PICARD
Plus (l'ami, plus de gendre, Disparais à l'instant, Je refus' de l'entendre.
Crains mon emportement.
BOSITET.
Je n' suis plus votre gendre, Oui, je pars .H l'instant; 11 refus' de m'en tendre, (juel cerbère effrajant !
SCEISE X\ I.
PICARD, puis EDOUARD, JULIE, PAU- LINE, EUGÉNIE.
PICARD. L'insolent !.. et moi qui le croyais un bon garçon, sans malice, sans méchanceté... Oh ! non, il n'aura pas ma Fanny... Voyons cette lettre... je n'en reçois jamais... encore quelque mauvaise plaisanterie de ces messieurs... (Il oui>re la lettre.) Mais non... ah ! mon Dieu ! est-ce possible?.. «Du village de Saint-Brice.
» Monsieur, nous avons reçu des rensci- » gnemens certains sur celui que vous cher- » chez... il demeure rue du Gros-Chenet, u n» 12... » ici... « et se fait appeler.... »
C'est lui! c'est lui! c'est donc cela eue malgré moi je l'aimais I
jfLiE el ErcÉME des' endcntl'escalicr I n chantant.
Portier, je veux Une mèche de tes clieveux !
Edouard cl Pauline, qui a repris son prtinier tinbit, retiennent du dihurs. Cliacun ivt vei s Picard, et lui chante le refrain précèdent.
Edouard , entrant à son tour et allant vers Picard. Chantant. Portier, je veux
PICARD, l'an étant cl, lui prenant le liras. Vous aussi, monsieur Edouard, vousaussi, vous voulez ime mèche de nus cheveux , n'est-ce pas?eh bien ! je vais vous en donner une.
TOUS, riant. Que dit-il?
PICARD. Oh! riez, messieurs, riez...maintenant je ne me fâcherai plus. .. Si vos plaisanteries m'ont affecté, c'est que, voyezvous, elles m'ont rappelé un souvenir terrible... elles m'ont rappelé, messieurs, que je devins chauve en une nuit, alors que je n'avais pas trente ans.
TOUS. Ah!
PICARD, après une pause. C'était en Espagne. . . pendant cette guerre toute de cruautés... Cela va vous étonner; vous qui ne connaissez la guerre que de nom... J'étais soldat dans le premier de la vieille garde ; j'aimais mon colonel, comme on aime son pays, comme on aime son drapeau !.. . Oh ! c'est qu'il était bon, lui !... chaque soldat il le chérissait comme son enfant... chaque vieillard il le respectait tomme son père !
EDOUARD. Continuez, père Picard, continuez.
PICARD. Un jour nous tombons dans une embuscade, la résistance était impossible; nous fûmes faitsprisonniers, mon colonel, moi et soixante hommes... Le soir, mon colonel méprit àpart, etmedit : i Picard, je vais tenter la fuite, avec quelques-uns des nôtres, pour venir vous délivrer... je puis être fusillé, car les Espagnols sont sans pitié pour ceux qui cherchent à s'évader... Avant de partir, je te dois un aveu, mon brave, écoute-moi. — J'écoute, colonel.
— Picard, continua-t-il, j'ai commis une grande faute dans ma vie ; j'ai séduit une fename que j'ai délaissée... elle est morte de chagrin en mettant au monde un enfant... — Que vous avez aussi abandonné? lui dis-je. — Oh ! non, j'ai pourvu à son existence, à son bien-être, jusqu'à l'âge de vingt-un ans. »
EDOUARD. De vingt-un ans?
PICARD. "Je puis cire tué, Picard, car
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je vaÎF fnir; toi. vfste, jp le veux : si tu en rpcli.ipor's, voici un papier qui assure à mon fils toute ma foiuine; tu connaîtras son nom, celui du village où on l'élève... Ainie-le pour moi, et parle-lui quelquefois de son père... Adieu, mon vieux. » — Bientôt, au milieu de la nuit, profitant de l'ob-scurilé. .. mon colonel...
EDOUARD. Il s'échappa...
PICARD. Oui, mais on l'atteignit, lui et ses compagnons, et à l'instant même l'ordre de Us fusiller futdonné... et par un raffinement de barbarie. .. on nous mit des armes dans les mains, à nous autres Français, pour frapper nos compatriotes, nos frères d'armes .. Olil tenez tenez.., d'ici, je vois
encore le groupe... Ils sont là tous les cinq, je Sens encore dans mes mains la carabine qu'on m'avait forcé de prendre... J'entends mon colonel me crier en souriant. . Au cœur, mon brave Picard... songe à ta promesse... Une détonation se fitentendre, il y avait cinq braves de moins... Mon colonel I... mort... fusillé... je me traînai jusqu'à son cadavre... j'emi)rassai sa tête mutilée... et pensant à ce Hls qu'il m'avait recommandé, je coupai une mèche des cheveux dupèreen me disant, ce sera pour son enfant... Puis, moi, soldat de la garde, je Ui'évanouis, je me sentais mourir... car je venais de perdre tout ce qui m'était cher. On nie porta à l'hôpital... ce jour-là j'avais trente ans. .. le lendemain, quand je revins à moi... j'en avais soixante...
Air : Les yeux en pleurs.
Mon existence, elle e'tait saine et sauve ; J'étais vivant... mais, ô malheur affreux! Le lendemain cette tète était chauve, Le lendemain oui, messieurs, jVtais vieux ! En un seul jour le chagrin qui dévore M'avait flétri, m'avait creusé les yeux! Et maintenant, me direz- vous encore :
Portier! je veux de tes cheveux ? {bis.)
