‹ Pièces de théâtreChapitre 249 sur 1069 · ACTE 111, sclam vn · texte numérisé non relu

ACTE 111, sclam vn

giesse qui m'a nourri, qui m'a prodigué ses soins et son amour! voilà ma seule famille!

M. DE BOULOGNE, altéré.

O ciel!.. VOUS méconnaîtriez...

SAINT-GEORGES, avec force.

Ce que vous avez méconnu vous-même...

(Avec amertume.) Ah! VOUS croyez. Monsieur... (îue ce titre de père , est un vain nom que l'on peut répudier quand il gène , et réclamer pour imposer ses lois !.. qu'on peut en exercer les ciroits et en trahir les devoirs!., qu'il suffît au bout de vingt-cinq ans, de venir dire à un malheureux , humilié, outragé : je n'ai jamais voulu te reconnaître, je ne te reconnaîtrai jamais... je t'ai voué à l'infamie... je t"ai vendu avant ta naissance... car ton aspect seul eût été un affront pour moi... mais aujourd'hui , je tremble pour l'héritier de mon nom... de ma fortune... sa vie est dans tes mains!., tu vas me sacrifier la réputation, ton honneur... je le veux... et lu dois m'obéir... car tu es mon fils ! je suis ton père !..

M. DE BOULOGNE, d'une voix supliante.

Saint-Georges!..

SAINT-GEORGES, amèrement.

Un père!., moi!., et où était-il, quand le fouet d'une maîtresse hautaine sillonnait mon Iront, et le marquait d'opprobre?., où était-il, quand fuyant à travers les sables, je mendiais un peu de pain , pour ranimer mes forces, uite goutte d'eau pourétancher ma soif!., était-il \i\, '•e père, pour me tendre la main, quand succcni- Ijaiit sous l'excès du travail, j'inondais la terre de ânes sueurs!., et phis tard, lorsque meseftoris, ma persévérance maîtrisèrent la fortune, que je me lis un nom, une existence... était-il là, potir me serrer sur son cœur... et me dire : je siiis fier de toi!.. Non!., au fils légitime, tous ks soins, tout l'amour!., au misérable esclave , l'abandon, l'oubli et la honte!., vous voyez bien. Monsieur, que je n'ai pas de père... que je n'en eus jamais!..

M. DE BOULOGNE , avec désordre.

Ah! j'ai mérité ce traitement... mais vous ne serez point inflexible, Saint-Georges!.. Au nom du ciel, oubliez une insulte que je désavoue... renoncez à un combat qui serait un crime !.. SAINT-GEORGES , fièrement.

Pour que jo le puisse sans déshonneur, monsieur, dites donc tout haut qu'il est mon frère... non pas ici, pour moi seul, en tremblant... mais devant le monde entier! Vous baissez les yeux... vous vous taisez !..

Am : Epoux impr dciit, fils rebelle.

Oui, je c mpnnds, abjurant ma vengeance, 11 faut me perdre aux yeux de tout Paris... 11 faut enlin, par mon lài lie silence,

Sauver le nom de votre fils...

Dévorer, seul, la honte et le mépris!..

(Ivre ironie.;

Moi , votre fils! quand, sous l'alTiont d'un aut Vous prétendez que je reste entaché!

(AT.canwrtiime.)

De mon honneur, vous faites bon marché; On voit bien qu'il n'est pas le vôtre!

rc, I

M. DE BOULOGNE

Oui, je suis injuste, je suis cruel! mais si le préjugé, si les lois du monde te repoussent de mes bras et enchaînent ma tendresse, s'il ne m'est plus permis de suivre le vœu de mon cœur sans appeler sur moi le dédain et le blâme , n'estu pas assez généreux pour comprendre mes lourmens et pour y mettre un terme?.. Les jours de mon lils... je le les demande... je te les demande à genoux.

SAINT-GEORCES, le relevant vivement.

Monsieur!..

M. DE BOULOGNE

Je n'en rougirai pas.

SAINT-GEORGES

Laissez-moi.

M. DE BOULOGNE

Par pitié!..

SAINT-GEORGES

Laissez-moi, vous dis-je ! (Écoutant.) Écoutez!., on monte l'escalier!

M. DE BOULOGNE , avec effroi et passant à droite. C'est lui.

SAINT-GEORGES

Éloignez-vous !

M. DE BOULOGNE

Non ! Je reste... je veux être là.

SAINT-GEORGES

y songez- vous?

M. DE BOULOGNE, avec force.

Aucune puissance au monde ne m'arracnerait de ces lieux : je veux connaître mon sort, je saurai tout souffrir... Mais souvenez-vous... SAINT-GEORGES , vivement.

Souvenez- vous, monsieur, que je n'ai rien promis, et que j'ai été déshonoré !..

(M. de Boulogne remonte la scène de manière que le Baron ne le voit pas d'abord.)

■ SCÈNE Vil.

Les Mêmes, LE BARON, en habit du matin; PLATON , au fond. Puis LA MORLIRPiE , qui rentre au bruit.

PLATON , au fond.

Non, monsieur! c'est impossible !

LE BARON , à Sainl-(;corges.

Imposez donc silence à ce valet, monsieur... Ceux qui ne vous connaissent pas croiraient qu'il était aposté pour m'empêcher d'arriver jusqu'à vous.

SAINT-GEORCl-.S, à Platon.

Sortez !

PLATON

Monsieur?..

SAINT-GEORGES

Sortez, vous dis-je... et que ma porte soit foi' mée!

PLATON

Ah ! malheureux ?..

(Il referme la porte et disparaît.)

r.E CHEVALIER DE SAINT-GEORGES.

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