SCÈNE I
c(ue je médite quelquefois... (Il prend le livre.) ' Et je te prie de croire que ça ne me fait pas du tout manquer à mes devoirs d'époux... au contraire. (Il a ouvert le livre et lit.) Le Lac... (Parlé.) Ah ! c'est beau !... c'est limpide!... (Déclamant.:
Un soir, il m'en souvient, nous voguions en silence ; On n'enlendait au loin, sur terre et dans les deux, Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence Les flots harmonieux.
CFIAMBELLAN.
Eh bien ! qu'est-ce que ça prouve?
DURIVEAU.
Maisc'est de la musique!... Et tu n'aimes pas ça, toi qui joues du violon!... C'est du Mozart!... c'est du Uossini!...
CHAMBELLAN, riant aux éclats.** Ah! ah! ah! mesdames.., Duriveau qui cultive les muses!... Duriveau qui mène de front la poésie et la Bourse!
Dl)RlVE.4U, posant le livre.
La Bourse... c'est juste... et voici l'heure d'y aller. (Il tire sa montre.)
CLARA
Toujours à la Bourse!
DURIVEAU.
Dame! chère amie, quand on est agent de change!...
CLARA, se levant.
Mais ne pourriez-vous quelquefois envoyer à votre place M. Brémont, votre premier commis?
DURIVEAU.
Qui ça?... Gugustel... un enfant!...
CLARA
Un enfant de vingt ans, et que vous vous obstinez, je ne sais pourquoi, à appeler...
DURIVEAU.
Guguste !... C'est vrai, je le vois toujours à dix ans, quand notre ami Brémont, son père, me le confia, et que je l'allais chercher, deux fois par mois, à son collège!... Lui en ai-je acheté des billes et des balles élastiques... Il a, ma foi, vingt ans 1... mais ça ne l'empêche pas de n'être qu'un enfant... à la Bourse... J'aime mieux y aller moi-même, et le laisser ici, à ma place. CLARA, froidement.
Comme il vous plaira, monsieur.
(Elle reiourne pris de la table à ouvrage.)
DURIVEAU.
A propos, chambellan, et ces Nords que tu m'as fait prendre pour ton ami Valkville, que faut-il que j'en fusse?
CHAMBELLAN, qui depuis quelque temps est retourné près du bureau, où il prend quelques papiers. 11 nous le dira lui-même, car je l'attends aujourd'hui. (Mouvement de Lucie.) DURIVEAU.
Ah ! il revient!
* Lucie, Clara, Chambellan, Duriveau.
'* Lucie assise, Charobellttn, Clar« assise, Duriveau.
CJIAMBELLAN, avec intention.
Il n'y manquera pas, j'en suis stlr.
LUCIE, à part , se levant.
Oh! mon Dieu!
CLARA, à part, la regardant.
Qu'a-t-elle donc?
(Elle passe à droite en observant sa sœur.) DURIVEAU , tirant Sa montre.
Alors, partons, car nous sommes eu retard.*
CHAMBELLAN
AIR de Gisello.
Vite, partons, la Bourse nous réclame,
Nous tâcherons de bientôt revenir
(Il embrasse Lucie sur le front d'un Ht dîstfait.) Adieu, ma chère...
(A Duriveau.) Embrasse donc ta femtne.
(Duriveau embrasse Clara.)
Comment! i! faut l'en faire souvenir?
DURIVEAU, parlé.
Du tout !... j'y pense souvent... (A lui-même.) Trop souvent peut-êlre... (Le prenant à part.) Mais à notre ûge, mon ami!...
CHAMBELLAN
Comment, à noire fige !
DURIVEAU.
Quel âge as-tu ?...
CHAMBELLAN
I\lais quarante ans... comme tout le monde.
DURIVEAU, étonné.
Comme tout le monde ?...
CHAMBELLAN
Dame I... qui est-ce qui n'a pas quarante ans?..
DURIVEAU.
Mais nous avons d'abord les jeunes gens de vingt -cinq ans.... de vingt- six ans... et bien d'autres... et... vois-tu, mon ami...
REPRISE Dlî L'AIR.
(En confidence.)
A quarante ans, lorsqu'on a jeune femme, Il faut souvent craindre d'être indiscret. Et renfermer avec soin dans son âme Ce qu'avec joie à vingt ans on dirait.
REPRISE ENSEMBLE
DURIVEAU.
Vite, partons, la Bourse nous réclame; Nous tâcherons de bientôt revenir.
^(A part.) J'aimerais mieux ne pas quitter ma femme ; Mais le devoir passe avant le plaisir!
CHAMBELLAN
Vite, partons, la Bourse nous réclame; Nous tâcherons de bieiUôt revenir.
Quand il le faut, on doit quitter sa femme. Car le devoir passe avant le plaisir.
CLARA
Vite, partez, la Bourse vous réclame; Vous tâcherez de bientôt revenir.
Quand il le faut, on doit quitter sa femme; Car le devoir passe avant le plaisir.
LUCIE
Vite, partez, la Bourse vous réclame; Vous tâcherez de bientôt revenir.
' Lucie toujours assise, Chambellan, Duriveau, Clara.
i; ARTICLE 213,
(A pan.) Ah ! malgré moi , je Iromble an fond de l'âme ; Car dans ces lieux il va biciuôt venir ! (Durivcan et Chambellan sortent par le fon.l.)
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LUCIK, CLARA.
(A peine Duriveaii et Chambellan sont-ils sortis, que Lucie se rassied sur la chaise de sa sœur, laisse tomber son ouvrage, et se tient la tôte appuyée sur sa main, d'un air de découragement.)
CLARA, s'approcliant d'elle viYement.
Qu'as-tu donc, ma sœur ?
LVCiE, ramassant vivement sa broderie.
Moi ?... je n'ai rien.
CLARA
Mais si... depuis hier tu es triste, préoccupée... Je le vois bien... lu me caches quelque chose... Li'CiE, la regardant avec expression, pose son ouvrage et dit en se levant.
F,h bien! oui... je peusc à ce que disait mon mari tout à l'heur<\ et, malgré moi, je Ucml)ie, j'ai peur...
CLARA
Peur de quoi ?..
LUCIE
Tune me comprends donc pas?... .Mais j'aime !... j'aime quelqu'un!...
(lille regarde à gauche avec crainte.)
CLARA , élourdiment.
Ah! mon Dion!... loi aussi! (Mouvement de
Lucie , qui la regarde. — Clara s'arrête tout court en
se détournant.) Oh 1
LUCIE
Que \eu\-tu dire?
Rien... rien... ne fais pas atlenlion. Tn aimes donc?..
LUCIE
Oh ! lu me condamnes, n'est-ce pas?...
CLARA
Moi... non... pas trop... Ces choses-là, ça ne dépend pas de soi... Kl ce jeune homme.... Ltcii;.
Tu sais que c'est un jeune homme;'