TOUS. Oh! pardon, pardon, monsieur Picard.
PICARD. Depuis lors, je fis tout pour remplir ma promesse, et enfin... aujourd'hui, après dix-huit années de patience, je découvre celui que je cherche... je me réjouis de sauter à son cou, de serrer dans mes bras cet enfant c|ue je voulais chérir comme le mien... Eh bien! le croiriezvous, cet enfant, il m'a raillé, il s'est moqué de ma pauvre tête chauve... chauve pour avoir trop aimé son père... Pour toute vengeance, moi, je lui dirai : Enfant, reprenez cette fortune que j'avais juré de vous rendre,,. Enfant, baisez ces cheveux, ce sont ceux de votre père... Prenez donc,
monsieur Edouard, ne voyez-vous pas que c'est à vous que je parle?
Il lui donne les papiers qu'il a tirés de sa poche.
EDOUARD. Est bien possible? ce récit...
ce colonel, c'était mon père ! Ah ! monsieur Picard, monsieur Picard! comment réparer mes torts envers vous?
Il se jette dans ses bras, Fembrasse avec effusion ; tous les jeunes gens viennent serrer les mains de Picard.
PICARD. En devenant bien heureux...
Vous êtes riche, cette maison est à vendre, achetez-la et laissez-moi portier... et si
vous rentrez après minuit Eh bien! je
vous ouvrirai tout de même.
EDOUARD. Vous, mon portier Oh!
non, soyez mon ami,., vous ne me quitterez plus,,, nous parlerons de mon père...
PICARD. Oh! comme ça, à la bonne heure.
EDOUARD, à Pauline qui pleure, eh bien,
Pauline en veux-tu encore au père
Picard ?
PICARD. Pauline?
EDOUARD, montrant Julie. Et Julie et Eugénie, qui avaient changé de costume pour tromper votre vigilance.
PICARD. Et se moquer de moi.
EUGÉME, Oui, iiiais --ni en sont désolées.,,Moi, d'abord, pour vous le prouver, je veux vous broder une belle paire de bretelles en caoutchouc,
JULIE, Et moi.,, de bonnes pantoufles fourrées.
PAiiLiiVE. Et moi, un beau bonnet grec pour cette bonne tête chauve...
PICARD, Merci, mes enfans... Oui; mais si on venait à apprendre.,.
EDOUARD. Ne craignez rien, le nouveau propriétaire lève la consigne, désormais les dames auront lems entrées.
PAULINE. J'aime mui;\ ça.
JULIE. Et moi aussi...
BflBoaoQraocBOiaccoooQOCoaaooBOcaowBOOOoooooaac
SCEISE XVII.
Les Mêmes, CÉSARINE, puis BONIVEl'
rt FANNY.
CÉSARIKB, en blouse et er bonnet grec. Elle chante.
V'ià r gamin d' Paris, {bis.) Tra la la la.
{Bas à Pauline.) Ne dis rien... c'est moi... cachée sous les habits d'un enfant de Pa-
TOUS, riant. Ah! Césarine. est-elle drôle comme ça !
l?ORTiER, JE VEUX DE TES CHEVEUX!
PICARD. Eh mais! c'est l'épileuse...
CÉSARiiVE. Ah ben! il n'y a plus d' plaisir, tout le monde me reconnaît !
PAULINE. Tu n'as plus rien à craindre, tu peux rester.
CÉSARiNE. Tant mieux, alorî) je vas aller déjeuner... Ah! j'ai besoin.
Bonivet et Fanny entrent.
BONIVET, tenant un panier d'une main et un manche à balai de l'autre. Père Picard, dans ce maniveau sont des champignons qui donnent la mort, champignons destinés à l'intérieur de mon individu ; dans cette main, un manche a balai destiné à l'extérieur de mon individu.... Choisissez
consentez à me rendre ma Fanny, et si je suis fautif... frappez, je reçois. Rechassezmoi, et j'avale... un temps de colique, et je suis flambé... j'ai dit.
FANNY. Oh ! mon petit papa.
PICARD. Allons, touche là... je te pardonne. Mais pourquoi te moquer aussi de moi et me demander...
BOMVET. Des cheveux de ma Fanny ?...
mais pour me faire une chahie de montre, père Picard...
PICARD. Comment? ce n'était donc pas des miens?
BONHET. Puisque vous n'en avez pas, père Picard ! Pour vous demander de vos cheveux, mais faudrait que je soye bien
bête, bête ou bien méchante . ou que
j'aye beaucoup trop bu...
EDOUARD. Assez, assiz, mon cher Bonivet.
PICARD. La leçon ne vient paa de moi, messieurs; tôt ou tard, chacun leçoit la sienne... Bonivet, tu épouseras Fanny.
BONIVET. Dès ce jour mon bonheur
commence Ma Fanny! soyez à moi
comme je suis à toi! Père Picard, nous ferons un gros repas de noces, et c'est moi qui choisira les champignons.
EDOUARD. Et moi, je me charge du trousseau.
BONIVET. Vous... de quel droit?., c'est égal, j'accepte.
CHOEUR
ÀIK .
Allons tons à table Faire sans retard Amende lionorable Au père Picard.
PICARD, au public.
Air : Oui, son petit chapeau.
L'homme an petit chapeau
De là haut veille en père
Sur le vieux militaire
Fidèle à son drapeau
Contre votre rigueur il est ma sauve-garde. Ah ! permettez, messieurs, an vieux soldat d la gard« De s'abiiter sons jon petit chapeaa.
FIN
IHrilMIRlB DB V' DonOBT-DCPRK, RUB S4l»T-Loi'IS. !l* 4^, kV N4RAIS.