MADELON, TRANQUILLE
TRANQUILLE. Ah! ça, tout ce qu'on m'a dit, c'est donc vrai?
MADELON. Comment, vrai? quoi? après qui en as-tu donc?
TRANQUILLE. Un scélérat qui vous apporte des cadeaux de la part de son maître ; qu'est-ce que c'est encore que ce comte de Lacarrière.
MADELON. Si tu es bien sage, quand nous nous serons mariés... je te conterai tout.
TRANQUILLE. Il scra joliment temps...
MADELON. Mais quelle lubie te passe par la tête? ne m'as-tu pas promis de t'en rapporter ù moi... rien qu'à moi?
TR.ANQUILLE. Je ne m'en rapporte plus, je n'ai plus de confiance... j'aime mieux nous abandonner tous les deux, ne jamais
Madelon Friquet,
nous revoir, dire partout que tous m'avez trahi indignement... (La regardant tendrement et changeant de ton.) et cependant, si vous vouliez vous justifier... j'aimerais mieux ca... justifiez-vous, Madelon, justifiez-vous...
MADELON. Me justifier, moi! ah! ça, tu plaisantes... mais je ne suis pas coupable...
TRANQUILLE. Si c'est des frimes... dites-moi les tenans etlesaboutissans... mettez-moi-en, que j'en soye.
MADELON. Impossible, c' n'est pas mon secret... un peu de patience.
TRANQUILLE. Alors, VOUS êtes criminelle au premier chef.
MADELON. Tu ne veux pas me croire.
TRANQUILLE. Non...
MADELON. Eh bien! va te promener.
TRANQUILLE. Eh bien, oui, j'irai me promener... il n'y a pas de loi qui puisse m'en empêcher., je retourne à Rouen, j'épouse une Normande qui m'adore... une très belle Normande... une Normande de cinq pieds onze pouces, sans vous démentir... et un bonnet... deux pieds de bonnet... ça fait sept pieds onze pouces.
MADELON. Eh bien, épouse-la, ta Normande...
TRANQUILLE. Je l'épouserai si je veux, si je n' veux pas, je ne l'épouserai pas. . . je n'épouserai personne si ça me fait plaisir... (// se croise les bras et se promène d grands pas sur le théâtre.) Me voilà donc libre, parfaitement libre.
MADELON. Eh bien, qu'est-ce qu'il a donc ?
TRANQUILLE. Oui, je m'en vais partir...
je m'en vais recommencer mon tour de France... je m'en vais en arpenter du terrain. .. à moi, à moi, les dévorans... allons, le bouquet au côté, les rubans à vos cannes, à vos chapeaux... vous me ferez la conduite... mais pas de femmes, oh! pas de femmes...
Il a l'air de marcher avec les compagnons.
MADELON. Allons, v'ià la tête qui se monte... Tranquille, Tranquille! (Elle le .''uit.) ne te fais donc pas de mal comme ça! (Il s'arrête; elle s'approche d'un ton caressant.) Voyons, je te dirai tout, je n'aime que toi, c'est toi seul que j'aime... je me moque pas mal des autres.
TRANQUILLE , brusquement. Qui est-ce qui vous parle à vous... vous croyez peutêtre m'enjôlcr!
MADELON, avec douceur. Non...
TRANQUILLE. YousTOus cFoyez peut-être jolie?
t» HAGÂfiN THisATHAL*
MADELON, de même. Non..,
TRANQUILLE. Vous êtes vieille....
M.KDKLOJi , souriant. Oui...
TPiAXQL'iLLE. Vous êtes laide.
aiADELON, de même. Oui, mon ami, oui, je suis laide...
TRANQUILLE. Et quand je vous regarde, quand je vous entends, j'éprouve un brrr... Il se remet à marcher.
MADELON le Suivant. Ecoute-moi, imbécilie.
TRANQUILLE. Brrrrr ! . .
MADELON id. Ah ça... vas-lu finir.
,-, TRANQUILLE. C'est fini, mamzelle; le même ciel ne peutplus nous porter... Laissez-moi... il laut que j'aille faire un coup de ma tête. Brrr., brrr.
Il sort.
cG)Q9oeoQ3oei>oc3iS3eesge3Qa39a»ge»s®ss»a99QS>eQ