DE LA NOCE
C'est ça ! embrassez la mariée et vive la gaîlé* I
LAURIOL, à Rose.
Vous pcrmcttczî...
Martigne', Rose, Lauriol, Invites sur le second plan.
ROSE, se laissant embrasser.
Dam ! si ça vous fait plaisir, je m' résigne.
GIMBLET, entrant par la gauche'.
Eh bien I eh bien! dites donc, ne vous génei pas!
TOUS
Ah ! le marié!
* Martigne, Rosc^ Gimblet, Lauriol.
MAGASIN THEATRAL
GÎMBLET.
Si VOUS embrassez ma femme comme ça, qu'cslce qui me restera donc à moi?
LAURIOL
Air de l'Ecu de six francs.
Gimblet, ce n'est pas militaipe De crier, de fair'' le jaloux.
GIMBLET.
Mais, puisque j' suis civil, beau pt-re!... Et puis c'est ma femm'', voyei-vous.
C'est ma femme à c'tl' heure, voyez-vous. Je ne veux pas qu'ell' soit trop tendre. MA.RTIGNE.
Et sa vertu!...
GIMBLET.
Connu! connu!...
Mais la belle avanc' qu' la vertu Quand ell' ne sait pas se défendre.
ROSE
Tiens, je me défends bien aussi... on se défend toujours, mais ça n'empêche pas.
LAURIOL
Ça n'empêche jamais I
Il l'embrasse.
GIMBLET.
Allez, allez 1 les hommes d'âge, ça m'est égal I moi, je tiens de faire un tour à la cuisine, ça tourne, ça fume, ça embaume la gibelotte*. Les musiciens Tiennent d'arriver, une clarinette et un tambour, en même temps qu'un panier de vin que M™^ la baronne, notre maîtresse, dont l'hôtel donne ici près, sur le boulevart, nous envoie par son cocher... cachet jaune I c'est du chenu t
MARTIGNÈ.
Voilà une baronne que j'estime t
GIMBLET.
Écoutez donc 1 elle ne pouvait pas faire moins pour moi qui va-z-être de ses gens, comme ils disent, et surtout pour la mariée qui est la sœur de lait de sa fille.
ROSE
Et vous n'avez qu'à bien vous tenir: Mi'« Céline a obtenu de sa mère qu'elle viendrait faire un tour à ma noce, avec sa gouvernante et son cousin, M. Arthur.
LAURIOL
Fameux honneur, tout de même I
MARTIGNÉ
C'est bon! on se tiendra sur le quarante-huit; salut militaire !
GIUBLET.
Certainement , qu'elle viendra , avec accompagnement de cadeau , car elle nous a promis un cadeau de sa part.
LAURIOL
C'est d'une demoiselle bien élevée.
MARTIGNÈ.
Qu'elle vienne, les poches et les mains pleines, on la débarrassera du quibus! en avez-vous reçu
. Gimblet, Martigne', Rose, Lauriol, les Invites remontent et se disposent dans le fond.
des cadeaux! sans compter le repas de noce que M. Gadichon fournit gratis!
ROSE
Tiens ! mon oncle, je crois bien !
LAURIOL
A propos de cadeaux, dites donc, le père Mathias n'est-il pas prié à la noce?
Pardieul je ne l'ai pas trouvé à l'hôtel tout-àl'heure, il était sorti j mais on m'a remis cette lettre pressée à son adresse, car je l'attends, je l'ai z'invité... c'est l'individu le plus bout-entrain! il est de toutes les fêtes, de tous les écots! il n'y a pas de rigodon et de partie déboules sans lui, avec ça qu'il a toujours quelque victoire à raconter.
LAURIOL
Eh bien! tant mieux, il fera un cadeau à la mariée.
GIHBLET.
Le père Malhias ! ah bien, oui !
ROSE
11 me donnera une prise de tabac.
LAURIOL
Mieux que ça ! mieux que ça ! il a des écus, le père Mathias... demandez à Martigne.
MARTIGNÈ.
Cette bêtise ! est-ce que j'en sais quelque chose? l-e père Mathias est un cachotier qui est serré sur le secret. C'est vrai qu'un jour que j'entrais chez lui, à pas de loup, je l'ai trouvé qui comptait des billets de papier Joseph dans un portefeuille-vert qui était enflé, enflé!
LAURIOL
Et l'autre jour encore qu'un jeune homme est venu de chez un banquier, un argent de change, qu'il disait, pour recevoir ses ordres...
Ah bah 1 ah bah! ce vieux grigou!
MARTIGNÈ.
Le fait est qu'il y a quelque chose de drôle... avec ça qu'il se refuse tout.
GIMBLET.
C'est un avare!
LAURIOL
Il prend du tabac dans la boîte des autres.
ROSE
Oui; mais il a toujours un petit air coquet, quand je le vois chez mon père.
MARTIGNÈ.
Je crois bien, il connaît des gens z'huppés, témoin ce gentil jeune homme qui vient le voir de temps en temps à l'hôtel. Quand il arrive, le père Mathias lui tend la main... et puis, ils s'en vont tous les deux, au fond de son petit jardin, où ils chuchotent, et même que le portefeuille en question, vous savez...
LAURIOL
Le portefeuille vert...
GIMBLET.
Enflé de papier Joseph 1
MATHIAS L'INVALIDE
Je l'ai VU passer dans les mains du jeune homme.
GIMDLET.
Tiens ! tiens 1 tiens !
ROSE
Qu'est-ce que ça veut dire?
MARTIC-NÉ.
Ça veut dire que le père Mathias n'est pas aussi gueux qu'il le paraît; il cache son opulence.
GIMBLET.
C'est un riche honteux!
Air : Voulant, par ses œuvres complètes.
C'est tout d' même un' Jrôr d'aveulurcl
C't invalide avec ses écus
Aurait r moyen d' rouler voiture !
GliMBLET.
Et de vivre comme un Cresus!
lAURIOI,.
En v'ià z'unedes plus solides 1 La forlun' chez nous !
MARTIGNK.
Pourquoi pas?
On dit qu'elle est aveugle... en c' cas Eir peut Lien v'niraux invalides.
On entend fredonner dans la coulisse.
LAURIOL
Chut! qu'est-ce que j'entends?
MARTIGNÉ
Eh ! parbleu, c'est lui, le père Mathias 1
TOUS
Le père Mathias !
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