CHANSONNETTE
Voilà le sorcier.
Car il existe encore I
Le vieux chevrier Du beau pays d'Andorre !
Le ciel est son livre;
Accourez ici.
Il vous fera vivre
Heureux comme lui.
PREUIER COUPLE'^.
De notre vallée Je sais les secrets.
Et sous la feuillée Je repds mes arrêts !
J'ai la conGance Des cœurs malheureux J'ai de l'espérance Pour les amoureux!
Voilà le sorcier, ete,
DEUXIÈME COUPLET
Soit noce ou baptême, Pour le vieux sorcier Sa place est la même, Au coin du foyer!
Aussi sa magie Vous prédit toujours Enfants, longue vie, Époux, longs amours! Voilà le sorcier, etc.
JACQUES. Je viens déjeuner chez vous, belle rhérésa.. . c'est aujourd'hui votre jour !
THÉRÉSA. Oui, père Sincère... et si Rose de Mai, votre protégée, était là pour vous servir... mais depuis l'aurore elle est à courir leschamps, àse faire dt^s couronnes debluets, ou à se regarder dans le gave!...
LE CHEVRIER. Allons , allons , patience, madame Thérésa. .. elle est si jeune , cette chère lille du bon Dieu !. .. Une pauvre créature, que les anciens fermiers, vos prédécesseurs, ont tH'Uvée sous un beau rosier de mai, ce qui lui a fait donner son joli nom de Rose de Mai... ça se formera, j'y veillerai... et si je pouvais demeurer près-d'elle. . .
THÉRÉSA. Ça ne tenait qu'à vous , père Jacques.. . je vous ai^ffertune place à table, et une chambre dans la ferme... vous avez tout refusé...
JACQUES. Une chambre à moi... j'ai mieux que ça, Thérésa... un palais immense... avec un plafond d'azur tout [)arseméde diamants., et pour dormir, un beau lit de fleurs que le bon Dieu refait chaque jour... la terre tout entière, avec le ciel pour toitiu-e... v'ià mon logis à moi !
SATURNIN. Diable ! vous avez là un appartement bien vasie !
THÉRÉSA. Et puis, au fait, en n'acceptant rien des autres, on en peut médire tout à son aise. ..
JACQUES. Comment ça?
GEORGETTE. On leur prête impunément des sentiments, des amours.. .
JACQUES. On ne prête qu'aux riches, ma belle fille... mais je vois ce que c'est... ce bavard de Saturnin a causé. ..
SATURNIN. Père Sincère, cette épithète.
JACQUES. 11 vous a dit qu'il voulait se marier..
GEORGETTE. Certainement... et le plus tôt possible...
JACQUES , avec malice. Et vous a-t-il appris ce qui le pressait si fort?...
SATURNIN, chevrier, c'est mon secret !
JACQUES. Je le sais bien, mon garçon... et
LE VAL ir ANDORRE.
si tu me l'avais confié, je ne le dirais pas... mais comme je l'ai deviné, il est à moi et j'en use...
GEOBGETTE et THÉr.ÉSA. Voyons , voyons le secret !
SATURNIN. Ah ça, mais c'est le diable, que ce vieux sorcier-là.. .
JACQUES. Voilà!... On parle d'une levée extraordinaire pour les arm'es du roi Louis XV, l'allié do notre pays. .. on prétend même que les ofliciers de milice ne sont pas loin... et comme les gens mariés sont seuls evempts de droit., c'est ce qui fait que le pêcheur veut prendre femme...
THÉRÉSA, riant. Par prudence!...
SATURNIN. i«ion, belle veuve.
GEORGETTE, de même. Par bravoure?
SATURNIN. Non, charmante Georgette!...
Par admiration pour vos attraits. [Â Thércsa.) Pour vos beaux }eux. .. la milice n'est qu'un adroit prétexte... et si le père Jacques se trompe... que vous n'aimiez personne... et que l'une de vous deux. ..
JACQUES. Moi, me tromper, mon garçon...
oh! que nenni !... J'y vois clair... il y a de l'amour dans ces deux cœurs-là...
THÉRÉSA. Et le père Jacques connaît-il aussi l'objet de cet amour caché ?
GEORGETTE , riant. De ma secrète passion!...
JACQUES. Quant à ça , si l'on mettait ces deux jolies mains-là seulement cinq minutes dans les miennes, je saurais bien vite à quoi m'en tenir!. ..
SATURNIN. Ah! donnez-lni vos mains, mesdames, pour que je connaisse mon sort!
THÉRÉSA. S'il ne tient qu'à ça, bien volontiers !
GEORGETTE. De grand cœur !