‹ Pièces de théâtreChapitre 126 sur 1069 · DÉSIRÉE, NOËL · texte numérisé non relu

DÉSIRÉE, NOËL

DÉSIRÉE

J'aime les amoureux qui sont fidèles, moil

NOËL

C'est ça que vous l'êtes joliment, vous!

DÉSIRÉE

Où avez-vous vu le contraire?

NOËL

Quand je veux vous glisser une parole de sentiment, vous me jetez à la tête ce pauvre Narcisse Branchu, à qui que vous avez promis fidélité... et le reste... j'arrive... et qu'est-ce que je trouve T.. .

DÉSIRÉE

Un joli garçon qui m'embrasse.

NOËL

En v'ià une couleur... bon teint.

DÉSIRÉE

Ce baiser-là, c'est de bonne amitié... cane fait pas de tort à Branchu.

NOEL

Mais qui donc lui fera du tort à c' cadet-là?...

Personne... à moins,., on ne peut pas répondre de l'avenir.

NOEL

Depuis sept ans qu'il est parti de France.

DÉSIRÉE

De France, oui ; mais pas de là !

NOEL

Un niais... un imbécile...

DÉSIRÉE

Je les aime les imbéciles... pas tous.

NOEL

Merci !... je lui dis merci, encore !... depuis que c' l'amour-là me chiffonne, je suis devenu d'un bête!...

DÉSIRÉE

Vrai?... Eh bien, je vous trouve pas changé...

NOEL

Y a pas moyen de se fâcher avec elle... Écoutez, mademoiselle Désirée.

DÉSIRÉE

J'écoute, monsieur Noël.

Aie du premier prix.

y suis teinturier, vous blanclàsseuse, Deux e'tats qui s' donnent la main.

Avec moi vous seriez lieureuse, Ali ! consentez à notre hymen.

Du bon vieux temps offrant l'image, Dans la douce union de nos cœurs ; Je porl'rai vos fers, en ménage, El vous porterez mes couleurs.

DÉSIRÉE

Vous êtes un bon enfant; v'ià deux ans que vous me faites la cour gratis. . . je ne vous en veux pas pour ça... mais il y a pour moi dans le monde qu'un Branchu ; nous avons été élevés porte à porte à Noisy. ... nous avons gardé les...

moutons ensemble. J'allais sur mes quatorze ans quand il a quitté le village pour venir à Paris; c'est là ce qui a fait notre malheur... D'abord il était ambitieux comme un rat d'église... il a été se faire tirer la bonne aventure par une sorcière qui a eu la méchanceté de lui prédire toutes sortes de bonheur... qu'il épouserait des princesses de la plus haute volée... Et voilà mon Branchu, qui jusque là était bien l'être le plus simple... le plus naïf... le plus marital... qui donne dans les paquets de la magicienne... qui s'imagine que les reines, les princesses vont lui tomber dans les bras tout évanouies... v'ià sa tète qui se monte, et mon nigaud qui part pour aller faire fortune aux Grandes-Indes... en Allemagne... est-ce que je sais, moi? Alors j'ai demandé à mon parrain, M. Baron, marchand de vins-traiteur aux Porcherons, de me faire apprendre l'état de blanchisseuse, dans lequel il y a bien des hauts et des bas... mais enfin où l'on peut se tirer d'affaire... et depuis trois ans que je suis établie, je l'attends, Branchu.

NOEL

r viendra pas... voulez-vous que je vous tire son horoscope au petit?... Est-il petit?...

DÉSIRÉE

Pour le moment j'en ignore... songez donc qu'il y a eu sept ans avant-hier que je l'ai perdu de vue... sept ans... ça change un homme!...

NOEL

Oui, ça le le décompose... mais attention, donnez-moi votre main 1 . ..

DÉSIRÉE

Pourquoi faire?...

NOEL

Eh! pour son horoscope!... pour un horoscope faut toujours une main... et puisqu'il a emporté la sienne...

DÉSIRÉE

Que que vous verrez dans la mienne?

NOEL

D'abord, je vois qu'il est devenu très-laid, trèsmaigre, très-jaloux, qu'i' fera toujours mauvais ménage, et qu'à l'heure qu'il est il est mort dans quelque pays inconnu.

DÉSIRÉE, retirant sa main.

Mort!... allons donc!...

NOEL

Mort et enterré !...

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