‹ Pièces de théâtreChapitre 1010 sur 1069 · SCENE XVI · texte numérisé non relu

SCENE XVI

Les Mêmes, ROBINEAU.

FIFINE. Ah! quel changement!

CARAFON, à part. Il n'est pas possible, il aura eu une querelle ou son cabriolet a versé.

ROBINEAU. Il entre et i>« s'as'^eoir sur une chaise. Fifine , je me sens bien mal... je m'en vas... du vinaigre...

CARAFON. Laissez-le s'en aller.

FIFINE. Que vous est-il donc arrivé ?

ROBINEAU. L'aventure la plus épouvantable... Uonne-iiioi un verre d'eau sucrée.

F!ri\K. C'est cela , je suis bonne pour soigner monsieur.

ROBINICAU. Si tu me fais îles reproches , je vais me trouver mal.

CVRAFON. Laissez-le se trouver mal.

FIFINE. Allons, je veux èlre généreuse.

ROBINEAU. Je puis dire que je suis l'être le plus infortuné du départenient de la Seine... jMets-y beaucoup de fleur d'orange... Pas plus de comtesse que de nègre; chez le boulanger , on me rit au nez, on ne sait pas ce que je veux dire , on ne connaît pas madame de Blaguinski... Etce scélérat de cocherde cabriolet... que je n'avais pas de quoi payer.... qui ne veut pas comprendre qu'on m'a attrapé, qui dit que c'est lui qu'on attrape, qui me donne des coups de poing, me force à un duel à l'anglaise .... Allez donc ensuite au bal comme ça ! je suis gentil pour danser le galop.

FIFINE , lui apportant de Veau sucrée. Tenez , buvez.

ROBINE Mi. Ah ! mon Dieu ! (]u'est-ce que c'est que ça? c'est détestable... Fifme, vous me donnez de l'eau salée.

FIFINE. Ah! c'est que j'aurai pris la salière pour le sucrier... c'est égal, ça vous fera le même bien.

ROBINEAU. Merci , je n'eu veux pas... de l'eau pure... de l'eau.

FIFINE , rapportatU un verre (l'eau. Tenez. Vous revenez déjà de votre soirée ? vous quittez si vite votre grande dame ? Ah .' mon Dieu , elle vous a donc serré la main bien fort , que votre gant est tout déchiré, et votre habit aussi ! comme vous voilà fait! est-ce en dansant uue polonaise que vous vous êtes arrangé comme ça ?

ROBINE.AU. Ali, Fifine! ma soirée, mon bal , ma comtesse, tout ça c'étaient des bêtises ; j'avais la tète bouleversée , je ne .sais plus ce que je t'ai dit tantôt; mais tu es si bonne, je suis bien sur que tu n'y penses d(^jà plus... Oh! Fifine, je voudrais avoir luie couronne à t'ofïVir, encore je ne croirais pas payer... Raccommode-moi mou parement .

FIFINE. Du tout.

ROBINEAU. Comment, Fifine, tu es rancunière...

FIFINE. Je ne veux plus raccommoder que mon mari ; épousez votre comtesse ^ moi j'épouse mon limonadier-

LE MAGASIN TBEATRAL.

ROBTNEAU. C.nrnfon . est-ce bien possi- \ ble?

CARAFON Ali! elle lu'éponse ! Quoi!

vous m'épousez, iiiaiiizellc ?

F!H.\E. Cliull tais-ioi donc.

ROisi^EAU. <^)uarit an liuionadier, qu'il prenne ^aide à lui , il s'eSL iiiO;|nc de moi avec son nègre; mais je le letiouveiai, je le briserai en mille morceaux.

CARVFON. Ah? mon Dieu, je n'ai plus de vent.

FIFINE. Essayez de frapper mon époux.

rOBIM:au. Ton époux I... ton époux I... qu'il ne tombe pas sous ma main... lu me connais, Fifine ..

FiFlXE. Allez.. . Faites de l'Antony...

On n'est pas votre dupe.

robineau. Vois-tu, Fifine... finis...

(11 pleure.)

