SCÈNE I
Au lever du rideau, on entend le choeur suivant dans la maison du restaurateur.
« A boire ! (ter.) « Vivent les arts et les amours ! "
mONBRAY , sortant de chei le restaurateur , la tête un peu échauffée.
A boire ! à boire ! C'est fort bien ; mais moi |ai besoin de prendre l'air. Quelle chaleur! je n'en puis plus : la gaîté du festin , les saillies aimables de chaque convive et les fumées du
Champagne commençaient à me porter à la tête ; cela n'est pas étonnant : cinq heures à table ci tous anciens camarades de collège.
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MONBRAY, LAMBliUr.
LAMBERT
Ah ! ma foi , c'est trop fort ; le moyen d'y tenir ! Mon cher Monbray , comment trouvez-vou.s ces messieurs, qui viennent de jjoire à la sadIf
LE V()\A(;K. a DIEPPE.
des maris qui sont amouroux île leurs femmes? N'est-ce pas touchant? vous m'en voyi-z encore tout ému.
MONBRAY.
C'est Lien là un toast d'étourdis qui commencent à déraisonner , et qui ne savent déjà plus ce qu'ils disent.
LAMBERT
Je suis sûr que le panier de chambertin que j'ai envoyé, entre pour beaucoup dans ce petit retour de tendresse conjugale. Messieurs ! leur ai-je dit : c'est à jeun qu'il est beau d'aimer sa femme ! Comme vous, j'avais besoin de prendre l'air : on étouffe là-dedans. Fiez-vous donc à toutes ces annonces des restaurateurs? «Salon de cent couverts; » vous entrez, et à peine si vous pouvez tenir vingt-cinq convives. Avec ces gens-là, il faut toujours diminuer de moitié: c'est comme sur la carie.
MOKBRAY.
Eh bien ! mon cher Lambert, que dites-vous de notre réunion? Avec quel plaisir, en trinquant avec ses anciens condisciples, on se rappelle les tours espiègles qu'on a joués, las pensums qu'on a faits..- les féruKs qu'on a reçues !
LAMBERT, vivement.
Oh! pour cela, j'en sais quelque chose, car j'étais bien l'écolier le plus paresseux... (Montrant sa main.) Voilà le seul fruit que j'ai retiré de mes études.
MONBRAY.
Ah ! les souvenirs de l'enfance sont délicieux !
LAMBERT
Je vois avec satisfaction que nous avons tous fait notre chemin... Moi , dans les affaires, à la bourse.
MONBBAY.
Moi , dans les arts.
LAMBERT
Les autres dans les lettres.
MONBRAY.
Comment donc ! Mais nous comptons parmi nous des littérateurs très distingués , entre autres quatre membres d'une société épicurienne, et qui sont, de plus, affiliés à toutes les petites académies chantantes et mangeantes de la capitale et des départements.
Jeunes f,ens pleins de mérite, qui tournent fort joliment le couplet, et qui, dans leurs joyeux refrains, viennent de nous aj)prendie que, pour être heureux <lans la vie;, il faut boire, rire, aimer, chanter et ne s'affliger de rien.
MONBRAY.
Idées fort originales et très neuves, qui n'avaient jamais été dites avant Épicurc et An.icréon.
LAMBERT
A propos : tout-à-l'heure, en (|uittant la table,
au moment où ce gros chansonnier nousclooi dissait de ses fions fions bachiques, j'ai vu en Irer mystérieusement sa belle, donnant le bn à un petit courtier de commerce; mais chut!. MO^BRAY, vivement.
Vraiment? Oh! parbleu, je serais curieux cl savoir comment la philosophie épicurienne sni porterait un coup aussi rude. Nous sommes dai le carnaval , un peu de scandale viendrait propos.
LAMBERT
Allons, allons, jeune homme, taisez-vous je prends le chansonnier sous ma protectiot il est heureux... ne détruisez pas son bonheur.
MOKBRAY.
Au fait, autant peut m'en arriver demain respectons l'inconstance et les amours.
Les Mêmes, FÉLICITÉ.
FÉLICITÉ
Je crois que j'aurai encore le temps d'ellvo^ cette lettre à Flamand.
( On entend chei le restaurateur. ) M A la santé des artistes franrais ! "
MOKBRAY.
A la santé des artistes français! Bravo ! br,i\ halte-là, ne buvez pas sans moi. Allons, Lan bert, retournons à notre poste.
(Ils entrent cliei le restaurateur. )
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