SCENE XXI
Les Mêmes, JACOBSON, un cahier à la main, ARABELLE, CAMILLE, EVA, BETZY, BRIGITTE, ANNA.
Elles entrent par le fond.
JACOBSOM et toutes les femmes, excepté Suzanne» Air de la Muette.
Mais moD choix n'est Pas encor fait.
ENSEMBLE
Frère,
Laquelle a su te plaire,
Dis-nous quel est
Ce doux objet ?
K'importe celle qui te plaît,
Ton cœur a fait
Un choix parfait,
ÉDOUABD.
Plaire, Dans mon ame sincère Hélas! était Tout mon souhait ; Mon cœur cherchait Objet Parfait;
SUZANNE , à part.
Plaire, Dans son ame sincère, Hélas ! était Tout mon souhait ; Mais sans défaut il me croyait, n lui faudriiit Objet parfait,
JACOBSON. Jérémy Ben-Anderson, puisje t'appeler mon gendre ?
EDOUARD. Ne m'interroge pas, vieillard solennel !
JACOBSON. Fils de Ned-Anderson, regarde, ne dirait-on pas des anges de candeur... de douceur?
EDOUARD. Tout n'est que vanité, mon frère; rien que vanité!
JACOBSON. C'est ce que je vais dire, loui;-à-rheure, à mes frères dans mon sermon sur les sept péchés capitaux,
EDOUARD. Les sept péchés capitaux!., docteur! docteur! On voit une paille dans l'œil du voisin, et l'on ne voit pas la poutre qui nous éborgnc.
JACOBSON. Où tend ce discours?
EDOUARD. Donne!., donne-moi ton sermon , et, avant de le réciter aux autres, sachons l'effet qu'il produira sur ta famille... Il lui prend son cahier des mains.
LES SEPT SOEURS. O ciel !
Rebecca se frotte les mains.
tDOUARJ) y d Jacobson. Vois-tu comme elles se troublent?
JACOBSON. Je ne vois rien... c'est toi qui t'abuses...
EDOUARD , lisant le sermon. « Ecoutez- » moi quakers, ou plutôt quakeressse; écou- »tez-moi, dis-je, l'esprit tentateur plane »sur vous, et cherche à vous égarer. Déjà »je vous vois engagées dans les sept voies «déperdition, je veux vous en détourner; «mais j'exige avant tout, l'aveu plein et «entier de vos fautes. Je l'exige, au nom » du ciel , que celle qui se sent repréhensi- »blc pleure et s'accuse !
LES SEPT SOEURS, pleurant. Ah! ah!
ah! ah! ah ! ah ! ah!
JACOBSON. Qu'cntends-je?
EDOUARD, lisant. « Et comme l'ivraie se «sépare du bon grain; qu'elle passe à la «gauche de son père! »
LES SEPT SOEURS, pleurant et passant»
Ah ! pardon!., pardon, mon père! ^
JACOBSON. Est-il possible?
EDOUARD, Elles donnent toutes à gauche...
REBECCA, passant de l'autre côté. Moi, je donne à droite.
JACOBSON. J'ai pour filles les sept pé-
LE MAGASIN THÉÂTRAL
chés capitaux. Rebecca, toi seule à ma droite!., te voilà donc, l30n grain qui t'es séparé de l'ivraie ? [Monlrard ses filles.). ]érémy, elles ne sont pas dignes de toi; mais prends celle-ci, prends mon grain.
EDOUARD , d part. Merci!., malgré mon appétit de mariage, ton grain ne pourrait pas passer...
Rebecca le saisit par le bras et ne vent plus le lacUei'.
JACOBSON. Ah ! Suzanne ! Suzanne ! ma benjamine!., loi aussi!..
SUZANNE. Pardonne-moi, mon père, je suis la plus coupabl(%..
JACOBSON. La plus coupable!., je comprends... je dois te séparer de tes soeurs...
SUZANNE. Mon père...
JACOnsON. Je vais écrire à ta tante; dès ce soir tu partiras pour Philadelphie.
