SCÈNE \L
r.AYMOND, ARNOn.D en uniforme, P.VUL , MARIANE.
Que vois-je? un militaire! .
C'est Arnould, i
MARi.vNE, ù part. .
Quel accueil, ô ciel? va-t-ou lui fairet
Qu'il vient mal à propos!
ARNOULD
Oui, mon père, c'est moi.
RAYMOND
Mon pauvre enfant, comment, c'est toi que je rcvoi ! Te voilà parmi nous pour quoique temps, j'espère. Embrasse doue encore un peu ton vieux grand-i>crc.
MARIANE, ri part.
Mais comment se fait-il qu'on le reçoive ainsi?
PAUL
Je ne m'attendais pas a le revoir ici ;
El ta dernière lettre aurait dû nous apprendre
(.tue tu viendrais bientôt.
^ * r.ajmond, Paul, Mariano,
scÈxr: vu,
AltXOULD.
J'ai voulu vous surprend i\'^, Et sans trop me vanter, j'ai réussi, je crois. On vient de m'accorder un congé de deux mois, Mais que j'embrasse aussi ma cliarmanle cousine '. \h! bon Dieu! quel accueil et quelle froide mine I Qu'a-t-elle?
RAYMOND
Ce qu'elle a? nous le savons trop bien.
PAUL
3ui, lu viens de troubler, mon fils, un entretien )ue nous pouvons, je crois, reprendre en ta présence. Te fiant, comme nous, "a son air d' innocence, 'ensais-tu que son cœur, facile a s'enflammer, 'ar un indigne amour pût se laisser charmer?
ARXOULD.
■ {ah !
MARIANE, à part.
Que dit-il?
RAYMOND
On n'est que trop sûr de la chose.
■111e aime éperdumenl un nommé Delarose.
MARIANE, à part.
e n'y comprends plus rien.
AUNODU), à part.
Quel galimathias !
Comment donc savent-ils et ne savent-ils pas? {Haut.)
]e Delarose enfin pour qui son cœur soupire, }uel est-il ?
RAYMOND
£j Un Crispin qu'en province on admire.
ARNOULD
iTraiment?
PAUL
Par Beauséjour nous avons tout appris, jC directeur du Mans.
ARNOULD, à part.
Ciel!
PAUL
Il est 'a Paris.
MARIANE, à part.
\ Paris !
ARNOULD
{A'part.) {Uvut.)
Iij. Je suis mort. Et que vient-il y faire?
PAUL
Q^ient faire arrêter son acteur réfractaire.
RAYMOND
La police, bient&t sur lui mettant la main, Du Maine lui fera reprendre le chemin : l'en rirai bien.
PAUL
Sais-tu ce qui nous met en peine?
{Montrant Mariane.) C'est qu'on a retrouvé son portrait dans le Maine.
ARNOULD
Son portrait?
* il va l'embraâsor et revient entre r.ayinonil ol Piiui.
PAtr.
Nous l'avons en nos mains ; le voilà.
ARNOULD
C'est, ma foi, vrai... j'en suis charmé.
PAVL.
Pourquoi cela?
ARNOULD
C'est qu'il est très bien fait, et d'une ressemblance... Et que dit Mariane?
PAUL
Un obstiné silence Est sa seule réponse.
RAYMOND
Oui ; mais moi, je prétend, Je veux, j'ordonne enfin qu'elle parle à l'instant. Tout ce qui s'est passé, qu'elle nous le raconte. Qui l'oblige a se taire?
ARNOULD
Ah ! sans doute la honte.
Votre juste courroux ne peut que la troubler; Devant vous, j'en suis sûr, elle craint de parler. Les grands parents font peur et leur présence impose.
Tu crois?
ARNOULD
Moi, son cousin, ce serait autre chose : L'un pour l'autre jamais nous n'avions de secrets. Ce qu'elle veut cacher, bientôt je le saurais. Si l'on me laissait seul avec elle un quart-d'heure, J'en réponds.
PAUL, à Raymond.
Nous pouvons essayer.
RAYMOND
Soit : demeure.
Parle-lui.
PAUL
Si c'est nous qui causons son effroi , Peut-être elle sera moins discrète avec toi. J'ai répétition... adieu, l'heure me presse; Le théâtre m'attend. [Paid sort.)
RAYMOND
Moi, je vais "a la messe.
Fille coupable!... aimer un farceur, un vaurien !
ARNOULD, àpai-t.
Merci, mon cher grand-pcrc.
RAYMOND
Hein? que me dis-tu?
ARNOULD
Rien.
RAYMOND
Adieu.