SCENE XI MATHIAS, MARTIGNÉ, LAURIOL, GIMBLET
GIMBLET.
Le voilà, votre jeune homme!
MARTIGNÉ et LAURIOL, un ;>eu avinés.
Halte-là!
MATHIAS
Bon! les autres! Laissez-moi donc passer
MARTIGNÉ
Pas d'émeute, vieux! arrêté, par l'ordre du gouverneur !
LAURIOL
Oui, il te veut mort-z-ou vif!
GIMBLET, riant*. Ils viennent vous empoigner, rien que çal
MATHIAS
Comme si j'avais le temps ! {A part.) Et Thierry, et Arthur, si je perds cette occasion!... {Haut.) Tout-à-l'heure, les amis; on m'attend!
MARTIGNÉ, le prenant au collet.
C'est les arrêts qui t'attendent! désolés de te déranger! Ah! tu découches ! ah 1 t'as des allures dans les hôtels!
GIMBLET, faisant signe auxinvalides de l'emmener.
Allez donc! allez donc!
LAURIOL, le prenant de l'autre côté.
Il faut nous suivre!
MATHIAS
Un moment, que diable I {A part.) C'est ce que nous allons voir! [Haut.) Est-ce qu'on traite comme ça un ami? On lui laisse au moins le temps de s'humecter un peu, pour se donner du courage I
Il montre la table et le vin.
* Lauriol, Mathias, Martigné, Gimhlet.
MATHIAS L'INVALIDE
HARTIGNÉ, le lâchant.
Respect aux bonnes intentions ! Mais dis donc, dans cette belle chambre?...
C'est permis 1
GIMBLET.
Hein? plaît-il? il veut boire l
UATHIAS.
Pourquoi pas? et si je veux offrir du cidre aux camarades, comme hier. {A part.) Oh! mes gaillards! Vous m'avez mis dedans! si vous m'emmenez, vous serez bien habiles!
UARTIGNÉ.
Va pour le cidre! les camarades acceptent!
LACRIOL.
Présent !
GIMCLET.
Encore! Ah çà! c'est donc des éponges, les camarades!
MARTIGKÉ*.
Oh ! les drôles de verres! on dirait qu'ils sont de trois paroisses différentes! à moi, le grand.
Il preucl le verre de \ in ordinaire.
LAORiOL, prenant le verre à vin de Champagne. A moi, le long!
MATHIAS, débouchant la bouteille.
A moi, le petit! je boirai double ! Soldats! à vos pièces!
GIMBLET, voulant retenir la bouteille**.
Mais non, mais non, ils en ont assez comme ça. ils sont à moitié bus!
Gimbletl Gimbletl gare la bombe!
^ GIMBLET.
Ne faites pas boire mon beau-père! [Mathias lui fait partir le bouchon de la bouteille dans le nez. Criant.) Ahl bien! merci!
Il sort en courant.
MARTIGNÉ
C'est bien fait! De quoi qu'il se mêle?
MATHIAS
Hein? comme ça mousse! A votre santé, les anciens t
MARTiGNÉ, buvant.
C'est toi qui es le malade 1
Air de la Marche de Sarah.
A la santé'!
D' la g3Îte' !
Mettons r chagrin d' côté ; A force de Loire , Chassons l'humeur noire, Et pour ta prison De gaîté faisons provision.
L'orchestre continue en sourdine jusqiî' à la reprise. LAUBIOL.
Ah! tu appelles ça du cidre, toi? C'est un petit vin du cru bien gentil !
MARTIGNÉ
Fameux I Et tu nous en fais part, à nous qui t'avous mis hier dans les brind-zingues 1
MATHIAS
Bah! c'est vous? parole d'honneur I {A part.) Aussi, vous me le paierez!
MAKTIG.NÉ.
Oui, pour faire évaporer le secret de ton opu-
* Lauriol, Marlignû, Mathias, G imblet.
•* Lauriûl, Martigné, GimWct, Mathias.
lence, cachotier que tu es 1 et nous savons tout, et le gouverneur aussi!
MATHIAS, effrayé.
Le gouverneur! ô ciel! le gouverneur! Vous lui avez dit...
MARTIGNÉ
Non; c'est ton petit argent de change qui est venu, à c' matin, à l'hôtel.
MATHIAS, à part.
Le moyen de me taire, à présent! faut que je parle !
MARTIGNÉ, après avoir bu.
C'est-à-dire que si ça dure, je l^uilte le vin pour me mettre à ce cidre-là, moi! mais tu ne bois pas, vieux !
MATHIAS, feignant de chanceler comme eux. Si fait, si fait, je vous tiendrai tctc, morbleu!
MARTIGNÉ
Je t'en défie! Tiens! comme ça passe!
IlLoii.
MATHIAS, à part.
V'ià que ça mord!
REPRISE DU CHOEUR
A ta santé' I D'ia gaîte'! etc. Marlig'né et Lauriol s'attablent et boicent. Céline paraU viveTitent.
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