‹ Pièces de théâtreChapitre 995 sur 1093 · SCENE YII · texte numérisé non relu

SCENE YII

TRIJVI, LOUIS.

LOCIS, à part.

Demain! demain I ah! n'y pensons plus!

11 va pour sortir.

TRIM

Eh bien I monsieur Louis, vous nie quittez donc comme ça, sans me dire un petit mot d'amitié ?

LOClS.

Si fait, mon garçon. Te voilà sorti de la salle de police, c'est bien ! mais, Trim, ne te fais donc plus d'affaires comme ça pour tes amis ; laisse dire, comme moi, sois raisonnable.

TRIiH.

Merci, mon lieutenant, je n'y manquerai pas, si j'ai le temps. ..Mais vous... venez doncun peu ici, mon officier, sans vous commander, venez donc un peu ici. Depuis quelque temps je me propose de vous infliger l'interrogatoire de l'amitié, et puisque vous voilà...

LOUIS

Hein ! qu'est-ce que c'est ?

TRIM

Voulez-vous me permettre, mon lieutenant, de vous parler, là, comme autrefois, en frère?...

Il porte la main au lioiinet, LOUIS.

Comment donc!... mais, je t'en prie, mou pauvre ïrim, mon seul ami!

TKI».

,1,. C'est bien, ça! l'épaulette ne t'a pas rendu litr... ^ S' arrêtant,) kh\ pardon, mon lieutenant!

LOUIS

Ehl va toujours!

TRIU.

Au fait, U ae s'agit pas de vous vanter... Je

veux le gronder au contraire, c'est-à-dire, vous ; voyons, Louis, que qu' t'as?

LOUIS

Oui, vous! qu'est-ceque t'as?... qu'est-ce que c'est que ces rêvasseries noires, ces chagrins que nous avons sur le cœur? et puis ces gros soupirs qui partent de là, et puis ces larmes qu'on cherche à cacher?

LOUIS

C'est bien, c'est bien !

TKIM.

Du totrt, c'est mal... on a quelque chose qui étouffe, et on en fait des cachotteries à son ami, à son vrai, son intime... on garde sou chagrin à soi tout seul, égoïste I... Nous oublions donc cette bonne amitié qui nous aidait si bien à passer les mau\ai8 quarts d'heure? nous nous délions de ce pauvte petit diable de Trim, qui nous aime tant! pour qui on n'avait pas de secrets autrefois ; il paraît que c'est venu avec les épauleites, qu'on se défie de lui, que... hem?... dis un peu le contraire, dis... Allons, laisse-toi aller, soulage ce cœur... un peu, rien quun peu, ça le fera du bien, et à moi aussi... Que qu' t'as?

LOUIS

Tu veux le savoir?... Eh bien, je suis amoureux!

TRIM

Amoureux ! ... ah ! bah ! ... Et c'estpour ça que. . . ah! quelle bêtise!... Mais moi aussi, je suis amoureux, et ça ne me coupe ni le sommeil ni l'appétit, au contraire, ça m'en donne, et ferme ! jedévore!... Ah! tues... ah! vous êtes amoureux!... et de qui?

LOUIS

Oh! il s'agit d'une personne que tu ne connais pas.

TRIM

Quelque chose de soigné... une jeunesse qui correspond à votre sentiment, dam 1 il n'y a pas d'affront! Il est joliment ficelé, mon petit lieutenant! Elle doit vous aimer, hein?

LOUIS

Elle ne sait pas seulement que je l'aime.

TRIM

Tu ne lui as donc pas dit?

LOUIS

Jamais!

TRIM

Et pourquoi ça?

LOUIS

Je n'ai pas osé.

TRIM

Tu n'as pas osé, et tu ne rougis pas d'avouer ça !... Un lieutenant, un gaillard qui a de la barbe au menton! moustache, royale et tout!.^. Ah! Louis! ah! Louis! tu me fais de la peine! Mais moi, un petit, un môme, un rien du tout, (juand je suis amoureux... crisli!... je me déclare lout de suite, et en deux temps!... Dam ! faut dire aussi que j'ai un chic soigné!...

MAGASIN THEATRAL

LOOIS.

Bon pour toi, qui aimes une grisette.

TRIM

Faut pas dire de mal des griscttes!... elles ont un bon côté... le côté gauche, côté du cœur!... En avant, marche'... Ah çà ! mais vous, c'est peutêtre pour le motif du mariage que vous en tenez !

LOCIS

Un mariage ! Non, Trim, c'est impossible.

TRIM

Ah ! bah I c'est donc bien. ..

LOUIS

C'est trop brillant pour moi.

TRIM

C'est une bijoutière?... Non '.j' dis ça pour rire!

LOUIS

La fille d'un homme que sa fortune, son grade élèvent trop au-dessus de moi... et qui, d'ailleurs, s'est choisi un gendre... un gendre que je déteste. XRiar.