FlFliVE. Allez remettre vos billets doux. ROBîNEALl. (// se nitt à geuuttx.) Fifine, jil n'est pas possible que tu veuilles me faire monru de tliagrin.

CAR\FO\. Fais donc le canard.

FIFINE. Taisez-vous, tartufe, vous ne m'aimez pas.

ROBINEAU. Si, Fifine, je t'aiine bien ; je ne dépenserai nion argent qu'avec toi; je ne te quitterai plus, je n'irai plus dans le grand monde; une chaumière et toi, voilà le bonheur.

FIFINE. Câlin , vous pensez à moi quand je suis là.

ROBiNEAU. Je pense toujours à toi.

FIFINE. Vous m'en donnez de jolies preuves.

ROBiNEAU. Hein ?

FIFINE. Vous m'en donnez de jolies preuves.

ROBINEAU. Oui... eh bien! on va t'en donner des preuves. IN'e regarde pas. [Il va chenhcr lu (juiileille elles l/ulids.) Fifine, vois ce petit goûter que j'avais préparé... du muscat...

CARAFON. Du muscat I elle va se laisser aller.

FIFINE, à part. Du muscat! il me prend par mou fa-ble.

ROBINEAU. Tout n'cst pas rompu entre nous.

FIFINE. C'est selon... voyons d'abord ce muscat.

ROBINEAU, à part. Si elle en goûte, elle est à moi.

FIFINE. Il n'est pas très-bon!

ROBINEAU. Gourmande... Allons , embrassons-nous... que tout soit oubhé.

FIFINE. Tieiis,necroist-ilpas,parceque j'ai bu un verre de muscat...

ROBINEAU. Allons donc, tu te moques de moi, tu ris.

FIFINE. Du tout.

ROBiXEAU. Tu ris... Eh bien! regardemoi donc en face... tiens, de côté, seulement.

FIFINE. Non, monsieur, pas plus de côté que de face.

ROBINEAU. Ah! tu vois bien , tu n'oses pas... ah , ah! tu ris.

FIFINE. JNon,ce n'est pas vrai; d'ailleurs, c'est que je pense à autre chose.

ROBiNE\U, Vous ne voulez pas me pardonner? les femmes pardonnent si habituellement.

Air : A l'âge heureux.

Sur les femmes, en ce moment , Croyez-moi, votre coenr s'ahuse ; Je b.is fort bien que d'un amant 11 est (iliis (l'un tort qu'on excuse.

Oui, par ("aibiesse, par boute', Nous avons assez, rliabitiide De pardiinner .'i l'infidélité, Maisjamais à l'ingratitude.

ROBINEXU. C'est donc fini?

FIFINE. Oui, monsieur, f i.... fi..,.

rompu.

CARXFON, oubliant. Bravo!

ROBINEAU. Comment bravo ! H y a

quelqu'un là! Carafon! mon rival!

Je vais t'apprendre à aller sur mes brisées...

CARAFON , sortcint. Je n'ai rien brisé ; mamzelle Fifine, protégez-moi; il va commettre un homicide... il va me casser...

FIFINE Monsieur Roblneau , respectez mon futur. Vous m'avez quittée pour une autre; ne suis-je pas libre d'en faire autant ?

ROBINEAU. Eh bien ! oui , je suis un ingrat, uiî monstre... je ne méritais pas d'être aimé d'une jeune fille si bonne , si douce, par la perle des femmes, la vertu, la .sagesse même, par une modiste enfin... ÎMais puisqu'à présent vous me délestez , puisque vous en épousez un autre , adieu, Fifine... Vous pouvez garder la clef de ma chambre et tout ce qui est dedans : ma table, ma guitare, mon bonnet à poil... je vous laisse tout cela... Adieu pour jamais!...

FIFINE. Où allez-vous donc?

ROBINEAU. Me jeter dans le puits !

FIFINE. Ah! par exemple ; mauvais sujet .. jeiez-vous plutôt dans mes bras , ce sera moins froid.

ROBINEAU. Tu me pardonnes,,. Oh! Fi-

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