SCÈNE V
OLYMPE en blanc , mantelet noir , chapeau, POLI- VET, M-^e PICPUS, CHAMBÉRY.
M™* PICPUS, mise commune et à prélenlion. Salut, la compagnie, c'est moi et ma fllle. Bien le bonsoir, messieurs et dames...
CHAMBÉRY
Bonjour , chère Olympe ; mais pourquoi donc amener votre mère?
jime PICPUS.
C'est moi qu'a voulu venir moi-même.
OLYMPE
Je n'ai pas pu l'en empêcher , ma mère est si despote, si tyraiine!...
M™e PICPUS.
Je crois bien : il se promédite des choses qui me déplait. Je ne suis qu'une faible femme; mais quand il s'agit de l'honneur de ma fille unique !...
POLIVET.
Unique , c'est le mot.
jime PICPUS.
Ah : M. Polivet... (elle le salue) oh !... que vous êtes bien mis,... oh! les jolis vétemens... c'est simple et c'est riche, c'est y au Temple que vous avez eu ça ?
CHAMBÉRY
Dites-nous donc ce qui vous amène , madame Picpus?...
SI"ic PICPUS.
Les mœurs en personne. Ma fille est professeuse ; elle vient ici faire de la musique chez un Monsieur , jouer du pianota ses concerts : jusque-la, bien, les cachets sont payés rélifiieusemeut ; je retire le fruit des sacrifices que j'ai faites pour lé- (lucalion de mon enfant.
POLIVET.
C'est une justice à \ous rendre.
OLYMPE, avec sentiment.
En soutenant ma mère , je paie la dette de la nature !.. (Elle passe entre Polivet et sa mère.;
M™e PICPUS.
Oh ! oui, que c'est bien la voix de la nature qui te dit : Donne tes vieux chapeaux à ta mère : donnes-y des robes ouatées , à cette bonne mère, qui t'a connue si jeune. ..(A Polivet.) C'est moi qu'a bercé ses jeunes ans, monsieur Polivet... (Changeant de ton.) Ah!.. Dieu!... que vous êtes bien ficelé!.. CHAMBÉRY, impatienté.
Mais , madame Picpus...
OLYMPE
Ma mère, vous êtes dans le monde!...
Mme pxcPUS.
Je reviens à la chose... (Apart,regardantPolivel.) Il est bien couvert... (Haut.) Il m'est venu par ma fille, que le monsieur d'ici avait jeté en l'air des propos de passion...
OLYMPE, l'interrompant.
De mariage, ma mère ! d'union légitime.
M"-^ PICPUS sans écouler.
C'est indécent !
POLIVET.
Le mariage?...
mme PICPUS.
Non... les propos... et quand il s'agit d'un établissement pour une jeunesse, c'est les parens qui doit recevoir les paroles dictées par des intentions légitimistes...
Et vous croyez que M. Dumoncel ?...
jjme PICPUS.
Pourquoi pas ? vous-même vous aviez parlé de mariage à ma fille; mais vous n'en finissez pas : la jeunesse file avec toutes ces belles promesses-là ! comme la mienne à filé. Ah ! ma folle jeunesse ! ou es-tu ?
POLIVET.
Elle est loin d'ici, votre folle jeunesse , si elle galope toujours.
OLYMPE
Ma mère, M. Chambéry est un indélicat : j'avoue que j'ai palpité pour lui autant qu'une élève du Conservatoire peut palpiter pour un homme qui n'a pas d'oreille : mais j'ai bien vu que la bourse est incohérente avec les beaux-arts, et que l'homme de la spéculation ne peut pas comprendre la femme de l'harmonie.
A m : Faut l'oublier.
L'élève du Conservatoire,
\ des princip's assurémeul ;
Mais il lui faut du sentiment
Pour bien chanter : on doit le croire.
Xux leçons de son professeur
La mesur' n'est pas accessoire , Elle sait conserver l'honneur ; ' Avpc scnlimcnt.)
Mais l'élév' du Conservaloiie .
>c sait pas conserver son cœur.
CIIAMBÉUV.
Olympe, si \ous croyez que Dumoncel nous^
LA CANAILLE
convienne niieiix (juc moi, je sacrifierai mon amour à volrc fortune. Il y a aujourd'hui un concert, un raout, une réunion , qui doit avoir les plus grands résultats; Dumoncel y sera; venez-y; brillez , îriomphez! mais que M™'' Picpus ne revienne pas. Mme PICPUS, s'asseyant près du piano.
Non ; mais je reste. Croyez-vous que je ne sais pas me tenir dans la société?...
CHAMBÉRY
Mais, ma chère , il vous échappe des cuirs funestes !
M™e PICPUS.
Je vous promets de ne pas en lâcher un seul.
POLIVET.
Elle ne dira pas un mot.
OLYMPE
Je respecte ma mère, quoique son éducation ait été négligée... mais elle ferait bien mieux de rester à la maison... Reste à la ma son , bonne mère, tu liras le Musée des familles, et tu cultiveras les serins.
POLIVET, à part.
Qui diable a inventé cette mère-là?., ça devrait être défendu....
OLYIKPE.
Pu'squc vous avez un bal, une soirée, je vais chercher de la musique, des romances.
POLIVET, à Olympe, sans que (^-liambéry l'entende .
Prenez la voiture, allez vous mettre sous les armes, et revenez avec votre cousine... c'est essentiel.
OLYMPE
Ma cousine... pourquoi donc?
POLIVET.
Vous ne m'entendez pas, jeune aveugle !.. Camille est moins chiquée que vous, elle vous servira de repoussoir.
CHAMBÉRY à Olympe.
Qu'est-ce qu'il vous dit donc ?
OLYMPE, sans récouler.
Dieu 1 qu'une artiste a de peine à s'établir quand <>lle n'a pour dot que de courir le cachet !!!..
l'OUVET.
Air : Vaud. de Gille en deuil.
Prenez la voilur' tout de suite, VA vous reviendrez promptement , Si les chevaux vont aussi vile Que chez vous va le senlimenl.
Il ne l'aul pas que l'on s'arréle <^uand on court après du quibus ; Kn pareil cas , il serait bêle De monter dans les omnibus.
ENSEMBLE
Prenez la voilure , etc.
•le prends la voilure , etc. (Elle sort.)