ACTE 1", SCÈNE IV
GONTAUU.
Et le soir, danser des passe-pieds et dos sarabandes avec les lilles d'honneur de la Heine .. c'est à en mourir de joie, et de latigue !
HECTOR
Parle pour toi, mon grosGontaud !... quant à moi, je ne connais rien de plus charmant que notre exislonce en ces lieux... De? fêtes continuelles, des femmes adorables... le plaisir aujourd'hui, la gloire demain... tout le monde y trouve son comi)tc... excepté les jaloux et les maris .. n'est ce pas, Olivier i*
OLIVIER, souriant.
Oh ! moi , je ne suis pas très redoutable pour eux...
HECTOR
C'est juste!... j'oubliais... le sir Olivier dEntragues, un saint mousquetaire, un modèle de raison et de sagesse... tantôt gai, souvent triste, mais toujours bon, généreux et brave...
C'est vrai !
TOUS
HECTOR
Ce qui fait que malgré nos mérites si différents... je n'ai pas de meilleur ami... (>t je me ferais tuer pour lui, s'il le fallait...
OLIVIER
A charge de revanche !
CRÉQUi, à Hector.
Ce qui ne t'empêcherait pas de lui enlever sa maltresse, s'il en avait une !
HECTOR
Moi, Messieurs... jamais! je suis mauvais sujet dans l'àme ou dans le sang, comme vous voudrez... mais trahir un ami... lui enlever celle qu'il aimerait... Ce serait un crime dont je suis incapable, et que je me reprocherais toute ma vie !
ROHAN, riant.
Messieurs! voilà une morale digne du révérend père Joseph, l'àme damnée de Son Eininence... je demande qu'on canonise notre camarade, Hector de Biron.
HECTou, se levant.
Si Monsieur de Rohan veut monter au ciel, avant moi, un bon coup d'épée pourrait lui en ouvrir les portes... {mettant la main sur sa garde.) el ia suis prêt...
ROHAN, de même.
Volontiers!...
OLIVIER, les retenant.
Ah!çà,y songez-vous, entre camarades, ~|etàcaase de moi... on vous prendrait pour des rafUnés d'honneur... comme mon digne I mentor, le capitaine Roland.
ROHAN
11 a raison... c'est commun ! c'est arriéré... cela sent la Ligue d'une lieue !
OLIVIER
N'importe, Messieurs... c'est un beau type que mon vieil ami, le capitaine Roland... un ancien brave, du temps du roi Henri... tout habillé de cuir et de fer... im respectable portrait d(; famille descendu de son cadre... bretteur dans l'àme... il ferait battre des frères ou (les amis de vingt ans...
HECTOR
A qiù le dis-tu ?... ce n'est pas sa faute,- si nous n'avons pas encore croisé le fer ensemble!
GONTAUD
Il t'en veut donc?
HECTOR
A la mort ! le musc et l'ambre de mes dantelles lui portent à la tète !
OLIVIER
C'est donc pour cela qu'il te cherche querelle à tout propos ?
HECTOR
Justement !... mais ma politesse et mon urbanité déjouent toutes ses intentions hostiles... et je ne connais rien de plus drôle que la figure du vieux rafliné, quand je réponds à ses sarcasmes par des éloges et des compliments.
OLIVIER
Ne t'y fie pas... on dit qu'il a certaine botte secrète...
HECTOR
Qui ne manque jamais son homme... aussi, je me la réserve, quand^e serai las de la vie... Alais silence ! le voici avec sa formidable rapière.. . tellement inséparable de sa personne, qu'on ne sait vraiment pas laquelle des deux est suspendue à l'autre !