SCENE Yll
MATHIAS, M-ncDE SERIGNY*,
M"'S DE SERIGNY.
Mathias!...
• M"»* (le Serigny, Mathias.
MATHIAS, se retournant avec hésitation.
Madame... la baronne...
M™e DE SERIGNY, ttvec effusion.
Comment, c'est toi, mon vieux !
MATHIAS
Ah ! bah !
M^ae DE SERIGNY.
Est-ce qu'on ne reconnaît plus ses amis?... ses vieux amis?
MATHIAS
Vrai!... Louison!... madame la baronne!... c'est toi?... c'est vous!... pardon!...
Ml°e DE SERIGNY.
Eh bien!... quand tu me regarderas comme un être de faïence!... viens donc!
Elle lui tend la main ; il tape dedans. MATHIAS.
C'est que je n'y suis plus... je bats la breloque!... avec ça, tes grands airs de tout-àl'heure... (riant) madame la baronne!...
M^'S DE SERIGNY.
Allons donc!... c'est que tout-à-l'heure il fallait garder ma dignité , mon quant à moi, devant cette valetaille.
MATHIAS
Ils ne savent pas que tu es Louison?
M™e DE SERIGNY.
Eh! non; faut poser, faut faire des phrases... comme dans le monde, où je m'ennuie tant, mais à présent... entre nous... il n'y a plus de baronne! [Ils se donnent le bras.) Rien que d'entendre ton nom, ça m'a remuée... mon cœur battait la grosse caisse... je n'y étais plus! mon pauvre Mathias!
MATHIAS
Tu ne m'avais pas oublié?
Mi^e DE SERIGNY.
Oh! jamais I
MATHIAS
Louison!... Dieu de Dieu! que ça fait de bien de se retrouver comme ça!
M^fi DE SERIGNY.
Il semble que ça rajeunisse de vingt ans!... tiens... embrasse-moi !
MATHIAS
T'embras... vous embras... ça va!., vive l'empereur!
Il l'embrasse.
M™6 DE SERIGNY.
Et la vieille garde donc!... que c'est bête!... j'en pleure !
MATHIAS
Et moi donc? mes yeux s'emplissent comme des gouttières!... {Ils se regardent en silence, et partent d'un grand éclat de rire.) Madame la baronne ! . . .
Mme DE SERIGNY, riant.
Invalide !
Hein?... quel déchet!... ce n'est pas comme toi qui es montée en grade 1 Le fantassin , toujours fixe et immobile! Comme j'avais eu le bonheur d'aUraper une quantité suffisante de contu-
MaTHIAS L'INVALIDE.
•ions... et autres agrémens, j'ai été nomme d'emblée... invalide!
Air : Vaitdei'ille de Fapotlncaire.
Aux Invalid's, à peu de frais,
La patrie est très-r' connaissante !
Eir m' loge, eir m' nourrit... à peu près,
Eir m' donn' quat' sous par jour de renie.
Dans un magnifique bôpital.
Je jouis d' la gloire qu'on nous de'ccrne...
Et voilà 1' Lâton d' mare'clial
Qu'on avait mis dans ma giLernc.
urne DE SÊRIGSY , à part.
Et dire que cet être-là était un des plus beaux grenadiers de la garde !
UATHiàs, de même.
Quand on pense que cette femme-là a été une des plus belles cantiaières! (// exprime par un geste qu'elle est bien changée. Haut.) Ah! attention au commandement! que je passe une revue. M"« DE SERIGNY, riant. Qu'est-ce qu'il dit? qu'est-ce qu'il dit?
UATHIAS.
Je suis sûr que tu ne te rappelles plus le commandement.
«""= DE sEBiGXY, de même.
Laisse-moi donc tranquille!
UATHIAS.
Eh bien ! voyons, attention !
Hine DE SERIGSY,
Moi!
UATHIAS.
Tu vois bien que tu ne te rappelles pas...
M"e DE SEEIGNY.
Ohl par exemple!
Elle prend la position du soldat sans armes. UATHIAS.
Allons! fixe! bien ou mal, comme vous êtes... le port d'armes est toujours bon... mais tu dépasses un tant soit peu l'alignement. Demi-tour... droite! {Elle exécute le mouvement.) Le second rang est soigné !
U^e DE SERIGîiY.
Ce n'est pas comme toi, mon vieux; tu es fièrement déjeté* 1
UATHIAS.
Dam ! je n'ai pas été mis dans du coton comme Louison, chez un baron. Ah çà ! où que tu l'as pris, ton baron ?
Mine DE SERIG.NY, qui s'est assise sur le canapé, à gauche de l'acteur.
Mon baron? il m'a coûté cher! Tu sais, le petit Durand , l'apprenti fournisseur, qui me faisait la cour en Espagne... avant de m'épouser, il s'était livré à des spéculations hasardeuses.
UATHIAS.
Oui, il avait emporté la caisse du régiment... elle appelle ça des spéculations hasardeuses ! (// s'assied près d'elle.) Excusez! plus que ça de duvetl
lime DE SERIGMY.
J'ignorais le cas, parole d'honneur! trois ana après, en Portugal, où il s'était réfugié... UATHIAS, passant la main à sa cravaie.
Oui, pour raison!
• Hallùag,Mme Je Scrigny.
M"« DE SERIGNY.
Il me laissa veuve avec une grosse fortune qu'il s'était faite, le diable sait comment! moi, j'en fis un bon usage , je m'en vante ! il y avait là des pauvres Français prisonniers , des camarades à moi, à foi! je vins à leur secours, j'attendris pour eux ces coquins d'Anglais qui n'haïssent pas l'argent...
UATHIAS.
Je te reconnais bien là ! Bonne Louison ! elle n'a jamais rien eu à elle. (// lui frappe sur l'épaule, puis se reprenant : ) Oh ! pardon !
H™e DE SERIGNY.
Il y en avait un surtout, un Français, je Teux dire, un général, un baron de l'Empire...
UATHIAS.
Ah ! v'ià le baron qui arrive!
urne DE SERIGîiY.
Je parvins à le faire échapper, et nous rentrâmes tous deux en France où il m'épousa.
UATHIAS.
Le général ! par reconnaissance?...
H™6 DE SERIGNY.
Oui, et pour avoir mon reste, mes écus, le grigou ! c'était un butor qui m'en a fait voir des dures, sous prétexte que je n'avais pas bon ton et que je faisais des pataquesses.
MATHIAS
Bah! qu'est-ce qui n'en fait pas des pataquesses? on dit ben que j'en fais, moi!
M™e DE SERIGNY.
Eh bien! mon cher, il me laissa de côté, et il mangeait mon bien avec des créatures! et quand je me plaignais, quand je criais, il avait des procédés... ah !
U.ITHIAS.
J'entends, il battait la générale!
Il fait le geste arec sa canne.
K'^^ DE SERIGNY.
Enfin, Dieu le rappela à lui... {Mathias ôle son chapeau) et je suis restée heureuse et pas fière avec ma fille, un bijou !
Ah! oui, je la connais; à propos...
M'"'^ DE SERIGNY.
Hein? tu la connais?
MATHIAS
Et je viens te la demander en mariage. M'"e DE SERIGNY, riant et se levant.
Toi! ah! ah! ah'!
MATHIAS, la contrefaisant.
Ah! ah! ah! pourquoi pas?
Il se lève.
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