‹ Pièces de théâtreChapitre 117 sur 1069 · SUZAN.NE, EDOUARD · texte numérisé non relu

SUZAN.NE, EDOUARD

sizAssE , descendant la scène sons voir Edouard. Suite de l'air précédent.

ENSEMBLE

La tendre rêverie Charme seule ma vie.

Mon ame est attendrie Par un doux souvenir.

ÉDOCAHD.

Combien elle est jolie!

Oui, mai.« pas de folie Un défaut je parie.

Doit aussi la tenir.

Soyons prudent... j'ai déjà été trompé tant de fois.

SUZAIVXE, apercevant Edouard. Ah!

EDOUARD. Jeté fais peur, Suzanne?

SUZAIVXE. Oh! non ; je sais que tu es Jérémy, que tu viens pour te marier : il n'y a rien là qui doive me faire peur.

EDOUARD, a part. Jusqu'à présent, ça va bien.

SUZAîVNE. Tu as vu mes sœurs, je suis sûre que c'est Arabelle qui t'a charmé.

EDOUARD. Elle est un peu vive.

SUZAAKE. C'est vrai. ..mais elle n'est pas rancunière... quand elle s'est querellée, la main tournée elle n'y pense plus.

EDOUARD. Oui, mais la joue s'en souvient.

SUZAKKE. Quand tu la connaîtras mieux tu sauras l'apprécier.

EDOUARD. C'est bien, ma sœur^ de chercher à excuser les défauts de nos proches.

SUZAXIVE. Ça nous ferait tant de plaisir â toutes de te voir de la famille.

EDOUARD, a part. L'excellent caractère ! Mon cœur se dilate... Prenons garde; il s'est déjà dilaté six fois pour rien.

SUZANNE. x\ quoi penses-tu donc, frère?

EDOUARD. A toi!.. J'éprouve une émotion, un chai'mc inexprimables... je me sens entraîné par une secrète puissance...

l4 LE MAGASIN

je te rois pour la première fois, et il me semble que je te coiiuais , que je l'aime depuis long-temps. {A part.) Allons, voilà que je me laisse aller comme avec les autres !..

SL'ZAIVIVE, àpart. C'est singulier, saToix me trouble, me pénètre; voilà comme lui doit parler.

EDOUARD. Suzanne... je ne sais... mais quelque chose me dit que tu es destinée à devenir ma compagne.

SUZANNE, virement et àpart. Sa compagne!

EDOUARD. Eh bien ! tu ne réponds pas.

SUZANNE Frère , laisse-moi ; je ne peux pas me marier avec toi.

EDOUARD. Eh quoi! Suzanne, avec des traits si doux, scrais-tu insensible ?

SUZANNE. Insensible !

EDOUARD. Oui, tu portes la bonté sur le visage... mais tu n'as rien là-dedans. Il met la main sur son cœur.

SUZANNE. Par exemple! Je te soutiens , frère, qu'il ne manque rien là-dedans !..

EDOUARD. Ah ! tant mieux ; je commençais à croire que tu ne pourrais pas laire le bonheur d'un homme.

SUZANNE, vivement. Comment donc! j'ai tout ce qu'il faut pour ça, frère.

Air du frère Philippe.

Je sais qu'il faut, pour rendre un homme heureux, Fuir la paresse et l'orgueil et l'envie ; Je sais qu'il doit être tout à nos yeux. Qu'il faut pour lui, donner mêuie sa vie ; Je sais enfin qu'il faut avoir De la douceur, uu cœur bien tendre Et ce qui me reste encore à savoir, Je crois que je pouirai l'apprendre, Oui, ce qui me reste à savoir.

Je crois que je pourrai l'apprendre.

EDOUARD, àpart. Elle est ravissante!..

Et moi qui croyais tout à l'heure avoir affaire à uue petite niaise... Un instant, un instant, modérons-nous. [Haut.) Suzanne!

si jeune , qui a pu t'inspirer toutes ces pensées au-dessus de ton âge?

SUZANNE, avec embarras. Dame, mon cœur...

EDOUARD, à part. Et la nature... Scélérate de nature, va. [Haut.) Ah! ça, c'est ton cœur seul.

SUZANNE. Oui, mon cœur... et lui!

EDOUARD. Qui, lui?

SUZANNE, balbutiant. Oh! un être imaginaire que j'ai rêvé...

EDOU.\RD. Un être imaginaire, bien vrai?.. .

SUZANNE. Oui, mais je l'aime... je l'aiîne... Oh! s'il était là.

EDOUARD , tendrement. Il y est.

SUZAN3XE. Oh ! non , tu n'es pas lui! Ce-

THfcAïRAL.

lui que j'ai rêvé n'était pas quaker; je le voyais vif, aimable, plein de feu.

EDOUARD , vivement. Eh ! crois-tu donc que je ne puisse être tout cela... Vif, qui ne le deviendrait avec l'espoir de t'épouser; aimable, que ne pourrait le désir de te plaire! plein de feu, ah ! c'est le plus facile , et rien qu'en te voyant le cœur s'enflamme. [Lui prenant la main.) Juge , quand je le touche.

SUZANNE, retirant sa main. Ah! mon dieu , frère, tu brûles!..

EDOUARD. C'est que je ne suis point un être imaginaire, moi; je suis là, te priant, te conjurant au lieu que lui, tu l'attends envain, il ne viendra pas.

SUZANNE, vivement. 11 ne viendra pas?

[Allant à la fenêtre.) Tiens, porte les yeux de ce côté, vois-tu sous la feuillée , ces deux petits pigeons; les voilà ensemble... elle se plaignait, il est accouru.

EDOUARD, àpart. C'est une idée fixe...

tant d'amour avec tant d'innocence. [Vivement.) Eh bien, Suzanne, marions-nous ensemble, sois ma colombe, et je serai ton pigeon, ton charmant pigeon.

Air de M. Vanseron. (Le chant de la Nourrice.)

Deviens ma compagne fidèle, Et, comme ces oiseaux heureux, Prenant leur amour peur modèle, TS'ous roucoulerons tous les deux.

Déjà de mon cœur qui s'engage.

Ecoute le joyeux ramage.

Il prend la main do Suzanne cl la met sur son cœur.

TOCS DEUX.

Mais quel est donc, quel est ce trouble charmant? Combien mon ame est attendrie; Je n'éprouvai te doux ravissement Rien qu'une fois dans ma vie.

ÉDOL ABD.

Mais ces oiseaux, sous le feuillage, Se donnent un gage bien doux,

D'être tout-;:-fait leur image,

Ma Suzanne, je suis jaloux ;

La colombe est la dnuceur même

Elle cède au pigeon qui l'aime.

// l'embrasse.

TOl'S DKf x.

Mais quel est donc, quel est ce trouble etc.

EDOUARD. Quel bonheur! enfin, j'ai donc une femme comme je la voulais, une femme sans défauts!

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