RICHELIEU, DIANE
RICHELIEU, passant la tête à la porte du fond. Elle est seule !
DIANE
Je l'oublierai, comme tout le monde... Il avait l'air si ridicule !.. Ah! j'en mourrai de dépit! RICHELIEU, avançant doucement.
Allons! allons!., elle paraissait émue , quanc elle m'a vu pleurer... (Montrant le cœur.) Il y i quelque chose là... il ne s'agit que de... Allons (loiic !.. (Toussant.) Hum ! hum !
DIANE, se levant, eiïrayée.
Ah !.. quelqu'un !
RICHELIEU , accourant près d'elle.
N'ayez pas peur !.. c'est moi.
DIANE
0 ciel!.. M. le Duc!
RICHELIEU
Dites : votre mari !
DIANE , troublée.
Comment se fait-il , lorsque M. l'abbé vous at tendait dans votre carrosse...
RICHELIEU
Il doit être loin, s'il court toujours, mon car rosse... c'est-à-dire, l'abbé... je les ai ifait partir l'un portant l'autre.
DIANE
Et que votdez-vous, monsieur ?.. que venez vous faire ici?
RICHELIEU
Eh ! quoi ! ce que je viens... Je viens von: prier de m'entendre , de nous entendre jxtui nie venger!., de vous nu>itre avec moi, coiitn tout ce monde qui était là... Matignon, (\w es un fat... le lîaron, qui est un sot... la Princesse qui m'a humilié... ma belle-mère , que je dé leste!..
DIANE
Monsieur le Duc!..
RICHELIEU, se reprenant.
Non, non, je ne la déleste pas !.. pourvu que vous m'aimiez un peu... Dame !. je suis voire mari.
DIANE
Un enfant...
RICHELIEU
El je vous aime !..
DIANE, riant.
Vous ?.. ah ! ah ! ah ! coiniiie un enfant,
niCUELltl',
CoinnM» tnx mari i
ACTEI.SCftNEXIV.
DIANE , riant plus fort.
Ck>ininc un enfant !
RICHELIEU, frappant du pied.
Comme un mari , vcnirebleu !
DIANE
Ah ! Dieu !.. Sortez, monsieur.
Tout de suite , avec vous!., partons, rentrons lez nous, mu chère amie.
DIANE
Laissez-moi !.. Je vais appeler ma mère.
RICHELIEU *
Oh ! non , par pitié !.. n'appelez pas !
DIANE, avec dédain.
Au fait, qu'ai-je à craindre... d'un enfant?
RICHELIEU
Encore !.. Oh ! non, je le sens bien , à ce que éprouve ici , près de vous... mon cœur bat, les yeux se troublent... je sens que je vous aime vec idolâtrie, avec passion, avec colère!.. Je lis un homme... parole d'honneur!.. Et pour le consoler de partir, il me faudrait...
DIANE
Des dragées, peut-être...
RICHELIEU
Ah! c'en est trop !.. Je suis votre époux, votre •laître!.. j'ai des droits... des droits très étenus... Oui, riez, riez!.. J'ai ma dignité d'homme, ue diable !.. il y va [de mon honneiu*... Et malré vos rires, je veux, je prétends, j'exige, j'orlOnne...
iIAXE , passant tout-à-coup du rire au ton sévère.
Monsieur le Duc!., pour un gentilhomme de otre taille, vous parlez bien haut !
RICHELIEU
Eh bien ! non , je n'exige rien , je n'ordonne »as... je prie, je supplie.
Au : Pitié , madame. [Lolai Pdcbt.)
Ah ! de mon âme,
S'échappe un cri:
Pitié, madame,
Tour un mari!..
Mais, vous devenez plus sévère!..
Ce mot de mari, triste et froid , Loin d'exprimer une prière , Vous semble renfermer un droit.
Eh bien ! je change de langage ; J'abjure ce titre d'époux :
Plus de serment qui vous engage, Et je vous dis, à deux genoux :
Maltresse ou femme,
En ce moment.
Pitié, madame,
Pour un amanti
(Il tombe k tf» genoux.)
Ï)IANE, d'abord émue , reprend un air de dédain, le regarde en souriant, puis:
Relevez-vous donc , enfant... votre précepteur l'ous gronderait.
(Elle sort, laissant Richelieu à genoux.)