La fille du colonel !

Lonis.

Adieu, Trim, adieu !

Il remonte la scène.

TRIM> le ramenant *, Eh I mais il n'y a pas de quoi rougirl... Bravol c'est bien I En voilà un chef de file! Parole d'honneur, j'y avais pensé pour vous.

Tu la connais T

THIH.

Si je... je ne connais que ça ! A preuve que je lui porte toujours les armes quand elle passe. Le papa croit que c'est pour lui... Pauvre cher homme!... Oh! la beauté!... Je ne peux pas la voir passer sans... une! deux!...

Il fait tomme s'il portait les armes.

LOUIS

Tu la connais 1... Eh bien! conviensdonc qu'elle est jolie, qu'elle est charmante et bonne.

TRIM

A qui le dites-vous î J'en ai eu la preuve, moi, moi qui vous parle. Figurez-vous l'autre jour... pas plus loin que ça... je vas porter le livre d'ordres au colonel... il était en lêle-à-tête avec sa fille, mademoiselle... Elle se nomme?

LOUIS

Nadèjel Après?

TRIM

M"* Nadèje! Quel nom baroque! La mienne s'appelle Henriette, une petite brune... Enfin n'importe! elle était en train de prendre son café avec le respectable auteur de ses jours, dans une cafetière d'argent magnifique... cl pendant que le colonel parcourait le registre, i^l"^ .

LOUIS

Nadèje.

TRIM

M"e Nadèje... Et dire qu'il y a des noms comme ça! Enfin n'importe! elle me regardaiti •lie me regardait, que j'en étais rouge, rouge

* Louitj Trim.

comme le capitaine Servelas!... Je reprends le re* gistre, je m'en vas, bon! Mais le lendemain, nous étions de planton à la porte du colonel, et v'Ià qu'à la fenêtre, derrière le rideau, j'aperçois la jolie figure de M"'... qui me regardait toujours... Hein? c'est-il drôlet

LOUIS

Oh I des idées que tu te fais.

TRIM

Du tout, du tout... car Henriette m'a dit... Henriette, c'est la brune que je vous disais... une ex-couturière qui a passé femme de chambre... Enfin, elle m'a dit que sa maîtresse lui avait parlé de moi. [S' interrompant.) Après ça, vous médirez que c'est parce que vous me protégei et qu'elle vous aime.

LOUIS

Malheureux! que dis-tu là! elle m'aime, Nadèje!

TRIK.

Tiens ! Nadèje t Pourquoi pas ?

LOUIS

Moi, pauvre orphelin, qui n'ai rien que mon épaulette de lieutenant.

TRIU.

C'est déjà pas si mal, quand on l'a gagnée soimême... et sans sortir d'aucune école.

Oh! non, non, cela ne se peut pas, je ne veux pas le croire... de pareilles espérances font trop de mal quand il faut les perdre !... D'ailleurs, son mariage est décidé !...

TRIM

Avec le capitaine... le rouge 1... Un Caraïbe comme ça, en corset et en manchettes, à la fille du colonel... allons donc!... mais je refuse mon consentement... Tandis que toi, qui es gentil, pas faquin du tout, et d'une couleur agréable... Mais dam 1 faut vous prononcer, mon lieutenant, faut lui dire.

LOUIS

Rien, rien, mon pauvre Trim ; il faut garder mon amour là, au risque d'en mourir 1

TRIM

Ne dis pas des choses comme ça, Louis... ou je vas me fâcher.

LOUIS

Tu me regretterais, toi... toi, seul!... Mais, vois-tu, je ne suis pas heureux, je ne le serai jamais... et il y a des momcns où je suis tenté de provoquer ce Sévelas... ne fût-ce que pour me faire fusiller... ce serait fini au moins.

TRIM

Ah! oui, parlons-en! elle est jolie votre idéel {Pleurunt presque.) C'est béte de faire de la peine aux gens qui vous aiment!

LOUIS

Tu as raisons, n'en parlons plus... Voici l'heurt de ma garde... Adieu, Trim, et surtout...

AïK : Dans C régiment.

C'est uo mystère!...

Ali I n'en dis ricD I

LES ÈNFANS DE TROUPE

Ton amitié, frère...

C'est mon seul bien.

TIllM.

Pour toi, la cliance

Vienctra bientôt...

Courage, espérance!

C'est notre lot

ENSEMBLE

LOUIS

C'est un mystère ' . ,

Ali I n'en i)is rien I Ton amitié, frère...

C'est mon ieul bien.

Ab ! Tespérancc

IN'csl qu'un vain mol ; Le bonheur, je pense,

N'est pas niovi lot.

C'est un mystère.

Va, ne crains rien I Quelque jour, j'espère,

To-il ira bien.

Pour toi la cliance

Viendra bientôt...

Courage, espérance!

C'est notre lot.

Louis sort précipilainiiienl par le fond.

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