RI. DE I501L0(ÎN
Eh bien?
AI"" DE PRESLE
C'était grande fètcdans l'île, pour l'arrivée d'un nouveau gouverneur... et, entre mille jeux d'adresse , une course de bagues , dans la vaste plaine de l'Artibonitc, rassemblait toute la noblesse créole !.. Les concurrens devaient être masqués, afin que le prix, décerné parles dames, lie fut adjugé qu'au plus digne !.. C'était à qui lutterait de force et d'agiliié... lorsque, tout-àcoup, parut un jeune homme, masqué comme les autres , qui maniait son cheval avec tant d'habileté, qu'un murmure d'approbation partit de tous côtés et sembla présager sa victoire !.. En eflet, il s'élance plus rapide que la flèche, dépasse ses rivaux et coiu'be bientôt sa tctesous lesapplaudissemens et les bouquets!.. Arrivé au pied de l'estrade où j'étais assise avec ma mère... il refusa le prix qu'on lui offrait, lit signe qu'il n'aii!bitionnait qu'une seule récompense... et, arrachant son masque, marqua soudaui mes épaules, ti'un baiser! Un cri d'indignation retentit aussitôt !.. « Un mulâtre !.. un mulâtre ! » s'écria ma mère, pâle de fiu'em-!.. et, du fouet d'argent qu'elle portait à sa ceinture, elle lui coupa le visage!.. C'était lui! c'était Camille! Oh! quel spectacle... Lemalheureux!.. jele vois encore!., muet, les lèvres tremblantes... la ligure inon- <iée de sang et des larmes que lui arrachait la home !.. ne pouvant proférer que des cris étouf- IV'S... Je voulus m'élancer, le calmer... il n'était plus temps... Se dégageant de ceux qui voulaiet!'. le saisir... il franchit la barrière d'un seul bond , disparut pour jamais!., et moi... je pleurais... tenez... comme je pleure encore... (S'essuyaiu les yeux.) Car }e n'y puis penser sans que les larmes me viennent aux yeux !
M. DE BOULOGNE
El VOUS ne l'avez plus revu?
IM""^ DE PUESLE, avec un soupir. Mon Dieu, non...
M. DE BOULOGNE, à part.
Je respire...
M"' DE PRESLE
Seulement, la nuit qui suivit cette scène adreuse... et tandis que j'étais à moitié assou-
pie... j'eutendLs murmurer, sous ma fenfire, ce chant créole... que je n'ai jamais oublié... et que j'ai bien souvent répété depuis !.. Attendez... oui... c'est cela.
Blanche (leur, que je vis naître...
Puisfjue noir ne peut t'aiiner !
Du nionilc, il la'it clisparaUrc, N'ai plus de vœu\ à lormcr!..
Ailicu, loi. jeune maitrcssc...
Pour qui j'ai pu tant souflVir...
Et de lioiite cl de lendrcsse.
Adieu, loin de loi. je vais languir, Adieu, vais languir, El puis mourir!
M. DE liOULOCNE.
C'était lui?
M™' DE PRESLE
Je courus à la fenêtre... j'appelai Camille... Camille!., on ne put savoir ce qu'il était devenu... On présuma qu'il s'était réfugié dans la partie espagnole de l'île...
M. DE BOIJLOGNE.
On dans les bois, où il sera mort, coiume tant d'autres!..
M°" DE PRESLE, avcc un mouvement.
Ah! Monsieur!
M. DE BOULOGNE
Dam!., c'est probable!., et le mieux est d'oublier.
M"" DE PRESLE, tristement.
Oui, je le sens, c'est un rêve !.. mais qu'un rien me rappelle, et tenez!., hier, encore... à l'Opéra...
M. DE lîOULOGNE.
A l'Opéra?..
M""= DE PRESLE
Nous étions dans votre loge... lorsque je vis paraître, en face de nous, un homme, jeune, brillant, dont le teint bazané...
M. DE BOULOGNE
Encore un mulâtre?
M"" DE PRESLE
Précisément!.. Mais plus gracieux mille fois que tous vos jeunes seigneurs , il ne pouvait avoir aucun rapport avec un pauvre esclave de Saint-Domingue... Eh bien ! sa vue me troubla, malgré moi... toute ler. fois qu'il me regardait, et il me regardait souvent, mon cœur battait avec une force!..
M. DE BOULOGNE, voulant rompre la conversation.
Oui... oui... à cause de sa couleur... je comprends... les souvenirs... l'amour du pays!..
«Atous les cœurs bien nés!..»
Allons, allons, ma chère Cécile, ce n'est pas inquiétant ! le mariage dissipera toutes ces petites visions ; j'ai votre parole, et dès que mon fils sera votre époux.
M"" DE PRESLE
Mais quel est donc cet homme, savez- vous son nom ?
LE BARON, dans la coulisse.
Peste soit du chevalier de Saint-Georges!
M. DE BOULOGNE
Dieu soit loué... voici mon fils!
ACTK I SCÈNE IV.