SCÈNE IV
DÉSIRÉE, JULES
Ou Trappe.
DÉSIRÉE
Entrez. ( Jules etUre.) Tiens, c'est vous, monsieur! Est-ce que/ous n'êtes pas content de votre linge? il est mal blanchi? il vous manque quelque chose?
JULES
Oui, mademoiselle Désirée, quelque chose que VOUS pouvez me donner.
DÉSIRÉE
Moi!
JULES
Vous.
DÉSIRÉE, à part.
Quels yeuxl comme il me regarde!... ( Haut. ) Voyons, qu'est-ce que c'est?
JULES
En vous voyant si jolie, j'ai pensé que vous deviez aussi être bonne.
DÉSIRÉE, à pari.
Est-ce qu'il serait amoureux de moi, par hasard?
JULES
Et vous ne voudrez pas démentir l'opinion que j'ai conçue.
DÉSIRÉE
Dam, ça dépend de ce qu'il faut faire pour la conserver.
JULES
Pour bien me comprendre, avez-vous déjà aimé quelqu'un î
Eh bien, mais vous, dites donc! est-ce que je suis ici à confesse?
JULES
Vous vous fâchez !
DÉSIRÉE
Non ; mais est-ce qu'on fait Je ces qucslions-là
à une blanchisseuse Y... Apres ça, si ça peut vous élre agréable, oui, j'ai aimé quelqu'un.
JULES
Tant mieux!
DÉSIRÉE
Tiens, ça vous fait plaisir!
JULES
Cela m'enhardit à vous parler de mon amour.
DÉSIRÉE
Jeune homme!...
JULES
Ah ! si vous saviez comme je l'aime! pour elle j'ai quitté mon pays, ma famille...
DÉSIRÉE
Ah çà ! mais il bat la campagne. Dites doue, nous ne nous entendons plus... vous aimez...
JULES
Une fille charmante que vous connaissez.
Après?
JULES
Que VOUS estimez, que vous blanchissez.
DÉSIRÉE, frappant du pied.
Après, après?
JULES
Henriette Delmar.
DÉSIRÉE
M"e Henriette! Ah ! ah! ahl et moi qui me figurais... voilà comme nous sommes... eh bien, j'aime mieux ça. Pauvre monsieur Jules, vousm'intéressez, et je n'aurais pu rien faire pour vous... Mais comment avez-vous su?...
JULES
Par votre vieille ouvrière, qui, eu me rapportant mon linge, m'a parlé de vos pratiques, et m'a cité Mlle Henriette Delmar.
DÉSIRÉE
C'est vrai ; à telles enseignes, que je lui porte moi-même son linge aujourd'hui, à cause qu'elle a oublié dans une de ses poches un petit livre.
JULES
En maroquin vert ?
DÉSIRÉE
Qui vous Ta dit?
C'est moi qui le lui ai donné.
DÉSIRÉE
Vous!... Alors vous devez savoir comment ça
JULES
En appuyant sur le milieu de cette pensée... crac !
DÉSIRÉE
Votre portrait !
JULES feuilletant, et lisant des phrases allemandes.
Icli libé der guter freiud Julius, ound vourdim immer liben... [Acec joie.) Que vois-je?.. . estil possible?
DÉSIRÉE
Quoi donc? qu'csl-ce qu'y a?
Jl LES.
Mais écoutez, «coulez donc 1 yll rCpClcUi phrase.)
MAGASIN THEATRAL
Ich libé der guler frelnd Julius, ound vourdé in immerliben...
DÈSIUÊE.
Eh bieu, qu'est-ce que ça prouve?
JULES
Comment, VOUS n'entendez donc pas? Ich libé der guter frelnd Julius... J'aime mon bon ami Jules... Ound vuurdé in immer liben, et je l'aimerai toute la vie.
bÉSinÈE.
Comment, ça veut dire ça?
JULES
Oui; et c'est elle qui Ta écrit.
DÉSIRÉE
Eh ben, c'est plus gentil en français.
JULES
11 fautque vous sachiez tout : Je suis fils unique d'un des premiers banquiers de l'Allemagne.
DÉSIRÉE
Je ne m'étonne plus si votre linge est si fin.
JULES
Henriette est orpheline, sans fortune, et dès qu'on a su que nous nous aimions, on a mis tout en œuvre pour nous séparer, et quand on a vu que notre amour augmentait au milieu des obstacles, ma famille a profité d'un voyage que j'ai fait en Bavière pour forcer Henriette à quitter l'Allemagne, et à venir à Paris se réfugier chez une de ses tantes; heureusement Henriette a trouvé le moyen de m'instruire des causes de son départ; alors j'ai fait parler à mon père de l'ancienne envie que j'avais de voir l'Italie; c'était une distraction qui venait fort à propos dans l'esprit de la famille ; aussi s'est-on empressé de satisfaire à ce désir ; on m'a donné tout l'or, tout l'argent que j'ai voulu.
DÉSIRÉE
Tout l'argent que vous avez voulu I
Jamais ces choses-là ne m'ont été refusées.
DÉSIRÉE
Cela dépend de la manière dont on élève les parens.
JULES
J'ai pris la route de Venise; mais à trente lieues j'ai rebroussé chemin, et fouette, posiillon, pour Varis, je n'ai arrêté ni jour ni nuit; il y a un mois que j'y suis arrivé.
DÉSIRÉE
Un mois que vous êtes heureux?
JULES
Un mois que je suis le plus malheureux des hommes, au contraire.
DÉSIRÉE
Ah ! mou Dieu !...
JULES
A moi on a dit... « Henriette t'a abandonné... trahi... c'est une perfide qu'il faut oublier...» A la tante d'Henriette on a écrit que sa nièce était poursuivie par un séducteur très-dangereux, etla bonne dame ferme sa poric à tout visage étranger : elle ne quitte pas sa nièce d'un instant
DÈSIUÈE.
Ainsi, cette pauvre mademoiselle Henriette ne sait peut-être pas que vous êtes à Paris?
Non... mais dans une heure elle le saura.
DÉSIRÉE
Comment?
JULES
Est-ce que la bonne Désirée ne va pas lui remettre le petit livre vert... et un billet que je vais glisser dedans?
DÉSIRÉE
Un billet ! ... ah ! mais je ne sais si je dois. . .
JULES
Air :
Remis bientôt à son adresse, Ce nouveau serment de mon cœur Au jeune oljjet de ma tendresse Rendra la paix et le bonheur.
DESIBÉE.
]S' craignez pas qu'un r'ius vous de'sole, Donnez, et calmez voire effroi...
Mais, sur ma parole, C'est le premier que je r'çoi, L' premier, (à part) qui ne soit pas pour moi! JULES.
Ah ! merci, merci !...
DÉSIRÉE
Dans un quart d'heure elle aura votre lettre.
JULES
Ah! que vous êtes bonne !... que de reconnaissauce, chère petite Désirée 1
II l'embrasse à plusieurs reprises. v\\'V\'vw\w\'v\ww\wvv\'vv\wv> www wxvwwvvwvw wwi-ww