

Mais non, quelle merveille!

11 ilort' il dort très-bien I Mon Dieu ! fais (pi'il sommeille Et qu'il n'entende rien!

BRIGITTE

Bien loin qu'il ne s'éveille A ces accords joyeux, On dirait qu'il sommeille Et n'en rêve que mieux !

Ah ! c'e'il une merveille, Et je n'y conçois rien ; Vraiment, quand il sommeille Ce monsieur dort très-bien !

Hllll/tCI'.

Ah ! loin que je m'eveillo, Ferinon-, fermons Irsyeux!

L'amour me h- conseille :

DornKms pour être I eureuxl l'eiidaiit que je sommeille.

D'ici )e vois très-bien.

Prenant le bouquet, qu'il cache dans son sein. O suave merveille 1 Quel boiilieur esi le mienl

MAGASIN THÉÂTRAL

SCEiNE V.

BRIGITTK, ANGÈLE, HORACK, sur le canapé ; JULIANO, sortant de la mile du bal au fond, à droite.

JUMANO.

Voici le plus joli boléro que j'aie jamais dansé! cioRACE, te levant brusqueinent et courant à lui. Mon ami... mon cher ami!

Il lui parle bas en l'entminaiit au bord du théâtre, à droite.

ANGÈLE, qui a remis son masque.

Ah ! mon Dieu ! il s'est réveillé en sursaut !

BBir.iTTK, de même.

N'allez-vous pas le plaindre?... depuis le temps qu'il dortl... Conçoit-on cela?... venir au bal pour dormir!...

ANGÈLE

Tais-toi donc!

noRACE, bas, àJuliano.

Oui, mon ami... elle!... c'est mon inconnue!

JOLIANO,

Tu crois ?

HORACE

Certainement! mais je voudrais en être encore plus sûr.

JOLIANO.

C'est-à-dire que tu voudrais lui parler.

J'en meurs d'envie... mais tant qu'elle sera avec ià compagne...

JULIANO

C'est-à-dire qu'il faudrait l'éloigner.

HORACE

Si tu pouvais.

JCLIANO.

Je vais l'inviter à danser.

HORACE

Quelle reconnaissance!

JULIANO

Laisse donc!... entre amis... et puis elle a l'air •i'étre gentille. {On entend une ritournelle de contredanse, et JuHano s'approche de Brigilte.) .le ne pen.'-e pa.s, beau niaM|uc, que vous soyez venue au bal pour rester élcriielltmeni dans ce petit salon., et si vous vouliez m'accepter pour cavalier...

BRIGITTE, regardant Anqèle, qui lui fait signe d'acct-pier.

Bien volontiers, monsieur.

On entend la rilourrielle d'une contredanse.

JULIANO

Mais il n'y a pas de temps à perdre... vous avez entendu la ritournelle «[ui nous in>itc... et dans un bal j'ai pour principe de ne jamais manquer une contredanse... Venez, venez, signora. BRIGITTE, sortant avec Juliano qui l'entralnr.

A la bonne heure, au inuin.s il ne dort pas, celui-là.

Ils sortent par le salon du fond, ii droite.

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