LE ROI, LEBEL, LE DUC
LE DUC. Sire, je viens...
lebi;l, il lui-même. Oui, bien à propos.
LE DJ c. .Te viens...
LE ROI, lirusqur.ment. Et moi, j'attends, monsieur.
LE DUC, surpris. Ali ! pardon, sire... (A /;a//.) Il a l'ail de bien mauvaise humeur!
LE ROI, de même. au bien?
LE DUC, tâchant de prendre l'air riant. J'espère que sa majesié a été satisfaite, si elle était en appétit ce matin? d'abord ces melons verts ont un parfum... une saveur particulière et je l'avais choisi moimême.
LE ROI, étonné. Comment!,, ce melon vert, cest vous, monsieur le duc?..
LE DUC. Vous m'aviez envoyé, daignez vous souvenir, d'après les instructions de Lebel...
LE îîOI, se tournant vers Lel'el qid lui approrhe un fauteuil. Lebel t'si un sot.
LERCr, (i 'emi-voix. Je 1 aniais euvoyé en Ciiiae pour m'en débarrasser.
LE Î103, au duc, en s'asseyai.t. Il y a erreur, monsieur, il a confonibi ; ce n'est pas l'office d'un homme de von*e sorte d'aller chercher un melon...
LE DUC. Oh! dans la primeur, sire... et puis le désir de plaire à votre majesté ; d'ailleurs il n'y a licn de désobligeant à descendre d'équipage \\n melou sous le bras... les curieux se demandent: Tiens, monsieur le duc de iMeilly! où va-t-il donc avec son. . vous daignez concevoir? Et puis les conjectures..,
LE no\, gravement. Est-ce là tout ce que vous aviez à me dire?
LE DUC, à part. Tout! il ne me remercie même pas,.. {^Haut. Tout ce qu'il m'a été donné de faire pour voire service particulier, oui, sire; mais pour le service de l'état, c'est autre chose... il y a quarante
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ans, sept mois et sept jours que je sers l'état.
LE ROI, à lui-même, en jetant 1rs yeux vers le buffet où est cachée Luiiise. Couiuie elle doit élre mal à son aisel
LEDUC. Oui, sire oui, j'ai été quelquefois bien mal à mou aise ; particulièrement le jour... non, c'était ime nuit, nous étions au camp tout auprès de Valenciennes.
LE uoi. iNotis sommes à Versailles, monsieur le duc ; revcncz-ydont\, s'il vous plaît.
LE DUC. C'est juste, sire...
LE ROI. Donnez-moi votre placet, morsieur.
LE DUC. Le voilà, sire, le voilà.
LE ROI. Eh bien I c'est bon, c'est bon, monsieur de Meilly, je recommanderai votre allaire à ÏM. le duc ; d vous portera sur la liste des lieutenans-généraux, à la première occasion.
LE DUC, aorc un respect ironique. Des lieutenans-généraux! vraiment, sire, il n'aura pas grand'peine, car j'y suis déjà.
LE ROI. Vous y êtes?
LE DUC. Et parmi les plus vieux, puisque j'ose prétendre par ancienneté au bâton de maréchal, ou tout au moins au collier de l'ordre, et monseigneur le régent, qui se connaissait en hommes, m'a deux fois promis ce titre en votie présence.
LE ROI. Je ne me le rappelle pas.
LE DUC. Ce n'est pas étonnant, car je dois à la vérité de dire que votre majesté était encore en jaquette.
LE ROI. Aujourd'hui, monsieur, j'en suis fâché, mais j'ai promis au premier ministre de ne faire ni maréchaux, ni chevalier de l'ordre avant les fêtes de mon mariage; d'ici là...
(Il tourne le dos et tire le cordon d'une sonnette.)
LE DUC, le regardant faire. D'ici là le roi, l'âne ou moi, nous mourrons. Faitesvous donc écharper, voilà la récompense. {Il prend V inflexion du roi.) Monsieur le duc, j'en suis fâché... Monarque ingrat!
(Lebel, au hiuit de la sonnette, s'est approché. Le duc, après une salututioa profonde, suit ie valet de chambre jusqu'à la porte, et lorsqu'il se retourne pour faire une dernière salutation à sa majesté, accroche en passant la robe de Louise , et Tcntraîne sur le tapis.
LE ROI, à denii-roix. Ah! mon Dieu!
LEBEL, qiti s'est retourné. Monsieur le duc! monsieur le duc!.. Eli bien! eh bien! arrêtez donc... Ah bien, oui!... (// retient 'Violemment lu robe} t' éperon du duc, ijui continue sa route , entraîne et emporte après lui la guirlande de la robe déchirée.) Vieille perruque !
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