‹ Pièces de théâtreChapitre 226 sur 1069 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les Mêmes, LA FEMME DE CHAMBRE, revenant précipitamment.

la'femmede chambre, à la Comtesse.

M. de Saint-Georges qui monte le grand escalier.

M°" de PRESLE, à part.

Le Chevalier! (Haut.) Une visite, mon ami., je suis obbgée de te renvoyer. (AiaFemmedeciiambre.) Fais-le passer de ce coté. ( Elle montre la porte à droite. A Platon.) Si tu découvi-e quelque chose, viens siu--le-c}iamp, n'importe à quelle heure... Si j'avais du monde, je chargerais quelqu'un de te recevoir... Vas... vas vite. ( La Femme de chambre fait sortir Platon, par la porte à droite.)

^CÎ-VSK M.

M°" DE PRESLE; puis SAINT-GEORGES,

en riche habit de cour.

M""^ DE PRESLE, d'abord seule.

Je la connaîtrai! (Avec humeur.) Mais lui, que me veut-il?., pourquoi venir?..

UN LAQUAIS, annonçant et se retirant ensuite. M. le chevaber de Saint-Georges.

M°" DE PRESLE, le Saluant froidement.

C'est VOUS, Monsieur...

SAINT-OEORGES.

Pardon, M"' la Comtesse... je suis bien indiscret, sans avoir obtenu l'agrément... je venais précisément vous demander la permission de me présenter chez. vous...

M°" DE rr.îSLF.

Ah!

LE CHEVALIER DE SAINT-GEORGES

SAINT-GEORGES

Elvous offrir, de la part de M^'de Montesson, cette invitation... pour son bal de demain, que vous ne refuserez pas, j'espère !

( Il lui donne un billet cacheté.) M""" DE PRESLE, à part et jetant le billet sur la toilette à gauclie.

C'est un prétexte !

SAINT-GEORGES

Et puis le désir d'avoir de vos nouvelles... Vous paraissez souiirante ?

M'"' UE PRESLE, très froide et s'asseyant.

Oui... un peu de migraine !.. de fatigue... je crains d'être fort mauvaise compagnie, Monsieur , et vous ferez biea mieux de vous rendre... où l'on vous attend sans doute avec impatience!..

SAINT-GEORGES, étonné.

Où l'on m'attend! où donc, Madame?

M°" DE PRESLE

Eh mais! chez votre fiancée... lorsqu'on doit se marier.

SAINT-GEORGES

Me marier! moi? Qui vous a dit?

M"' DE PRESLE

C'est le bruit général !

SAIIN T-GEORGES, souriant.

C'est singulier... on n'a pas daigné m'en faire part!., il est probable que je recevrai un billet. M""* DE PRESLE , se levant.

Comment, Monsieur!

SAINT-GEORGES, sérieusement.

On vous a trompée; Madame, je ne me marie pas, et je ne me marierai sans doute jamais! jjme jjg PRESLE , d'un air aimable.

Ah!.. Asseyez-vous donc, je vous en prie...

SAINT-GEORGES

Je craindrais d'abuser... votre santé...

M"* DE PRESLE, souriant.

Non ; cela va beaucoup mieux.

SAlNT-GîTORGES, la regardant tendrement.

Oui... voilà vos couleurs qui reviennent... et avec elles, ce regard si doux !

Oui, la migraine... un rien suffit pour dissiper... (Le faisant asseoir.) Mettez-vous donc là, Chevalier, je serai enchantée de causer... j'ai mille choses à vous dii'e... et puis un service à vous demander...

SAINT-GEORGES, s'assevant près d'elle.

Un service! moi? Ah! Madame... je n'aurais osé prétendre à une telle faveui"... ordonnez, je vous en conjure !

M""* DE PRESLE

A propos!.. (Gaîment.) Et votre aventure de ce matin, dont vous ne parlez pas... cet ami qui a été coucher, à la Bastille, pour vous ! Savezvoiis que c'est d'un dévouement...

SAINT-GEORGES, souriant.

Il faut lui rendre justice! il ne savait pas bien positivement où il allait.

M"* DE PRESLE

Vraiment?

SAINT-GEORGES, de même, il crovait courir à une bonne fortune.

eia-

M"" DE PRESLE, riant.

Ah! ah! ah!., c'est atroce... Chevalier... mais vous êtes un honmie affreux!., et quel est le malheureux? est-ce que je le connais? SAINT-GEORGES, gravement.

Ah! je ne puis le nommer... les devoirs de l'amitié.

M""^ DE PRESLE, riant toujours.

Vous les remplissez très bien !.. Oh ! vous me le direz n'est-ce pas? Mais, avant tout, parlons du service que je réclame de vous... cl songez que nous sommes pas encore assez amis pour me traiter comme celui de ce matin!

SAINT-GEORGES

Ah! Madame!.. Je vous écoute.

M""^ DE PRESLE, suivant tous ses mouvemeus. Vous m'avez dit que vous étiez né...

SAINT-GEORGES

Au Brésil...

M"* DE PRESLE

Non... non... Vous m'aviez dit... d'une famille portugaise, établie au Pérou.

SAINT-GEORGES, un peu troublé.

Oui... oui, le Brésil, le Pérou!.. Nous avons des bieas dans l'un et l'autre pays... et puis, u» proximité... naturellement...

M"^ DE PRESLE

N'importe ! Vous êtes lié, dit-on, avec le gouverneur de Saint-Domingue... et je voudiais avoir, {ftir lui, des renseignemens sur le sort d'un malhemeux jeune homme... que j'ai connu enfant.

SAINT-GEORGES

Un jeune homme?., qui vous intéresse?

Oh ! beaucoup !

SAINT-GEORGES , à part.

Qu'entends-je!

M"* DE PRESLE, à part.

II a tressailli ! (Haut.) Esclave chez ma mère, il avait fui notre habitation... pour un outrage, qui m'a coûté bien des larmes.

SAINT-GEORGES, à part.

Il serait vrai !

M°" DE PRESLE

Car moi, je ne l'ai jamais oublié... je Taimais tant !

SAINT GEORGES , avec un mouvement.

Vous l'aimiez ? Quoi, la brillante Comtesse! (Reprenant sa gaîté.) Oh ! vous l'aimiez; oui, sans doute... comme un jouet, un caprice, un épagneul, qui amuse un instant, et fait place bleuté)! à im autre favoii !

M"" DE PRESLE

Oui... d'abord! . c'est possible, mais plus tard... (Secouant la tête en souriant.) Hum... je ne sais pas trop ce que cela serait devenu. SAINT-GEORGES , avec joie.

Que dites-vous?

M"* DE PRESLE , à part.

C'est un piège bien innocent... mais si c'est lui, il faudi'a qu'il se tiabisse !

SAINT-GEOGES, avec anxiété.

Vous pensiez que plus tard!..

Écoutez donc. Chevalier... j'ai des idées bizar-

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