SCENE III
SUZANNE, assise, BRIGITTE, CAMIL- LE, ARABELLE, EVA, BETZI, ANNA, REBECCA.
ARABELLE. Ah! papa a beau dire, c'est mnuyeux d'attendre.
EVA. C'est vrai. Parce que mademoiselle Camille est née avant nous, on ne pense qu'à elle; c'est affreux! dans un pays libre, il ne doit pas y avoir de privilèges.
TOUTES. Plus de privilèges !
ARABELLE. Oui...
Air du Verre.
C'est une horreur , en vérité , De voir encore en Amérique Dans un pays de liberté Conserver un usage unique.
EVA
Nos pères surent autrefois , Abolir des lois surannées ; Couronnons leurs dignes exploits, Abolissons les sœurs ainées !
TOUTES
Couronnons , etc.
REBECCA. Oui, à bas les aînées!
EVA, riant. Tiens, tiens! ma tante qui s'en mêle aussi !
REBECCA. Pourquoi pas ? ce bon jeune homme veut, avant tout, une femme d'une pureté angélique.
EVA. Eh bien, ma tante?
REBECCA, Eh bien, vous n'êtes pas du tout son fait.
Air : de Sommeiller en cor , ma chère. Pour lui plaire , je le répèle , Nulle de vous n'a ce qu'il faut ; Il veut une femme paifaite !
Et je vou? sais , à chacun un défaut ; Votre réunion présente Des défauts le triste attirail.
BVA.
N'auriez-vous pas, en gros, ma tante, Ce que nous avons en détail ?
TOUTES
N'auriez-vous pas , etc.
REBECCA. Impertinente!., je vous dis que ce jeune homme me reviendra.
ARABELLE, riant. Par exemple ! il faudrait qu'il tût aveugle... c'est moi qui lui plairai.
TOUTES, excepté Suzanne. Non, c'est moi ! c'est moi !
CAMILLE C'est affreux, mesdemoiselles, allez, vous êtes de bien mauvaises sœurs, vous ne ressemblez pas à Suzanne, vo^'ez! elle ne dit rien , elle.
BRIGITTE. Je crois bien... elle est toujours comme ça maintenant ; assise à l'écart, on ne sais pas à quoi elle pense.
E\[\, s' approchant. Eh! Suzanne, viens donc causer avec nous; nous parlons de mariage.
LE MAGASIN THEATRAL
SUZAMIE, se levant * Oh ! ça m'est bien égal.
REBECCA. Ça lui est égal! son état n'est pas naturel.
EVA. Tu ne veux donc pas te marier, toi?
SUZAIVjVE. Oh ! si , mais arec lui. ..
ARABELLE. Qui ça lui ?
SUZANNE. Lui! je le vois si souvent!
REBECCA. Comment! tu le vois?..
SUZANNE. Il a l'air si bon , si intéressant... Oh! je ne puis être heureuse qu'ayec lui.
RECECCA. Mais qui donc?
SUZANNE. Je ne le connais pas...
Air du Pré-aux- Clercs.
Présent à ma pensée , Il charme mon sommeil, Et mon âme empressée Le retrouve au réveîl !
Soins , amour et constance , Pour charmer mon mari!
J'ai ce qu'il faut d'avance"...
Je n'attends plus que lui.
EVA,nrtaf. Ah! ah, ah, un mari imaginaire! j'en aime bien mieux un pour de yrai ; celui de Camille.
CAMILLE. Mais, mesdemoiselles, puisqu'il n'est pas vacant... respect à ma propriété !
EVA. Je ne reconnais pas le droit de propriété... il appartiendra à la plus aimable.
TOUTES, excepté Suzanne. Oui, oui...