SUZANNE, vivement. Oh! non papa, non, je n'irai pas la nuit en voiture.
JACOBSON. Il le faut cependant.
SUZANNE. Oh! non, jamais la nuit en voiture !
JACOBSON. Et pom-quoi donc, mademoiselle ?
SUZANNE. Parce que... parce que...
parce qu'il y a trop de cahots.
EDOUARD, vivcmeîit. Qui parle de cahots ?
SUZANNE. Oui! la nuit... oi'i la diligence m'emportait chez ma tante, je lus jetée dans les bras d'un jeune homme par un cahot !
EDOUARD. Après...
SUZANNE. Il m'a pressé la main, m'a embrassée, m'a pris mon anneau, et, depuis ce temps, je ne pense qu'A lui!..
EDOUARD , se débarrassant de Rebecca et courant d Suzanne. Je n'en puis plus douter... cet anneau... le voilà... Jaeobson, c'est elle!., c'est la main potelée, la joue satinée .. l'être aux trois cahots...
JACOBSON. Que dis-tu?
. EDOUARD, virement. Et cet être imaginaire que tu rêvais Suzanne, c'est moi... moi, te dis-je ! non pas Jérémy le quaker, mais Edouard Walker, le fils du meilleur ami de ton père...
TOUS. EdouBrd Walker.
REBECCA. Edouard Walker le mauvais sujet...
EDOUARD. Si vous voulez bien le permettre... Oui, Jaeobson, mon père, pour oublier mes folies attendait que je prisse une femme,, et pour rentrer dans ses bonnes grâces, j'ai voulu entrer dans ta famille... Suzamiel ma Suzamiel..
Air de ta Vieille.
Oui , c'est moi qui dans la voiture, Pressai ta niaiii si tendrement; Depuis celte étiange aventure; A toi je pense coostauiment.
Mais, je vais ici, je le jure, Finir la peine et mon tourment !
Plus de peiné, plus de tourment l Je désirais une femme cb(^rie Qu'aucun péché n'eût encore tertiie!..
Mais puisqu' hélas, je vois qu'en cette vie, 11 n'<'st pas de femme accomplie... ' Après av(iir ici lung-temps cherché Prenons le plus joli péché !
Il saisit la main de Suzanne.
Jaeobson, voici ma femme quoiqu'il puisse arriver...
SUZANNE. Oh ! il n'arrivera rien.
Air du Baiser au porteur.
Je crois que pour rh.irrper ta vie, Je suis la femme qu'il le faut; Si je ne suis pas accomplie, Ne redoute paS mon défaut :
Aimer avec trop de tendresse.
Si c'est pécher, gois sans effroi, Je t'en fais ici la promesse.
Je ne pécherai qu'avec toi.
EDOUARD, d demi-voix. Et ne te gêne pas...
JACOBSON. Je te le disais bien , -c'est un ange de candeur... de douceur...
EDOUARD. Oui, doctCUC,
JACOBSON , d ses autres filles. Mais vous...
EDOUARD. P irdomic-lcur; elles sont jeuncô,, ellps se corrigeront.
REBECCA. Jaeobson!.. tu vas marier ta Suzanne... et moi... qu'elle sera la récompense de quarante années de vertu?
JACOBSON. La paix du cœur!
REBECCA. J'aimerais mieux la guerre!..
CHOEUR
Air du Prè-aux-Clcrcs.
Aujourd'hui l'innocence
F-iillil à chaque pas; Il faut de l'indulgence
P«ur chacun ici bas.
KDOUAHD , au public.
Air: Fos maris en palestine.
Le démon , sur cette terre Nous livre bien des assauts ; Mais n'est-on pas trop sévère, En nommant certains défauts Les sept péchés capitaux.
Ma sagesse est plus facile...
Dans ces péchés, au total.
Je ne vois pas un grand mal...
Mais siffler un vaudeville
Voila le péché capital,
Le vrai péché capital.
Le seul péché capital!
Reprise .du chœur.
Aujourd'hui l'innocence, etc<
rm.