‹ Pièces de théâtreChapitre 947 sur 1093 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les MÊMES, RICHELIEU.

(Il «ntre du fond, tria aKUc, en 6'éventanl atec ion mouchoir, et, aansToir les autres persouiiagei , «a te jeter (ur uo fauteuil à droite.')

RICHELIEU

Ouf!.. J'avais besoin de prendre l'air, de respirer, de me remettre de mon trouble!.. Je ne sais plus où j'en suis!

m"' de NOCÉ, s'approchant.

Qu'est-ce donc?

RICHELIEU , se levant tout-à-coup.

Mademoiselle de Noce !.. Le chevalier de Matignon!.. Eh! mais, c'est madame Patin!..**

LE BARON, à part.

Bon!

LA BARONNE, avec fierté.

La baronne de Belle-Chasse !

RICHELIEU

Baronne?., vrai?.. Ah! ah ! ah !.. que la cour est drôle !

Petit!..

LE BARON

Le Duc veut rire.

RICHELIEU

Ma foi! je n'en ai guère envie... J'ai la fièvre!., la tête, le cœur, tout est en feu!

LA BARONNE

Àb ! mon Dieu!., il est malade!..

RICHELIEU

Eh non !.. (a part. ) Dieu ! qu'elle est bête î

m"* DE NOCÉ.

Qu'est-ce donc, monsieur le Duc?..

RICHELIEU, avec feu.

Si vous saviez comme elle m'a reçu!.. Pouvaisjc m'attendre à tant de grâce et de bonté ?..

MATIGNON, étonné.

Madame la duchesse de Bomgogne ?. .

RICHELIEU

Elle-même!.. En m'apercevant, elle n'a pu retenir un cri... « Ah! qu'il est joli!» Et puis, elle m'a tendu la main... que j'ai baisée avec transport... et ce baiser, elle me l'a rendu, là, sur le front!.. Diane admirait un écrin,un cadeau , qu'elle a emporte. .. tandis que moi , mon sang bouillonnait, mon cœur battait avec lorce!..

■ Le Baron, la Baronne, Slalignon, Rlcliclji'u, M"« Je Nojt. " Le Suon, la Baicun', niclidieti, MalifMon, M'>' d< 3Crtl<

'^•"j'aurais voulu êUeseul, pour me jeter auv pieds (le la Duchesse!., mais tremblant» muet, iauuo. bile, je n'ai pas osé.

LA BARONNE, à part.

Pauvre chéri !.. il m'intéresse.

m'" de NOCÉ, de même.

Connue ses yeux brillent !

MATIGN-ON.

Eh mais! qu'est-ce que cela veut dire?.,

RICHELIEU

Ma foi, je n'en sais rien...

&I1 : ]e sais attacher des rulidnt.

Je n'ai, ni frémi, ni tremblé Devant la royale puissance; Mais la Princesse m'a parlé !..

Et j'ai perdu mon assurance.

Pour faire battre un cœur, je croi, Au trouble qui remplit mon âme, Que le regard du plus grand roi Ne vaut pas un baiser de femme 1

Écoutez donc , il y avait deux mois qu'elle ne m'avait embrassé... (A M"* de A'océ.) N'est-ce p.is, mademoiselle?

MATIGNON

Qui?., elle?.. Madame la duchesse de Bourgogne ?

m'" de NOCl- , à part.

Oh! le petit indiscret !

RICIIEMEIT.

Ah ! c'est que vous ne savez pas tout!.. Cela date de loin... Il y a un an... je n'étais encore qu'un enfant... (Matignon et m"' de Noce sourient.)

LA BARONNE

Tiens ! qu'est-ce qu'il est donc, à présent?

LE BARON

Cela ne vous regarde pas, ma mie.

RICHELIEU

Quand mon père s'en venait à la Cour, il m'amenait dans son carrosse, et m'envoyait, avec mon gouverneur, dans les jardins de Trianon... Là, je rencontrais toujours une jeune et belle dame, qui me caiTessaii , m'embrassait... C'était très gentil... Elle me donnait des dragées et m'appelait : sa petite poupée.,. C'est drôle, n'est-ce pas?.. Etellenevoidut jamais me dire son uoni!.. Elle était avec de belles demoiselles, qui m'ein- Lrassaient aussi... Mademoiselle de Mocé, vous rappelez-vous?

m"* DE NOCÉ, confuse.

