SCENE VII
MONBRAY, D'HÉRIGNY.
d'hérignt.
Allons, mon cher Monbray, après trois servires, le dessert, les vins de liqueurs, le café et le punch , on peut se retirer , et laisser un exemple de sobriété et de modération. Mais je ne vois pas ce coquin de Dupré à qui j'avais donné l'ordre de venir me prendre ici avec la berline.
MONBRAY.
Le pauvre garçon se sera ennuyé de nous attendre; il prend sans doute son mal en patience dans quelque cabaret voisin. Ah çà! dis-moi donc , mon cher d'Hérigny , je t'ai trouvé triste, rêveur ; à peine si tu as pris part à la gaîté générale. Est-ce que cette ronde sur l'inconstanct te rappellerait un accident f.icheux?
d'hérignt.
Que veux-tu , mon ami ! le souvenir de cettt jeune personne...
MONBRAY.
Ah ! oui , que tu as vue l'été dernier au bal A Sceaiix ; pays délicieux, qui offre tous les dimatfr ches aux Parisiens , «lans la belle saison , un or^ chestre agréable, des bois touffus, et des paysannes fort jolies, parmi lesquelles on troavt beaucoup plus de danseuses que de rosières. d'hérignt.
Son image me suit par-tout! au milieu dei distractions, au sein des plaisirs.
MONBRAY.
Quoi ! tu me persuaderas que tu es véritablement amoureux , pour avoir vu plusieurs fdii au bal une demoiselle à laquelle tu as à pàni osé parler.
d'hérignt.
Je sais tout ce qu'on peut dire; je convien moi-même avec toi qu'un pareil amour tient di roman , et prête au ridicule ; mais la premièn fois que je la vis, je fus frappé de sa beauté e de son air de modestie ; la seconde fois, je septis que je l'aimais : l'absence, loin de me guérir n'a fait qu'augmenter ma passion , et mainteuan c'est un sentiment que ne finira...
MONBRAY.
Qu'avec le carnaval...