SCENE PREMIÈRE
JACOBSON, RÉBECCA tenant un cahier à la main , et faisant répéter Jacobson.
JACOBSON, répétant. « Oui, mes frères, ))si vous suivez mes sages conseils, vous ■ prendrez le vrai chemin du ciel, et vous ') éviterez les sept voies de perdition : la «paresse, l'orgueil, l'avarice, l'envie, la "gourmandise, la colère et la...
RÉBECCA, soufflant. La lux...
JACOBSON. « ure. » Allons, ma chère sreur, je crois qu'en répétant encore une l'ois, je pourrai aujourd'hui déjjitcr mon sermon de mémoire ; et dans toute la Pen- !-ylvanie on parlera du révérend quaker Jacobson.
RÉBECCA, se levant. Oui, mon frère; d'ailleurs, je me placerai à côté de toi, et je te souillerai tout bas.
JACOBSON. Quel plaisir pour mon cœur paternel de voir dans mon auditoire toute ma famille réunie!., mes filles et ma sœur Rébecca...
RÉBECCA. Oh ! pour moi, mon frère, je n'y manquerai pas. Quant à mes chères nièces, elles sont si négligentes de leurs devoirs... Croirais-tu qu'elles dorment en- <ore?.. à six heures du matin!., tandis ([ue moi, je suis matinale comme la jeune alouette.
JACOBSON. Rébecca! Rébecca!.. tu ferais mieux de dormir que de veiller pour médire de ton prochain, de tes nièces : elles sont si gentilles, si bien élevées... ma Suzanne surtout, ma jolie Suzanne...
RÉBECCA. Ah! voilà la jolie Suzanne!., c'est la Benjamine celle-là... C'est égal, înon frère, tu ne sais pas ce que c'est cjue
de surveiller sept jeunes filles... car, depuis la mort de ta femme, tu m'a confié ce soin.
JACOBSON. Bientôt , ma sœur , nous n'aurons plus que six brebis au bercail : je vais marier mon aînée.
TiÉBECCX, avec un soupir. Elle est bien heureuse !..
JACOBSON. Voici la lettre que j'ai reçue hier au soir. (// tire une lettre de sa poche et met ses lunettes. ■ — lisant.) « Révérend, ))je te salue du fond de mon cœur, toi et ))Ies tiens. » {S'interrompant. ) 'Voi et les tiens!., touchante fraternité qui fait que chez les quakers, hommes et femmes se tutoient, même sans se connaître. (Lisant.) « Tu as sans doute entendu parler de la ). famille A nderson, quaker de New-Yorck? »je suis une des racines de cet arbre im- «mense; je suis arrivé à l'âge, à l'heure, «au moment où une épouse m'est absolu- »ment nécessaire. La réputation de tes re- » jetons féminins est parvenue jusqu'àmoi, ))Ct je désire m'unir à une de tes branches. » C'est dans cette intention que j'arriverai » demain chez toi, par le chemin de fer, et «j'espère m'en retourner avec une épouse «chérie, qui me donnera la main dans cette «vallée de larmes, qui me conservera dans «ma pureté primitive, et prendra soin de «mon linge et de mes autres effets. Je «t'embrasse avec cordialité. Jérémy Ben «Anderson, fils de Ned Andersen, etc., «etc. «Je n'ai jamais vu ce jeune homme; mais les Anderson sont cités pour leur bon esprit et la sévérité de leurs mœurs. Walker, mon respectable ami, quoiqu'il ne suive pas la même règle que nous, m'en a dit tout le bien possible en passant par
LE MAGASIN! THÉATRAl..
RÉBECCA. Walker! ah! oui, je me sou- TÎens même qu'il se plaignait beaucoup de la dissipation de son fils , qui était l'effroi des jeunes vierges de INew-Yorck.
JACOBSON. La sagesse est rare : c'est pourquoi je dois m'empresser d'accueillir Jérémy. Ma Camille lui conviendra parfaitement : c'est l'aînée, et, en bon père, je dois d'abord pourvoir la plus âgée.
RÉBECCA. Mais, en ce cas, mon frère, il fallait songer à moi.
jACOBSOiv. Eh! ma sœur, il y a 5o ans que j'y songe...
RÉBECCA. Mon frère, le célibat me pèse, ton amitié ne me sufTit plus, et ma chatte, que j'aimais tant, me devient insupportable.
JACOBSON. Ah ! ta chatte, ma sœur, me Test encore davantage : elle promène partout ses petits , tantôt c'est dans mes bottes, tantôt dans mon chapeau.
Air de Julie, Hier encor, de mon lit je m'élance Ne faisant que de m'éveiller, Je saisis avec confiance Mon pantalon poium'liabiller, J'allais mettre à fin l'entreprise ; Mais une j;riffe exci a mon < ffroi Et je sentis deniére moi !
Que déjà la place était prise.
On entend crier dans la coulisse.
TOUTES. Papa!., papa!., papa!..
JACOBSOX. J'entends mes filles.