‹ Pièces de théâtreChapitre 463 sur 1069 · LE BON ET LE 3LUJ VAIS ANGE , DON JUAN · texte numérisé non relu

LE BON ET LE 3LUJ VAIS ANGE , DON JUAN

D0\ JliA\. Allons, la lutte estengagée... il faut la soutenir : le prix est magnifique, don Juan. Tuas enfin rencontré un adversaire digne de toi ; il est fâcheux que ce soit sous la robe d'un n;oine. car ie m'en-

tends mieux à me servirclc l'épce c]ue du poignard. (Soulevant la tapisserie.) Ah! le voilà qui s'approche du lit de mon père. Prêtre, fais ton office de prêtre et pas autre chose, je te le conseille... Pourquoi t'éloignes-tu? que vcux-lu faire de cette encre et de cette plume ?.. . Ah ! tu tires un parchemin de ta poitrine, ne mets pas la phune aux mains de mon père, ou si tu le fais, tu vois bien que c'est toi qui cherches ta destinée, cfue c'est toi qui vas audevant du malheur que j'ai voulu éviter... Ah! ah I voilà le vieillard qui écrit... Suis des yeux chaque ligne qu'il trace... chaque ligne m'enlève un titre, un trésor, un château, n'est-ce pas? Une seconde encore, et il ne me restera rien... Il va signer... il... Prêtre maudit !.. (// s'élance dans la chambre. La musique indique la situation, elle est interrompue par un cri ; au même instant le Bon Ange s'envole, laissant tomber son epêe et cachant sa tcte dans ses deux mains, tandis que le Mauvais Ange s'en- /once dans la terre, en riant ; lorsque tous deux sont disparus, don Juan reparaît, pâle, soulevant la tapisserie d'une main et tenant le parchemin de Vautre. ) Il était tems ! la signature manque seule, car ils avaient eu la précaution d'appliquer le sceau d'avance. Personne n'a vu entrer le vieillard. (^Allant à une fenêtre qui domine un précipice.) Personne ne l'a vu sortir, mon père s'est évanoui... et quand il reviendra à lui, il prendra tout cela pour quelque songe de la fièvre. . . poiu- quelque vision infernale!.. Allons. {Mettant le parchemin dans sa poitrine.) Je suis toujours don Juan, seigneur de Marana, fils aîné du comte ! ( Il cherche ci s'appuyer contre le piédestal, et s'aperçoit que le groupe du Bon et du Mauvais Ange n'est plus lii.) Ah ! disparu ! Cette vieille tradition de la famille serait-elle vraie ? Le mauvais ange des Marana devait reprendre, disait-on, sa liberté, lorscju'un crime serait commis par un Marana. Eh bien! le crime est commis, le mauvais ange est libre. {Croisant les bras et regardant le ciel. ) Après?

LE COMTE , appelant dans la chambre it coté. Don Juan !

DOX JUAN. J'attendais une réponse du ciel et la voilà qui me vient de la tombe • c'est la voix de mon père. Pourquoi cette voix me fait-elle tressaillir jusqu'au fond des entrailles? pourquoi me sens-je malgré moi tout prêta lui obéir? ah! ah! ah!

c'est qu'on m'a dit quand j'étais enfant : Cet homme est ton père, et tu dois obéir à ton père. ( // s'approche comme malgré lui. ) Préjugés de l'enfance, qui s'enraci-

LE MAGASIN THEATRAL

nent au cœur de l'iiomnie!.. chaînes qui sortent de la bouche des nourrices , et qui garrottent les générations aux générations, ceux qui s'élèvent à ceux qui tombent, la vie à la mort!. Pourquoi le dernier cri du prêtre ni'a-t-il moins ému que cette voix? Don Juan, don Juan ! Poitrine de lion où bat un cœur de femme... obéis!

LE COMTE. Don Juan!

DON JUAN , soulevant la tapisserie. Me voilà, mon père...

(Au moment où il va entier, on entend une voix du côte oppose : c'est celle de don Josès.)

DON JOSÈS , dans V antichambre. Don Juan !

DON JUAN, laissant retomber la portière.

C'est la voix de mon frère, celle-là... Ah! celle-là aussi m'a fait tressaillir jusqu'au fond des entrailles, n^ais de haine et de jalousie !.. Elle vient bien pour combattre l'autre. Merci, Satan !

(Il revient tranquillement en scène.)

©s©(»©©©©©©©©ee©©©©©©©s©&se©©«®s®©©©©©©£€)©©©®

Page 1