‹ Pièces de théâtreChapitre 464 sur 1069 · DON JOSÈS, DON JUAN · texte numérisé non relu

DON JOSÈS, DON JUAN

DON JOSÈS, s'élancant en scène. Don Juan ! don Juan! est-il encore tems? verrai-je encore mon père ?

DON JUAN , mettant le doigt sur sa bouche. Silence, frère!... il dort!..

DON JOSÈS, se jetant au cou de don Juan. Que je t'embrasse pour celte bonne nouvel e , frère ! Comprends-tu ? sans cette lettre du digne dom Mortes , mon père movuail sanscfuejele revisse; il m'aurait appelé dans son agonie et je n'aurais pas été là pour lui répondre ! la terre aurait recouvert cette face vénérable sans que la dernière expression de ses traits soit restée éternellement en ma mémoire... Oh ! cela n'était pas possible ! Dieu n'a pas voulu que cela fût... Laisse-moi pleurer, frère, car j'ai le cœur plein de sanglots et de larmes... Oh! mon père, mon père, mon digne père !..

(Il pleure.)

DON JU.\N, lui jetant un bras autour du cou. Pauvre Josès! et tu as quitté ainsi Sévillc; tes amours enchantées, ta belle Térésina ?

DON JOSÈS. Tais-toi, don Juan, tais-toi, ne parle pas des amours du fils pendant l'agonie du père... Si j'ai quitté Térésina ! oh ! j'aurais quitté ma vie si j'avais cru que mon ame vîntphis vite ! Est-ce cjue sa maladie est mortelle? est-ce qu'il souffre bien? t'a-t-il parlé de moi? s'est-il souvenu de Josès ?

DON JUAN. Oui, frère, nous avons souvent parlé de toi ensemble , et tu disais donc que Térésina...

DON JOSÈS. Oh ! frère ! elle est belle parmi les belles, comme mon père était bon entre tous... Qu'il eût aimé ma Térésina , mon pauvre père! Si j'avais pu voir sa bouche se poser sur ses beaux cheveux blancs, comme ces roses des Pyrénées qui fleurissent dans la neige... Oh! j'aurais été heureux, trop heureux!...

DON JUAN. Et tu l'as abandonnée ainsi à Séville... seule et si loin de toi?

DON JOSÈS. Non, non!., elle m'a accompagné jusqu'en Castille, je l'ai laissée dans notre château de Villa-Mayor ; je ne voulais pas la faire assister à la scène de deuil qui m'attendait ici...

LE COMTE. Josès!

DON JOSÈS. N'ai-je pas entendu mon nom? mon père ne m'a-t-il pas appelé?

DON JUAN. Non, tu te trompes, oublieux;tu ne te rappelles donc pas combien de fois, enfans tous deux, nous avons écouté avec effroi le bruit du torrent qui roule au pied de ces murs, et dont l'eau parfois semblait se plaindre , comme une ame errante et qui demande des prières?

DON JOSÈS. Oui , c'est vrai ; mais moi seul tremblais. . .tu n'avais pas peur, toi, et tandis que je tombais à genoux , moi , tu chantais quelque vieille ballade impie où l'ennemi du genre humain jouait le principal rôle.

DON JUAN. Oui , et comme aujourd'hui , esprit dégagé des liens terrestres , tu oubliais les choses les plus nécessaires à la vie , comme de se reposer quand on est laS; et de manger quand on a faim. Viens dans cette chambre, don Josès... assiedstoi devant une table , et je te servirai comme je dois le faire... mon aîné, mon seigneur , mon maître... Viens , tu boiras à la santé de ta belle Térésina.

DON JOSÈS. Oui , tu as raison, j'aurais bien besoin de réparer mes forces : il y a trois jours que je marche sans m'arrêter ; il y a vingt-quatre heures que je n'ai rien pris , mais si pendant ce tems mon père. . .1

DON JUAN. Je te dis qu'il dort , viens...] viens.

LE COMTE , d'une voix mourante. Don Josès !

DON JOSÈS. Oh! cette fois, je ne me trompe pas ; dis ce que tu voudras , frère, mais c'est sa voix. Me voilà, père, me voilà,

DON JUAN, le poussant. Eh bien ! va doncmaintenant je te permets de l'embrasser.'

DON JUAN DE MARANA

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SCÈr^E VIL DON JUAN seul d'ahord , /j«/5 LE BON ANGE , puis LE MAUVAIS.

DON JUAN. Plus rien, rien que les sanglots de mon frère , tout est fini ! ( // tombe sur un fauteuil et s'essuie le front.) Ah ! {mettant la main sur sa poitrine ) qui est-ce qui me parle là ? qui me dit que j'ai mal fait? quel est cet ennemi qui vit en moi pour me donner des conseils contre moi. ( On entend une musique douce et dans laquelle la harpe domine. Le bon Ange descend du ciel et se pose sur la fenêtre ouverte. ) La conscience, elle est comme don Josès, elle arrive trop Lard. {Le bon Ange remue les lèi>res comme s'il parlait. Don Juan lui repondant.) Il n'est jamais trop tard pour se repentir, et la mort du prêtre... {^Le bon Ange parle de nouoeau. ) Une pénitence de toute la vie peut l'expier. ( Le bon Ange descend et s'approche silencieusement de don Juan. ) Et mon père qui m'appelait, et que j'ai laissé mourir sans lui répondre! ( Même Jeu. ) Il est déjà au ciel , où il prie pour sou fils, donc l'avenir m'appartient encore.

LE BON ANGE , appuyé sur le dossier de son Jau-

ieuil.

Oui, pour toi, si tu veux, commence un nouvel être: Ton père , en expirant , l'a fait souverain maître

De ses vassaux et de ses biens , Tandis que don Joscs , par un destin contraire , Est pauvre... AHobs, don Juan, tends les bras à ton

Et que tes tre'sors soient les siens. [frère,

LE MAUVAIS AKGE , Sortant de terre et s'appuyant

sur le dossier du fauteuil, du côte opposé. Ton frère n'a pas droit, don Juan , à ta fortune : C'est un bâtard jaloux , dont la vue importune

Depuis long-tems lasse tes yeux.

Etranger , de quel droit viendrait-il au partage ? Garde h toi seul, don Juan, ton immense héritage,

Tu t'en feras des jours joyeux.

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