‹ Pièces de théâtreChapitre 203 sur 1069 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les Mêmes, le BARON DE TOLRVEL, en habit de chasse et entrant par la gauche. LE BARON, de même.

11 faut toujours que que je le renconU-e dans mon chemin ! par la samoleu !

M. DE BOULOGNE, lui montrant M°" de Presle. Baron !

LE BARON, saluant.

Ah! Comtesse, pardon! je ne vous aperce- \aispas; nous sommes obligés maintenant d'a- ■voir la vue si basse... Je vous ai fait attendre?., désespéré, confus... je n'étais occupé que de vous !

M°" DE PRESLE

En grondant ! en jurant ! il paraît que je vous inspire de jolies choses. Monsieur...

LE BARON

Non! c'était après ce maudit chevalier de Saint-Georges.

M. DE BOULOGNE

Que vous a-t-il donc fait?

LE BARON

Demandez-moi plutôt ce qu'il ne m'a pas fait, ce chevalier de maliieui'. Dieu me damne ! je crois qu'il est né pour ma perdition!., il vient encore de m'enlever...

M"" DE PRESLE

Une femme?

LE BARON

Non ! un cheval !

M. DE BOULOGNE

Belle misère î.^. un cheval !

LE BARON

Une bête magnifique, qui sort des haras du prince de Galles. (Se tournant vers M""" de Presle.) J'aurais donné mille louis!.. Figurezvous, Comtesse , lui cou délié comme Sophie Arnould... des petits pieds comme la Guimard... et des jeux ! oh ! des yeux, par '^xemple, je n'en connais pas... excepté les vôtre...

M. DE BOULOGNE

Hein?

M"" DE PRESLE, souriant.

Grand merci !

LE BARON, se reprenant.

Sans comparaison... bien entendu.

M. DE BOULOGNE, à part.

Il va s'enferrer!..

LE BARON

Bref, une bête accomplie ! mais rétive, farouche... (A son père.) Comme cette petite présidente de Bretagne , vous savez ?

M. DE BOULOGNE, bas.

Vous allez dire quelque sottise.

LE BAUON , bas.

C'est juste!.. (Haut.) Son propriétaire... da cheval, pas de la Priisidciite!.. Son propriétaire , lord Dumblettop , n'en pouvait venir à bout... et de guerre lasse, il l'avait promise à celui qui la réduirait. Nous nous présentons, cinq ou six de front... M. de Lauzun, le prince de Soubise, Lauraguais, les forts... et moi nui, sans vaniti', suis assez ferme sur les arrolis! Ah bien! oui... déroule complète... en cin,q ou

six ruades... nous nous trouvorfS tous à terre, avec quelques cotes, plus ou moins, enfoncées ! U"" DE PRESLE, riant.

Ces chevaux anglais sont d'une impolitesse...

M. DE BOULOGNE, impatienté.

Eh bien! celui-ci est resté à lord Duuibletton?..

LE BARON

Non, vraiment ; c'est là ce qui m'indigne. Cet enragé de Chevaher, ce Prince noir, se présente à son tour... il s'élance sur la béte, la lait piaffer, la rend souple comme un gant... et le cheval est lui!

M°" DE PRESLE

Au chevalier de Saint-Georges ?

M. DE BOULOGNE

Justement, celui dont vous vous informiez tout à l'heure !

LE BARON

Madame l'avait remarqué ?

jjmc jjj. PRESIDE.

Oh! en passant, hier h l'Opéra...

M. DE BOULOGNE, d'un air railleur.

C'est une physionomie très bizarre en effet.

LE BARON

Je crois bien ! il a l'air d'une tache d'encre au milieu d'une boîte à poudre.

M""' DE PRESLE

Oui, mais des traits nobles, un regard expressif... Sait-on ce qu'il est?

M. DE BOULOGNE

Quelque aventurier !

LE BARON

A cet égard belle dame, j'ai les renseignemens les plus exacts... et Je puis vous dire... qu'on n'en sait rien du tout !.. Les uns prétendent que c'est un Mexicain fort riche.... d'autres un Portugais ruiné... un prince Abyssinien, ou un Arabe marron!.. Du reste, c'est l'àme de toutes les fêtes; la maison d'Orléans et M'=*de Montessonen rafïôlent!.. Brodé de la tête aux pieds, menant un train de marquis... il fait de l'esprit avec Laclos, des armes avec la chevalière d'Eon, trace, avec son patin , le chiflre de la reine, sur la glace... exécute une sonate avec son fouet de poste, et danse le menuet comme Vestris !.. Avec tout cela, s'il ne devient pas premier ministre, il y aiu"a bien du mallieur !..

M. DE BOULOGNE, à part,

II va faire son éloge !

M""' DE PRESLE

Eh mais ! voilà des talens...

M. DE BOULOGNE, avec ironie.

Fort exagérés!.. Son plus grand mérite e^t dans la bizarrerie de sa figure, un midàtre poudré, parfumé, c'est original... C'est nouveau, il n'en faut pas davantage! avec cela, capitaine des chasses du duc d'Orléans!.. Mais un libertin, un mauvais sujet!..

LE BARON

Un très mauvais sujet, qui ose même avoir des succès auprès des femmes!

M°"^ DE PRESLE

En vérité?

LE CHEVALIER DE SALNT-GEOllGES.

M. DE I501IL0GNE, faisant des signes au Baron, qui ne les voit pas.

Ob', des folles!

LE BARON, s'animant.

Du tout... (les femmes charmantes! J'en sais «ueîque chose ; il m'en a souillé deux ou trois. oh!., (sp ravisant.) Oh ! je donnerais mille louis pour rattraper...

M. DE BOULOGNE, bas.

Tais-îoi donc, malheureux!..

M"" DE PRESLE

Quoi, Baron?..

LE BARON, étourdi.

Non, ce n'est pas là... Je voulais pai'ler de ce diable de cheval... qui me trotte dans la tète... ( A la Comtesse, d'un air aimable.) Et puis l'amour... ma charge d'écuyer...

M""'DE I'RESLE, avec malice.

C'est poin- cela que voas êtes tombé , ce

matin ?

LE BARON , s'efforçant de rire.

Obî charmant!

M. DE BOULOGNE, à part.

Ce pauvre Tourvel n'est pas en veine. ( Haut, etducôiéderauberge.) Eh bien! cette chambre que nous avons demandée?

FANCHEITE , paraissant.

■ lie. est prête , monsieur.

(Le Baron va lui pincei- le menton.)

Vous y avez mis le temps!.. Allons, machère Cécile , à votre toilette... (Élevant la voix.) Le Baron vous accompagnera... Moi, j'ai quelques affaires dans les eiivirons.

AI""' DE PRESLE

oe suis à vous, (a part.) Oh ! ce chevalier de Saint-Georges, dont tout le monde parle... Je veux savoir...

AîJ. : Vous verrez ma tuur

^ D*AUTrtEF015.)

De ce pas , pour vous plaire , D'une allure cavalière , Je vais prendre à l'instant Le costume séduisant,

LKEaRON, i'iMiuede l'rcslc.

Qu"ici votre présence.

Chasse bientôt ma douleur...

Loin de vous, l'existenoe.

N'est que sommeil et langueur , Que le réveil soit le bonheur...

(Il lui baise la main.) M. DE BOULOGNE , à part.

On a bien de la peine à lui ai-racher ça...

Page 1