Qui? moi?., mais non.

(Matignon la regarde en souriant.)

LA BARONNE

Oh ! la fille d'honneur!..

(Le Baron la lire par sa robe.)

RICHELIEU

11 y a deux mois... cela durait toujours... j'étais, avec ces demoiselles, aux pieds de ma jolie i.ironniic... quand une vieille dame... (Bas ) Madame de Mainteiion... survient, se fiichc, et me défend de reparaîiie à Trianon... Ce lut alors que mon mariage fiU décidé avec mademoisolla de Noailles... Oh! elle ou une autre, ça m'était égal... j(! voulais être présenté à la Cour, voilà tout.., ûlais jugez dcma surprise, quand,tout-à-riiVure, levant les yeux sur la Duchesse, que je vv>nais voir pour la première fois, ses traits itie frap i^. perçut , le son fX>f sa voi.\ fil banr« moa < a or î,

LES PRFMlf;i\ES ARMES DE RICHELIEU.

CY>(ait elle, la dame de Trianon, qui m'a baisé "'^'' au front, tomiiie aiiUofois !.. J'étais tout troublé, lout confus... Elle a eu pitié de moi. «Mon enfant, m'a-t-cUe dit, tout le monde ralTole de vous ici... venez nous voir souvent... j'ai fait un cadeauà Diane;n!ais,à vous, je vous endoisun...- Et comme je me penchais... « A six heures...» a-t-elle ajouté plus bas... Madame de Noailies s'approchait pour entendre... C'est très gênant , les vieilles!.. «Ah! madame, a repris en riant la Duchesse, j'ai créé une nouvelle charge dans ma maison... désormais, je ne l'appellerai pins que ■ma petite poupée...» Et elle est sortie... ma belle mère, cramoisie de colère, est partie avec elle... la foule é'ait ébahie... et moi, je suis accouru ici, ivre de mon bonheur, que je v'^ndiais raconter à tout le monde !

MATIGNON, à part.

Voilà bien le petit fat le plus indiscret!..

LA BARONNE

Il est très drôle... je l'embrasserais bien aussi, moi î

LA DUCHESSE DE NOAIILES, en dehors.

Restez, ma fdle.

R.«i/F.LIEIT.

Ah! ma belle-maman! . Tenez! elle est encore écarlalc.

LA HAIÎONNE.

Qu'est-ce que c'est qno cette grosse-là?

LE r.AUON.

Chut!.. C'est une Noailles.

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SCÈNK M.

Les Mêmes, LA DUCHESSE DE KOAILLES.*

LA DUCHESSE

J'étouffe ! je suffoque !.. c'est d'une inconvenance!.. (Se trouvant en face de r.icliclicu.) Qu'avez vous fait de votre femme, Monsieur le Duc ?

mCllEMEU.

Ma femme?», tiens!., c'est vrai...

MATIGNON , à part, r^on! il a perdu sa femme!.. Si c'était elle qui 'eut perdu, je ne dis pas... (Il remonte.)

RICHELIEU

Elle regardait SCS bijoux, et alors... Je vais la .'liorcher.

LA DUCHESSE

Non, demeurez... Mademoiselle de Noce, la Princesse vous attend.

m"* de noce.

J'obéis, Madame... (Bas àRicliclieu, ennas-^ant pr.i's de lui.) Ah ! monsieur le Duc, ce n'est pas le tout d'être heureux à la Cour... il faut éire di.srret! (A part, on sortant.) Courons prévenir la Priuces.se. (Richelieu la regarde avec surprise; elle sort; Matignon va pour la suivre.) LA DUCHESSE.

Non , restez. Chevalier... vous êtes de la famille... Quant a monsieur le I5aron...

UN HUISSIER, au fond.

Le Roi veut recevoir monsieur le grand Lévrier.

LA BARONNE, avccjoic.

Ah! enfin!..

LE inuoN, très agité.* Eh! vite, ma chère!., le roi n'attend pas... (Ras.) Et surtout, ne parlez plus,

(Il lui donne la main.) LA DUCHESSE, à part.

La veuve d'un Patin!,, pouah!

LA BARONNE

Je vais voir le Roi, le grand Roi !.. Au revoir, la compagnie... Adieu, petit!.. (A part.) Je raffole de cet enfant-là, moi !.. (ils sortent en se parlant.)

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