DÉSIRÉE, NOEL, BARON
Enterré?... qui ça donc?...
DÉSIRÉE
Bonjour, parrain !
NOEL
Mou fantôme, ce satané Branchu...
MAGASIN THEATRAL
BARON
Eli bien, c'est ce qui te trompe.
DÉSIRÉE
Vous en avez des nouvelles?
BARON
Comme tu dis.
DÉSIRÉE
Il est toujours garçon?...
BARON
Il l'était quand il a écrit.
BARON
sa lettre est de l'année der-
Et il y a de ça?
Dix-huit mois !..
nièrc.
Dix-huit mois!. .. et il y a dessus: Très-pressé.
BARON
C'est un de ses amis qui s'était chargé de me la remettre; il est mort en route, ce qui l'a beaucoup retardée; la justice a mis la main sur ses papiers, et à la levée des scellés, ou s'est empressé de mettre la lettre à la poste de Strasbourg.
DÉSIRÉE
Voyons, voyons!... ( Elle lit. ) «Mon cher Da- ■» ron ! je commence à croire que la sorcière qui » m'avait prédit que j'épouserais une reine, une » marquise, ou quelque chose d'approchant, s'est » trompée de numéro à mon égard... » ( Park. ) Le v'ià qui revient dans son bon sens. BARON , lui prenant la lettre.
Tu vas voir , tu vas voir. ( Il lit. ) » J'ai visité je » ne sais combien de royaumes; en Allemagne, >• toutes les princesses ont au moins un mari... J'en » avais découvert une... Vestphaloise de nais- » sance... qui n'eu avait pas encore, je lui écri- » vis d'amour, en lui annonçant ma destinée, et » j'ai obtenu pour réponse deux officiers et cin- » quantc coups de bâton , avec promesse d'en » toucher deux cents , si je ne faisais pas mes » adieux à la W'estphalie. »
DÉSIRÉE
..Pauvre garçon !...
NOËL, à part.
Attrape I
BARON, lisant.
« Je suis pour le quart d'heure à Munich... il " y a, dit-on, une jeune princesse, une Bavaroise » blanche comme du lait, ce qui est tout-à-fait » dans mes moyens. »
Décidément, il est fou, timbré.
NOËL
C'est-à-dire que s'il y avait un Charenton dans €e pays-là, il y serait parfaitement à son aise. DÉSIRÉE, reprenant la lettre.
Et pourtant il a une jolie écriture.
NOËL
Tenez, Désirée, voilà un homme d'âge qui vous dira qu'il faut laisser là votre Branchu et on rc- ■vcnir à Nocl.
DÉSIRÉE
Nous verrons ça à Pâques !
NOËL
Méchante I. ..
DÉSIRÉE
En attendant, faut pas laisser languir les pratiques... v'ià du linge qui m'attend... avec ça que c'est aujourd'hui qu'on nomme la reine des blanchisseuses... et je veux être présente à l'élection.
NOËL
Et c'est chez vous, père Baron... le repas...
BARON
Convenu... j'en ai un fameux, ce soir... des grands seigneurs qui me font l'honneur de s'encanailler chez moi... en payant.
Tâchez de les faire payer double , ça s'ra ça à compte de notre mémoire.
DÉSIRÉE
Dites donc, faites des vœux pour moi... ah I Dieu !... si on pouvait donc me nommer la reine I ah!... mais je donne ma démission d'avance, je ne le serai pas.
Elle va arranger son paquet.
NOËL, à part, 7]iais entendu de Baron.
Toi, ne pas l'être!... reine de mon cœur... le diadème des blanchisseuses ornera son front, ou j'y perdrai la tète!
DÉSIRÉE
Qu'est-ce que vous dites donc là tout bas?
NOËL
Rien... rien, des bêtises.
BARON
Comment, tu aurais un moyen I... mais c'est un honneur pour une famille...
NOEL
J'ai pasdemoyen, mais j'ai une idée... qu'est-ce que je dis?... j'en ai mille, des idées. Soyez paisible... votre filleule sera la reine des blanchisseuses, lessiveuses et repasseuses... et j'espère qu'elle ne refusera rien à l'homme qui lui aura mis une couronne sur le bonnet.
DÉSIRÉE
Eh bcn, ça n'est pas fini ?
Si fait, si fait; et s'il vous faut un bras pour descendre l'escalier, je vous offre la main.
DÉSIRÉE
Ça n'est pas de refus!
AlB : Viens, suis-moi, tout me dit.
Votre bras, c'est fort tien ; Ici,j' puis l'accepter, je pense; Cela n'engage à rien, Et ça donne une contenance.
BARON
Pour renouer l'entretien, Tu peux prendre son bras, je pense ;
Cela n'engage à rien, Et ça donne une contenance.
NOËL
Pour renouer rentrelicn, Pi'oucz mon bras san^rusistsacc ;
LA REINE DES BLANCHISSEUSES
Cela n'engage à rien, El ça donne une contenance.
Désirée el Noël sortent.