SCÈNE VIL
rÉPHAN, GEORGEÏTE, LEJOYEUX , unjyeu gris; puis SATlJRNI>f.
GEORGETTE, à Stéphcin. Ail ! mon cousin,
e je suis heureuse de vous retrouver ainsi,
îiuie autrefois, comme aux jours de notre
fance!...
STÉPHAN, Je ne les ai point oubliés , ma
isiue.
(;eorgette. Mais alors, quand la guerre
finie... (jiiand on est amis, on se serre la in, en signe d'alliance, de réconciliation! LEJOYEUX. Mieux que cela, jeune coibe... on se donne le baiser de paix! iTÉPHAN. Un baiser!...
'.EORGETTE, tendant son front. Dam! si st l'usage !
iTÉPHAN , l'embrassant. Au fait, entre ents...
■ATURNIN entrant, un énorme bouquet a main. Voilà le plus beau bouquet de allée ! {Apercevant Stéphanqui embrasse ■rgette.) Qu'est-ce que je vois là !... '.EORGETTE. Saturnin !
EJOYEUX. Tiens ! voilà mon camarade er au soir!... Quelle jolie recrue ça fe- , sauf le cœur !
ATURMN. Comment, mademoiselle Geore, je vous quitte plein de joie et d'espé- :e. ... et tandis que je cueille des fleurs ^criques et passionnées... voilà le déploe tableau qui m'attend à mon retour !.. EORGETTE, montrant Stéphan. Nous som-
réconciliés, Saturnin !
EJOYEUX, répétant. Ils sont réconciliés , irnin l
rÊPHAN. Nous sommes amis, Saturnin !
EJOYEUX, de même. Ils sont amis, Satur-
iTURNiN. Je n'en reviens pas!... et vos
Us de famille?... et vos procès?...
rÉPHAN. Non, non, plus de débats, plus
irocès entre nous.... J'abandonne tous
droits !
EORGETTE. Mais, mon cousin, un pareil
igement de votre part...
' rÉPHAN, vivement. Ne doit pas vous ^•rendre, Georgeite... Avec un cœur tel ' le vôtre, tous les bons sentiments se I prennent, se devinent... et ce que j'éiive là pour vous... ce que je ressens....
EORGETTE, baissant les yeux et avec héi tion. Mais sans trop nuire à vos in- -ts, il y aurait peut-être un moyen de J concilier, de tout arranger.... et mon J ur, qui est un habile homme, s'en chartit volontiers 1
rÉPHAN. C'est juste.... et c'est entre ses
mains que je veux renoncer à tous nos différends.
GEORGETTE. Venez, mon cousin, venez.
SATURNIN, l'arrêtant. Comment, niadc- ! moiselle Georgetto. .. vous me (piitlez ainsi !. . .
et mon bouquet de liançailles !...
' (;eorgette. Un bouquet de fiançailles, à I moi!.., mais, vous n'y pensez pas, Satur- I nin !
LEJOYEUX , répétant. Mais tu n'y penses pas, Saturnin !...
GEORGETTE. Jc ne suis la fiancée de personne... [A Sléphan.) N'en croyez rien, au moins, mon cousin... monsieur Saturnin n'a p ;s le droit de me parler ainsi!. ..
SATURNI^. Cammeiit ! (|uand vous m'avez permis de chercher à vous plaire !...
GKoRGETTE. Eh bien ! iMonsieur, cherchez toujours!
LEJOY'Eux. Cherche toujours , Saturnin.
SATURNIN. Quand vous ne m'avez pas défendu de vous aimer.
GEOiîGETTE, accc coquellcrie. Est-ce qu'on défend jamiiis cela!
SATURNIN. Quand ce bouquet, cueilli à votre intention...
GEORGETTE. Asscz, mousieur, assez!
LEJOYEUX. Assez, Saturnin ! assez !
GEORGETTE. Et s'il VOUS faut absolument quelqu'un de bonne volonté pour recevoir vos hommages et vos Heurs, allez trouver la belle Thérésa... elle accepte tout... les bouquets et les galants... (.1 Stcphen.) Sortons, mon cousin, sortons !
STÉPHAN , sortant avec Georgctte. Décidément, mon pauvre Saturnin, tu n'as pas de bonheur en amour !
scÈ^E viii.
SATURNIN, LEJOYEUX, puis THÉRÉSA.
SATURNIN , /wrieuo-. Du bonheur... mais je crois que ce damné chasseur se moque encore de moi!... Je ue ^ais ce qui me retient. . .
LEJOYEUX. Ce qui vous retient. Saturnin... je vas te le dire... c'est votre timidité naturelle... mais, croyez-moi, jeune homme, le beau sexe est j)erii(le et variable... la seule feniine fidèle , c'est la déesse Bell<»ne, à qui je voudrais \ous unir... Elle promet à ses amattts de la gloire et des jambes cassées, et elle tient toujours parole!
SATURNIN. Merci ! j'aime mieux Georgette... mais, si elle me trahit... si elle en épouse un autre...
LEJOYEUX. Vous vous jetterez dans les bras de l'amitié... et nous ferons de voui un vainqueur des ennemis do la France...
SATURNIN. C'est dit, capiiaine.
LEJOYEUX. C'est dit, Saturnin.
THÉRÉSA, entrant avec agitation el ôtant sa mante. Comnn'ïl me tardait de revenir!...
SATURNIN. Ah ! c'est vous, dame Théi ésa !
LEJOYtux, voyant Theréna. Voilà encore une fort belle femme !. . .
THÉRÉSA, apercevant Saturnin. Saturnin! Ah! mon Dieu! Quel air ému, agité!...
SATDRMN. On le serait à moins !
LEJOYEUX. Des tracas, des affaires de famille!
SATURNIN. A propos d'affaires, dame Thérésa... mon oncle, le receveur, m'a chargé de venir vous demander vos fermages !
THÉRÉSA. C'est juste... et je vais... Mais, j'y songe... je n'ai pas mes clefs... c'est à Rose que je les ai confiées... N'importe... aujourd'hui, dès ce matin...
SATURNIN. C'est bien... vous vous acquitterez vous-même... j'aime mieux ça... J'ai l'esprit si troublé, que je compterais tout de travers...
LEJOYEUX. Venez, mon tendre ami, venez... j'éprouve un ardent besoin de me rafraîchir... Très-décidéi' eut, le vin de la fermière aUère beaucoup, quoiqu'il soit excellent... {regardant Thérésa) et avec de pareils yeux... Décidimeni, c'est une trèsbelle femme... Viens, Saturnin, Bacchus el la gloire nous attendent !.. . {Ils sortent tous deux.)