LUCIE, CLARA, DURIVEAU, JEAN, CHAMBELLAN
Lucie paraît pensive pendant toute cette scène; Duriveau et ClianibcUan sont encore auprès du guéridon sur lequel on vient de déjeuner; Lucie brode, assise à gauche ; Clara , debout près de la table à ouvrage , fouille dans sa corbeille ; Chambellan fume; Duriveau lit un journal.)
JEAN, qui se prépare à enlever le guéridon. Ces messieurs n'eut plus d'ordres à me donner? CHAMBELLAN , se levant et rangeant son fauteuil à droite.
La voilure prêle, comme à l'ordinaire, à l'heure de la bourse. (Jean va pour sortir.) Ah! vous passerez chez Lepage... pour mou fusil... il me le faut absolument...
(Il va fumer debout devant la fenêtre ouverte.) JEAN.
Oui, monsieur. (Il sort en emportant le guéridon.)
Nota. — Toutes les indications sont prises de la gaucho et de la droite du siiertaiour. I.cs ohangemçns sont indi- 'lués par des notes.
DURIVEAU, qui lisait toujours.
Écoutez donc, mesdames, vous qui aimez les émotions...
CLARA
Qu'est-ce donc? (Elle vient s'asseoir.)
DURIVEAU, lisant.
« La pelile ville de Provins vient d'être le » théùlre d'un bien triste événement. On soup- » connaît M^e de M. (trois étoiles) d'entretenir » des relations intimes avec le jeune vicomte de » B. (quatre étoiles...) Informé de ces bruils, » M. de M. (trois étoiles) alla trouver son rival, le » le provoqua, et fut mortellement blessé. »
CHAMBELLAN
L'imbécile!...
DURIVEAU.
Gomment ! tu le traites d'imbécile parce qu'il est mort ?
CHAMBELLAN, se retournant vers lui sans quitter la fenêtre.
Eh non!... mais parce qu'il s'est battu... Uu mari offensé ne se bat pas... il tue... sa femme, bien entendu...
j;ARTiCLh: 213,
toi; s.
Sa feuinip !
CUAMUF.LI.AX.
Sa femme d'abord, ramant cnsuilo. .. et lui ctprùs... si ça lui fait plai.^ir...
DL'RIVCAU.
.l'aToiie que ça ne me ferait pas le moindre plaisir... Je ne nie tuerais donc pas... et... quant i\ ma femme...
CLARA, vivomcDt.
r.sl-ce que voiH me tueriez, monsieur?
DIJRIVEAU, étonné.
Hein? (Se remet tant. ) Du tout, je m'en garderais bien... et pour plusieurs raisons... La première, c'est que ma femme n'aimera jamais personne,.. (Hésitant.) que moi!...
CLARA
Kt les autres?...
DCRITEAU.
Qui, les autres? Tu veux aimer les...
CLARA, avec un peu d'impatience.
Les autres raisons?
DURIVEAU.
Ali! l)on... c'est que ça n'est ni dans mes principes ni da,ns le Code, et qui; j'ai juré l'article 213. .'Montrant Chambellan.) Et lui aussi! et lui aussi! CHAMBEiLAN, Se rspproçl.iant. Moi?... qu'est-ce que j'ai juré?
UURlYEAl', se levant et jetant son journal sur le bureau à droite.
Le mallieinciix ! il ne se r;;ppelle plus l'article 213... L'article 213, la CUarle consiilulionnelie des iT)i'Miaa;cs!... la pierre angulaire... et parfois liimuliiire... du bonheur conjugal... l'article 213, ([ui eu remontre à tous les avocats... qui dit tant de cboses en si peu de mois... •
(Il va ranger sa chaise an fond, à gauche.) CnXMlilAA.K^.
M ne fait pns comme toi alors...
(Il vient s'asseoir à droite.) DUniVËAlI.
Mais à quoi pensais-lu donc, ce jour n'émorable, oii nou-ié:ions Ions deux devant M. le maire... un 8i bel iKimine ! a\(Cson écliarpe!... I£l nos Eemmis, deux si belles fi mines avec... non, sans écliarpe... ce qui- faisait un lijbleau charmant... Vous vous le rappelez, cliC-re amie?...
CLARA, fioiilemfiit.
Oui, monsieur... ma robe avait un faux pli. .(la nii' contrariait beanronp...
UutklVBii'.
Ali!... mais moi, (\u\ n'avai/. aucun funx pli, j'écoutais av(c recueil Icincnl vr iis|K'elable maiçisiral, lorsqu'il nous dÏMiil de m voix ]Kileraellu et sniMre: (\ppiiyani.) u La fiiiiiii!! doit protection k son niiu-i, le mari obéissance à w femme. • CI1AMUELLA\.
Moi, je n'ai jamais juré obéis>iance...
DiT.iVEAir, vivement.
Non... non... la langue m'a tourné... ça peut arriver à tout le monde... (Reprenant.) «Le mari doit proloclion à sa femme, Ja femme obéissance
à son m;iii ! »
CUAMBELLAN, vivcmcnt.
La femme obéissance à son mari? Oui, j'ai juré ça.
DURIVEAU.
Mais, le mari protection i\ sa femme!
CBAMBELLAN, se levant.
Eh bien ! est-ce que je ne prolége pas la mienne!... Esl-ce que je ne lui donne pas le bras à la promenade... au bal... au spectacle... partout... Est-ce que je ne suis pas là, pour la déii ndre, si on l'insulte i*...
DLRIVEAU.
Pour tenir le parapluie quand il pleut et la garantir des voitures... Il appelle ça protéger sa femme !
CHAMBELLAN, vexé.
Et que ferais-tu donc de plus pour la tienne?
DLRIVEAtr.
Mais je l'aimerais d'abord... je l'aimerais uniquement... je veillerais sur elle, sur son repos, sur son bonheur... enfin, je lâcherais de la rendre si complètement heureuse, qu'elle ne penbcrait pas à me tromper...
CLARA, pensive.
Ah! c'est très bien, cela !
DLRIVEAU.
Allt de Lantara.
On accable celle qui tomiie.
Et moi je dis : cl!e a manqué d'3]>pui !
Oui, lorsqu'une feiiinie succombe.
C'est bien soiivcni la faute du nuirl ; C'est irop souvcMl la faiitu du iii;iri ! ISioiis la hiissons sans secours dans la lutte Que d'un seul mot nous poiivioiis empêcher. IVous soiniiies loin au mnincnt de la chute, Nous soiiiincs là pour la lui reprocher !
(Avec force.) Oui, toujours loin au moment <\(' la rliutc, Mais toujours là pour la lui reprocher. (Durivcau va se pl.icer d>rrii'rc le fauteuil de Clara cl s'y appuie.) CIIAMBCLI. \X.
Bah! b^ili ! balil moi je dis que la faute estloujonrs aux feniincs, qui se nourrissent de lectures creuses, de roman.'*, de poésies... Fouilles d louine. Feuilles d'hiver, Méditalions poéliqu (|iic siiis-jc!...
(Il remonte et jette le reste de son cigare par I.t nêtre qu'il ferme ; puis il prend sur le bureau lijournal que Durivcau y a laissé.)
DURIVEVU, revenant à son bureau.
Ah ça ! mais il ne respecte rien, ce paill.ird-Ià Il attaque Laniarline,à présent... Ah! mais, bai là!...C'estmoii poète favori, depuis le collé|j;e... > i même aujourd'hui, quoiqui; aRcnt de change (.\ppuyant.) quoique agent du change, j'ai toujours lit, sur mon bureau, un \olunie de Mcdilations...