T III
LE MAGASIN THEATRAL
Oi , je ne saîs quel tems doit dmer ton martyre ,
Maïs voilh ce que Dieu me permet de le dire :
Sur ce marbre, celui dont la maiu t'enchaîna
Est le comte don Juan , seigneur de Marana ,
Tiee des Marana, do ut l'illustre famille
Fut, depuis trois cents ans, l'honneur de la Castdle.
Or, 'lorsque son esprit eut quitte ce bas lieu ,
Saint Pierre le reçut et le ramena vers Dieu
Oui, lui tendanllesbras, lui dit: ..Comme un archange,
«Vous avez, ô don Juan, vaincu le mauvais ange ;
>, Vous pouvez de son sort disposer aujourd hui ,
« Dites ce qu'il vous plaît qu'il advienne de lui. »
A cette grande voix, le pieux solitauc
Tomba les doux genoux et le visage en terre ,
Puis, avant adoré l'Eternel , répondit :
» Seigneur, Seigneur, Seigneur, faites que le maudit
«Ne paisse plus" tenter, de sa parole immonde,
»Ni mon Gis, ni les fils qu'il doit laisser au monde.
» Car je sais trop, Seigneur, lorscju'il vous vient tenter,
>, Combien le crenr de l'homme <^st faible h résister;
»lit je voudrais sauver à ma race future
,) Les éternels combats de l'humaine nature ,
» Jusqu'à ce que, parmi ces fils d'avance élus,
))I1 en naisse im, enfin, d'esprit si dissolu,
,. Oiie sans être poussé par Satan vers l'abîme ,
» De son propre penchant il commette un grand crime.
« Or, (ajouta don Juan), Seigneur, pour que cela
i, S'accomplisse, ordonnez que l'ange que voilà
1) (Et c'est moi qu'il montrait) descende sur la terre,
» Avec la mission d'accomplir ce mystère. »
Dieu dit : «Il sera fait comme vousle voulez.»
Et se tournant vers moi, Dieu dit encore : uAUez. w
Alors je descendis de la voûte éteruclle,
Et depuis ce moment, céleste sentinelle,
J'ai sur toi , nuit et jour, veillé silencieux,
Immobile , debout , et sans fermer les yeux.
Ainsi, pour que ma maiu abandonne son glaive,
Pour'que mon pied vengeur de ton sein se soulève,
Il faut qu'obéissant au décret éteruel ,
Un des fils de don Juan devienne criminel.
Maudit! sois donc encore patient au supplice,
Jusqu'à ce que l'arrêt prononcé s'accomplisse.
LK MAUVAIS A>GE, rialll.
Ah! merci : maintenant, lâche esclave de Dieu,
Fais jaillir les éclairs de ton glaive de feu ,
Charge d'un nouveau poids ma poitrine épuisée ,
Jusqu'à ce que ton pied sente qu'elle est brisée.
Poursuis ta mission, bourreau de Jéhova !
Et tant que le Seigneur te dira d'aller , va !
La vengeance pour lui n'aura plus de longs chaimes,
Et mon œil a saigné ses plus sanglantes larmes.
Ah' ce fut un don Juan , seigneur de Marana ,
Dont la main sur ce marbre, as-tu dit, m'enchaîna :
Eh bien ! il a céans un fils qui , je l'espère ,
Est ne pour délier ce que lia son père ;
Ou je me trompe fort , ou bien , par lui , la loi
S'accomplira. ( Éclats de rire dans le fond)