SCENE XIV
MATUIAS , ARTHUR , ensuite THIERRY.
ARTHUR, à part.
Mais il faut qu'il sorte !
MATHIAS
Vous attendez quelqu'un, n'est-ce pas? quelqu'un pour vous battre! ..
ARTHUR
Me battre?... allons donc!... qu'est-ce qui vous a dit!...
MATHIAS, montrant la boîte de pistolets. Qu'est-ce que c'est que ça ?
ARTHUR
Et que vous importe !
Il m'importe!... il m'importe!... ((ue vous ne vous battrez pas! .. ça ne se peut pas, voyezvous!... ce serait un... {se retenant) ce sciait horrible, ça!
ARTHUR, s' efforçant de rire.
Ah! ah! ah!... me battre! Ah! ahl... et avec qui?
MATHIAS
Ahl ah!... avec Thierry!
ARTHUR
Thierry, je ne sais ce que vous voulez dire? il est parti! je ne l'ai pas revu!
* Mme (le Serigny, Mathias, Céline, Arthur. * Céline, Mathias, Mm* de Serigny, Arthur.
MATHIAS L'IiNVALlDE.
MATIIIAS.
Ail! vous ne l'avez pas?...
THIERRY, entruiit vivoiteut par le jardin. Me voici, monsieur, je suis prêt.
MATUIAS.
Hein?
THIERRY, à part.
Il est encore ici !
Eh bien, quand ça serait ''... quand nous voudrions nous battre... pour notre agrément particulier !
^ MATHIAS
Et moi, je ne le veux pas I
THIERRY
Si fait!., j'ai insulté , monsieur, je lui dois réparation!... vous êtes militaire, vous savez...
MATHIAS
Laissez-moi donc tranquille!. . Deux blancsbecs !... restez !...
THIERRY
L'honneur me fait un devoir de vous désobéir !... Oh ! mon Dieu! .. ne me plaignez pas, j'ai si peu à perdre!... Adieu!... {A Arthur.) Sortons, monsieur !
ARTHUR
J'attends I... sortonsi
Ils remontent.
MATHIAS , courant à la porte.
Non ! vous ne sortirez pas ! je sais ce que c'est que l'honneur! je me suis aligné dans mon temps, comme un autre; mais vous! vous!... {S'atlachanl à la porte.) Ah! vous m'écraserez plutôt!
ARTHUR
Oh! mais c'est une scène arrangée!
THIERRY
Monsieur! monsieur! c'est une insulte de plus!
Ce n'est pas mon intention, monsieur, ce que j'ai dit, ce que j'ai fait, c'est que vous m'y avez forcé, j'en suis fàclié... suivez-moi donc! MATHIAS, repoussait Ariltur et lui prenant le bras.
Mais, vous ne savez donc pas que c'est impossible!... que si vous vous battiez! ..
THIERRY et ARTHUR.
Eh bien?
MATHIAS
Eh bien ! j'avais juré que mon secret mourrait, là, avec moi... mais c'est vous qui m'y forcoï I après tout , faut bien que ça éclate!
THIERRY
Mathias !
ARTHUR
Parlez!
MATHIAS
Mais, vous êtes de braves jeunes gens; ce secret, vous me le garderex!... vous me le jurez ! (.4 Tldcrry.) Au nom de votre père , Thierry 1
THIERRY
Mon père 1
MATHIAS
Au nom du vôtre, monsieur Arthur... le vôtre était un brave homme, voyez-vous, un bon soldat; notre empereur, qui s'y connaissait, l'avait gradé, enrichi, titré; on avait allongé son nom... c'était une petitesse du temps. {Frappant sur son cœur.) Mais là, voyez-vous, rien de changé : il me parlait toujours comme autrefois, quand nous n'étions rien tous les deux, dans le bon temps I il n'yavait qn'un secret qu'il ne me disait pas, un secret qui lui pesait là, sur le cœur, comme un boulet de quarante-huit. (.4/)réSî<nepa«ie.) On l'avait marié à Arthur, Mathias, Thierry,
une grande dame, rirac, un peu malgré lui.. . (mouvement d'Arthur) il avait un fils! vous , monsieur Arthur! l'héritier de son litre, de sa fortune, vous veniez de naître ; il était heureux, je le croyais du moins, quand à Montereau, il fut blessé parla même batterie que moi. . . elle nous avait traités en frères. On nous porta tous les deux à l'hôpital ; il voulut, ce bon Jacques, que mon lit l'ut placé près du sien... çanous consolait tousles deux; et une nuit I oh! cette nuitne sortira jamais de ma mémoire!... je le vois là, ses grands yeux ouverts sur moi, et un sourire sur les lèvres. «Mathias, me dit-il tout bas, voilà le moment de nous quitter; tu vasderneurcr, loi, mais écoute-moi bien... jcvcux mourir en honnête homme, comme j'ai vécu; j'ai une famille à qui tout ce que j'ai va rester, excepté ça, ajouta-t-il, en tirant de dessous son chevet un papier qui lui était arrivé la veille, c'est un dépôt qui te sera remis à toi, l'ami le plus sûr que j'aie au monde, pour faire élever, pour fairedolei-, en ton nom, un pauvre enfant... à qui je ne puis pas laisser le mien; voilà sa fortune à lui!.. Cache-lui en la source ! sa naissance est un secret entre nous! que ma famille n'ait jamais le droit de s'en plaindre ; sers lui de père, toi qui vas rester seul, fais de mon fils un honnête homme.» {Pleurant.) Les larmes nous suffoquaient tous les deux... une heure après, on lui apporta le titre de général, et il mourut en criant : Vive l'empereur!... c'est comme ça qu'on mourait alors I ARTHUR, fondant en larmes.
Mon père !
THIERRY, haletant d'émotion.
Et cet enfant?
MATHIAS
Cet enfant, il est devenu le mien à la paix : on l'a élevé comme le fils d'un grand seigneur ; sa fortune s'est triplée, en secret, entre mes mains... je serais mort plutôt que d'y loucher pour moi, pauvre invalide. Maintenant il est riche, il est noble de cœur, il est biavc... {regardant Thierry) et...
ARTHUR
Thierry!
THIERRY
Oh! non, non... une famille à moi vous trompez, ce n'est pas?. .
MATHIAS
Si fait! si fait!
ARTHUR
Grand dieu! il se pourrait!
THIERRY
Moi! achevez... je...
MATHIAS, le poussant dans les bras d'Arthur. Eh! va donc embrasser ton frère.
THIERRY et ARTHUR, sc précipitant dans les bras l'un de l'autre".
Mon frère!
MATHIAS
Oui, frères... Maintenant, que votre père me pardonne, et vous aussi!
THIERRY, se jetant dans les bras de Mathias. Mathias I
ARTHUR, à Mathias lui donnant la main.
Mon ami I
MATHIAS, triomphant.
Allons donc! je disais bien, moi, que vous ne vous battriez pas.
ARTHUR
Thierry, mon frère, oh! pardonne! j'ai eu des torts !
THIERRY
Non, non, c'est moi, c'est moi seuil 'Arthur, Thierry, Maliiias,
vous
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ARTHUR
Comment les reparer... comment?
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