‹ Pièces de théâtreChapitre 812 sur 1093 · PALI · texte numérisé non relu

PALI

Voila ce qui s'appelle être un vrai philosophe.

BEAUSÊJOIR.

Par c\.em|de aujourd'hui, nouvelle catastrophe.

PAUL

()uc l'col-il arrivé?

BEAlSKJOUn.

Mou Crispin s'est enfui , Et j'ai i|uitté le Mans pour courir après lui. La troupe qu'en province avec moi je promène Faisait depuis trois mois les délices du Maine, Et dans ma caisse enfin, grâce a ce fugitif. Le passif se voy;iit balancé par l'actif. Son jeu naïf et gai, sa verve sans seconde Promettaient a l'hiver une moisson féconde. Mais un joui- le jjublic attendit vainement : Crisjiin était parti, l'on ne sait pas eoniment. Tu conçois des Manccaux la fureur peu commune, Et quel cruel échec recevait ma fortune. Le traître m'emportait ma recette k \enir. Adieu mon bel hiver, et qu'allait devenir De mes pauvres acteurs la troupe désolée, En voyant notre salle, autrefois si peuplée. Se changer désormais en un désert affreux , Cil manquerait la manne îi ces nouveaux hébreux? 11 faut que je le trouve et que je le ramène. Je n'oserais sans lui me montrer dans le Maine, Et je courrais, ma fois, risque d'être assommé. Si je n'y ramenais cet acteur bien -aimé. Connue d'après certains indices, je suppose Qu'il vint droit a Paris, j'ai fait la même chose. J'y suis, et j'entends bien faire valoir mes droit:». Monsieur le lieutenant de police, je crois, Découvrira bientôt la trace du coupable.

PAUL

El selon toi, c'est donc un sujet fort capable''

BEAUSÉJOUR

(.'est un acteur parfait, d'un comique ache\c. Je m'y connais un peu, mon cher ; je l'ai prouvé : J'ai dans les financiers tout autant de mérite Que votre vieux Guérin dont le succès m'irrite. Et qui n'en sait pas moins du Théâtre Fram.ais Aux talents qu'il redoute interdire l'accès. J'aurais fourni chez vous une belle carrière. Si l'intrigue... il suffit, laissons cette matière. Je disais que je puis porter un jugement Sur le jeu d'un acteur; n'est-ce pas?

PAUL

Oui, vraiment, Je .«sais qnelk-dessus tu ne te trompes guère. Le nom de ton Crispin ?

BEAtSÈJOUR.

]l porte uu uoui de guerre, Dclarose.

SCÈM^ IV.

TAUL.

El quoi Cit son autre nom ?

BEAUSÉJOCn.

Ma fui , Je ne le connais point; mais que m'importe, à moi? Je connais son talent que le Mans i-loiàîrc : Tiens, excepte ton père et toi, sur le Uiéàtro Je n'ai point vu d'acteur plus gai que ce gan.'on , Et pour le naturel c'est un nouveau Poisson. Il tient un peu de vous, et souvent il me semble Oue, sans vous copier, le gaillard vous ressemble. Ce n'est pas malheureux pour lui, mes bons amis. A débuter chez vous s'il est un jour admis, h- reponds du succès, et vous m'en pouvez, ciuire , Du nom que vous portez il atteindra la gloire.

RAYMOM), (/là s'c-tt levé.

ri;rls ne reçoit pas toujours a bras ouverts

Ces merveilleux sujets par la province oft'erts.

Je doute du talent de monsieur Delarosc ,

El des succès manceaux ne (irouvcnt pas grand'chose.

Croyez-moi, des Crispins qui viendraient débuter

La famille Poisson n'a rien ii redouter.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que sa gloire est connue.

Moi, je la commençai ; mon tils la continue.

Ayez donc moins de foi dans vos opinions ;

Et sonpcz-y. Monsieur, deux générations ,

De l'amour du public toujours environnées,

Par un nouveau venu ne sont point détrônées.

BEAUSÉJOUR

Vous vous fâchez a tort : de vos talents d'acteur Je fus dans mon jeune âge un grand admirateur : Les jours oU vous jouïez étaient mes jours de fête.

RAYMOND

De mes talents d'aeleur? le mot est fort honnête.

Vous bornez la l'éloge, et je vois en ce cas

Que comme auteur, Monsieur, je ne vous plaisais pas,

BEAISÉJOUR.

Si fait.

RAYMOND

J'ai cependant l'ait quelques comédies Que le public. Monsieur, a jadis applaudies, Et qu'il daigne accueillir encore avec bonté. Le Baron de la Crasse au théâtre est resté ; Le Don Soldat a fait de nombreuses recettes :

W Paul.) On devrait s'occuper de Mes Femmes Coqiieltes, Cinq actes, et des vers que l'on trouvait fort beaux : Cela vaut bien les vers de vos auteurs nouveaux ; Car vous ne donnez plus que de tristes ouvrages.

(à Beautéjour.)

DeCréqui, de Colbert j'obtenais les suffrages, De Colbert, le parrain de mon fils que voilà : Colbert fut mon compère; oui, j'eus cet honneur-là. J'osai pour le grand roi rimer quelques épitres Qu'il me paya fort bien : Monsieur, ce sont des litres: Quand vous en aurez fait autant, peut-être un jour On parlera de vous, monsieur de Beauséjour.

* Patil, Raymond, Beauséjour,

BF.ALSÉJOUn.

•le n'ai jamais écrit prose ni poésie,

Kl compte n'en avoir jamais la fantaisie.

Mon dessein n'était point, mon cher monsieur Poisson,

I>'attaquer votre gloire en aucune façon,

Mais je suis enchante de voir qu'il cette gloire

Vous tenez beaucoup plus que vous n'osiez le croire.

RAYMOND

Vous vous trompez, Monsieur, en me parlant ainsi. De ces misères-la j'ai fort peu de souci.,. .Mais c'est que vous venez étourdir mon oreille Du Mans, de son lliéùirc et de votre merveille ".

KEAUStJOLR.

De quoi voulez-voi's donc que je vous |)arle, moi? (^e sujet m'intéresse.

Et tu ne sais pourquoi Il l'a si brusquement quitté?

ilEAUSÈJOOR.

Non, sur mon âme.

i'eut-étre, ayant au cœur une amoureuse flamme, H brûlait de revoir quelque objet adoré Doni depuis trop longtemps il était séparé.

PAUL

Qui te fait penser ?

BEAUSÉJOUR

Sa bizarre conduite.

Un portrait par le drôle oublié dans sa fuite.

PAUL

Un jiortrait de femme ?

BEAUSÉJOUR

Oui, charmante, en vérité.

C'est, j'en dois convenir, un amour mérité. Tiens, j'ai là ce portrait : vois comme elle est jolie,

PAUL

Que vois-je? c'est ma nièce.

R.WMONU.

Allons, quelle folie!

Cela ne se peut pas.

PAUL

Sans doute c'est un fait Étrange, merveilleux : mais... tenez, {H lui donne le portrait.)

En effet C'est elle-même.,, ô ciel !

PAUL

C'est une mignature Que l'on fit l'an dernier.

BEAUSÉJOUR

Singulière aventure!

RAYMOND

Oui, je la reconnais, et j'en suis confondu.

PAUL

Ce portrait, disait-elle, elle l'avait perdu.

RAYMOND

Elle nous a trompés: quel scandale?

* Raymond, Paul, Beauséjour.

lA FAMILLE POISSON.

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