‹ Pièces de théâtreChapitre 760 sur 1093 · THÉRÉSA, GEORGETTE · texte numérisé non relu

THÉRÉSA, GEORGETTE

Adieu, madame; ah ! c'est assez De compliments trop empressés; Mais, je vous le dis sur ma foi, Il n'aimera jamais que moi

JACQUES

Je n'y comprends rien, sur mon àme; Voyez donc comme elle s'enflamme.

De leur fureur, ici, je croi

à Saturnin.

Que l'adorable objet, c'est toi 1

SATURMN.

Je n'y comprends rien, sur mon àme!

Voyez donc comme elle s'enflamme ; De leur fureur je ris, ma foi !

Et tous ces éclats sont pour moi !

Thérésa renlre dans la ferme. Saturnin sort avec

SCEiNE V.

JACQUES seul, montrant la porte de Thérésa.

Je crois que mon déjeuner ne viendra pas de ce côié-Ià ce matin... et j'ai bien fait de prendre mesprécautionsd'avance. .. [H ouvre son bissac et en lire du pain et des fruits.) ROSE DE MAI, entrant; elle a dans son tablier quelques épis de blé, et tient à la main une marguerite qu'elle effeuille.

l'REMIEn COUPLET.

Marguerite Qui m'invite A te conter mes amours, Dis-moi vite, Ma petite, Si je dois l'aimer toujours!

Consultant $a marguerite.

Ah l quand tu remplis ma pensée, Quand mon cœur forme un seul vœu , Que ma fierté serait blessée.

S'il ne devait m'aimcr qu'un peu 1 Marguerite Qui m'invite A te conter mes amours, ]>is-moi viu>, Ma petite, Si je dois l'aimer toujours !

JACQUES à part ,. l'apercevant. Eh ! c'est ma petite Rose de Mai, Tenfant de moD cœur!...

ROSE

DELMtME COUPLET.

Belle fleur, sois mon espérauce !...

Ah! ne me trompe pas, surtout-, Car je mourrais de ina souffrance Si tu me disais... Pas du tout!...

Marguerite Qui m'invite A te conter mes amours, Dis-moi vite.

Ma petite.

Si je dois l'aimer toujours!

ROSE , apercevant Jacques. C'est vous mon père Jacques !

JACQUES. Oui, ma jolie Rose, ton pèr Jacques. . .. ton père adopiif. . .. c'est moi qu t'ai trouvée le premier sous ce beau rosier d mai, où l'on l'av.ii' abandonnée, et qui l' donné son nom... Mais comme par état c parrain-là ne pouvait p;is faire grnnd cbos pour sa filleule.... je me suis chargé de toi de ton bonheur !

ROSE. Ah! vous m'aimez vous.... je 1 sais bien !

JACQUES. Je n'aime que toi sur la terre !.. Aussi je veille de près sui mon enfant... (Z faisant asseoir [très de lui. ) Voyons mam'zelle... d'où venez-vous ce niatn?..

î{OSE, embarrassée. D'où je viens !... -Ma de la ranisson , père Jacques

JACQUES. Tu mens !

ROSE, troublée. Et puis après, de la soun du gave, où Ion trouve de si belles jiiai guérites...

JACQUES. Tu mens!

ROSE. Conmient!... vous doutez!...

JACQUES. Je ne doute pas, je suis sur .. qi lu mens!... Tu viens delà montagne, où i e- occupée depuis le jour h rei;arder dans

plaine Tn as rama.ssé quelques (^pis cà

là, en revt-nant ici, pour donner le chaiif à la fermière Thérésa. Mais j'y \ois plus cla que ta maîtresse... et c'est bien tnal à loi ( ne pas être franche avec ton vieil ami !...

ROSE. Ah! pardonnez-moi. père Jacques.

mais c'est que j'ai honte , voyez-vous !

JACQUi:s. Et de quoi donc?... D'avoir u bel amiiur dans le cœur... C'est de ton âge mon enfant!...

ROSE, confuse. Un amour... vous sav€2

JACQUES. Est ce que je ne sais pas tout? Est-ce que je ne sais pas que tu aiujes < beau Siéphan , (jui t'a retirée des eaux d gave où tu étais tombée en cueillant di^ fleurs?

LE VAL D'ANDORRK.

ROSE. Eh bien ! depuis ce joiir-lh je n'ai l'dne pensée dans le coeur, c'est de le voir ns cesse!... Je me sens si triste quand il est pas là — si irembhuue dès quf. je perçois.... c'est bien mal, n'est-cw pas!... ic pauvre fille sans parents, sans ressources, i n'ii rien au monde...

I A(:()U S. Rien au monde, mon enfant... lis tu as une bonne somme bien ronde...

iiis mille livres placées à la ville... lioSK. Trois mille livres, à moi !...

j ACOUES. Oh ! bien à toi, nion enfant. KOSE, se levant vivement, avec transport.

][ il possible, père Jacques !.. . Trois mille

lii's à la pauvre Rose...

.] \(:oi}ES, I ui montrant ses fruits par terre. (Il) s, allons, voilà que tu renverses mon i\erl, mes belles pommes, que j'ai eu tant peine à gau er ce matin I... Ces petites es, quand on leur parle d'un mari.. . ça en d la lète tout de suite !

ROSE. Un mari... lui... ah ! je n'ose pas y iser. .. pf^re Jacques... et pourtant il est si 1 pour moi... quelquefois même il me rede... et avec des yeux qui font baisser les .ns...

lACQUES. Ah ! ça n'ira pas tout seul... il des obstacles, des rivales...

lOSE. Des rivales!...

lACQUES. D'abord, mademoiselle Georte, la plus riche héritière du pays, la coui de Stéphan. .

lOSE, avec effroi. Elle l'aime aussi!

ACQUES. Elle le dit, du moins. .. Mais, ée à la ville, c'est une coquette, dont la ; est plus occupée que le cœur... et ce H pas là qu'est le danger, mon enfant !.. lOSE. Et où donc esl-il, père Jacques ? ACQUES , montrant la ferme. Là , ma ... chez, ta maîtresse... cette belle espace qui est venue s'établir ici , il y a dix ... que l'on croit veuve... (à part ) et ne l'est pas le moins du monde... [Haut.) i est folle du chasseur ?

lObE. O ciel !

ACQUES. L'amour à trente ans, vois-tu.. . t tenace comme un vieux chêne... il faut

I fameux ouragan pour le déracmer !

!OSE. Ah! je me rappelle maintenant ses

«is, ses attentions pour Stéphan... son

5 ti'in quand elle parle de lui.. . et elle est

)) elle encote. ..

ACQUES. Rassure-toi, je suis là... et ça

Userait pas la peine d'être sorcier, si l'on

n pouvait faire des miracles.. .

lOSE. El vous en ferez un?...

ACQUES. Je l'espère!

lOSE. Silence, père Jacques, silence !

ACQUES. Quoi donc 7

ROSE. C'est lui, père Jacques... c'est lui, j'en suis sûre... je le reconnaîtrais entre mille. . .

JACQUES. Il n'y a que les amoureux pour avoir l'oreille aussi fine...

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