PAUL, BEAUSÉJOUR, RAYMOND
BEAUSÉJOUU.
Mes chers amis, bonjour.
Comment vous portez-vous ?
PAUL
C'est le cher Bauséjour.
Quel plaisir de revoir un ancien camarade !
DEAUSÉJOUR.
N'est-ce pas?
PAUL
La santé?
BEAUSÉJOUR
Tu vois, jamais makde.
C'est la mon habitude; elle est bonne : j'y tien, Et je veux la garder longtemps.
PAUL
Tu feras bien.
BEAUSÉJOUR
Et vous, monsieur Raymond, quelle boniie figure!
RAYMOND
Monsieur...
BEAUSÉJOUn.
Vous me seniblez rajeuni, je vous jure. . De;; acteurs, cciond:;ut, vous êtes le Nestor.
LA FAMILLE POISSON
nvïMo.Nu.
Ce litie, j'y liens peu, Mon^iellI■.
BEAISÉJOI R.
Vous avez tort.
Quand on a si louglemps par sa verve comiqiro Excité les transports de la gaî;é jinbliquo, Quand on eut, comme vous, le singulier bonheur De créer un emploi qui vous fit tant d'honneur, Ces Crispins dont l'humeur babillarde cl folâtre Était, avant vous-même, ignorée au théâtre...
PAUL, bas à Deausrjour.
Tais-toi.
BEACSÉJOL'R, sa»s faire attenlion n Paul.
Car c'est en vous, monsieur Raymond, euliu Que la France a jadis vu son premier Crispin.
RAYMONU>.
Monsieur...
PALI., bas.
Mais tais-loi donc.
BEALSÉ;OL"n, cuntiiniant de même.
F.t le destin prospère D'un fils non moins |ilaisanl vous a fait l'heureux père, De ce second Crispin, bien digue du premier, Rempjaranl vos talents sans les faire oublier; Car les vieux amateurs, en parlant de vos rôles, ^ous citent, en riant, vos allures si drôles. Vos comiques accents, votre gai naturel. Tant de mots empruntant de vous un nouveau sel : Et c'est peu des Crispins ; vous jouiez comme un ange Don Juphet, Jodelet...
RAYMOND
Monsieur, voire louange Cessera-lelle enfin ? mon cœur eu est blessé ; Car elle me rappelle un scandaleux i)assé.
BEAUSÉJOUR
Comment?
RAYMOND
Oui, je rougis, s'il faut que je le di-^e. De celle renommée indignement acquise.
.le voudrais, tant j'en suis contrit, humilié. Sur la scène jamais n'avoir posé le pied. J'en ressens un chagrin impossible à décrire, Et je pleure aujourd'hui d'avoir jadis fait rire.
BEAU.SfcjOtn.
Ma foi, vous avez tort; le rire fait du bien.
PAUI-.
Je le retrouve gai, content...
BEAISÉJOIIV,
Gai, j'en convien.
Et j'ai de bonne humeur une assez forte dose. Oui, mon cher, je suis gai : content, c'est autre chose. Vn directeur de troupe, hélas! esl constamment Voué |>ar ses acteurs au mécoutculenient. C'f^t lin niciior maudit, plus maudit qu'on ne pense, (n Raymohd).
El que vous devriez prendre pour pénitence *•
* RnjmonH fjil nn mnivptr.cnt d imialicnro e; va s'as- »eoir de l'autre côli du tlicilrc. Ilaxmoad i*»\i, Bcau»cjour, l'ajl.
Que de tracas! mais quoi! loin d'en élrc attriste, A tous les coups du sort j'opjiose ma gaité. Ami sûr que jamais rien n'ébranle et ne trouble. Dans mes jours de malheur je la sens qui redouble , Et contre le destin avec elle luttant , Je suis d'autant plus gai que je suis moins eontonl.