‹ Pièces de théâtreChapitre 466 sur 1069 · DON JUAN, PAQUITA · texte numérisé non relu

DON JUAN, PAQUITA

DON JUAN, de la porte. Seule?

PAQUITA, de Vautre porte. Seule.

DON JU.AN, s' approchant. Tant mieux!

PAQUIT.A, s approchant. Seigneur cavalier, ma maîtresse...

DON JUAN. Ecoute derrière quelque tapisserie, n'est-ce pas?... Sois tranquille, 1 je parlerai bas... Ton nom?

PAQUITA. Paquita.

DON JUAN, allant à elle et la regardant.

Eh bien! Paquita si je connais bien

mes Espagnes, tu es Andalouse... si je n'ai i point oublié ma science des âges, tu as

LE MAGASIN THEATRAL

Vingt-cinq ans... et si je sais toujours lire dans les yeux , tu as déjà trahi un mari , trompé deux amans , et perdu trois maîtresses.

PAQiJiTA. Yous êtes sorcier , monseigneur.

DON JUAN. Quant à mol, je suis le comte don Juan de Marana.

PAQliiTA. Noble?

IDON JUAN. Je t'ai dit mon nom.

PAQUITA. Riche?

DON JUAN. Comme une mine d'or.

PAQUITA. Et magnifique?

DON JUAN. Comme le roi.

PAQUITA. Vous croirai-je snr parole?

DON JUAN, lui duiiiuiut sa houf>e. Non, sur actions.

PAQUITA. Je vous crois, monseigneur.

DON JUAN. Maintenant, pavions de ta maîtresse.

PAQUITA. Elle a...

DON JUAN. Dix-sept ans , je le sais.

PAQUITA. Elle s'appelle...

DON JUAN. Dona Tén'sina, je le sais.

PAQUITA. Elle est fiancée...

DON JUAN. A don Josès, je le sais encore.

PAQUITA. Qu'elle, .

DON JUAN. N'aime pas.

PAQUITA. Qu'elle aime.

DON JUAN, lui passant .sa cluiîiie au cou. On plutôt qu'elle?...

PAQUITA. doit aimer.

DON JUAN. Ses dcfauts?

PAQUITA. Je ne lui en coimais aucun.

DON JUAN, lui passant une hague au doigt. Elle doit en avoir.

PAQUITA. Elle est un peu curieuse , un peu coquette, un peu vaine.

DON JUAN. J'ai deux chances de plus que le serpent... Eve n'était que curieuse.

PAQUITA. Et elle n'avait pas de femme de chambre.

DON JUAN. C'est juste, cela m'en fait au moins une de plus... Adieu, Paquita.

PAQUITA. Vous vous en allez?

DON JUAN. Je sais ce que je voulais savoir.

PAQUITA. Reviendrez-vous ?

DON JUAN. Peut-être.

PAQUITA. Au revoir, monseigneur.

DON JUAN. Ne me reconduis-tu pas?

PAQUITA , prcnaitt un flambeau. Oh !

pardon .

(Elle sort doniùre don Juan.)

SCEÎ^E III.

TÉRÉSINA, puis PAQUITA.

TKRKSINA, entrant (Joutrrnrnt. il est parti .

PAQUITA, Jetant un cri dans le corridor, Ah!

TÉRÉSINA. Qu'ya-t-ii-

PAQUITA, rentrant sans Jlambeau. Rien, j'ai laissé tomber mon flambeau.

TÉKÉsiNA. Eh bien I ce cavalier?

PAQUITA. C'est un noble seigneur.

TÉRÉSINA. Ses manières?

PAQUITA. D'un prince... et avec cela...

TÉRÉSINA. Quoi?

PAQUITA. Timide!... oh! mais timide comme un écolier...

TÉRÉSINA. Vraiment?... et t'a-t-il parlé de moi?

PAQUITA. De qui vouliez-vous qu'il me parlât?

TÉRÉSINA. Que t'a-t-il dit?

PAQUITA. Que vous étiez belle comme une madone.

TÉRÉSINA. Après?..

PAQUITA. Qu'il vous aimait comme un fou.

TÉRÉSINA. C'est tout?

PAQUITA. Et qu'il mourrait si vous ne lui ordonniez pas de vivre.

TÉRÉSINA. Tu lui as dit que j'étais fiancée à don Josès ?

PAQUITA. Oh! mon Dieu! oui... Mais je m'en suis bien repentie, allez!...

TÉRÉSINA. Pourquoi?

PAQUITA. Parce que cela a paru lui faire une peine!...

TÉRÉSINA. C'est bien... Aidez-moi à me déshabdler, Paquita.

PAQUITA , portant la main sur sa maîtresse et s' arrêtant. Chut!...

TÉRÉSINA. Quoi?

PAQUITA . Des pas ! . . .

TÉRÉSINA. OÙf

PAQUITA , indiquant le corridor. Là î

TÉRÉSINA , écoulant. Ils s'approchent.

PAQUITA. On place quelque chose à la porte.

TÉRÉSINA. On s'éloigne.

PAQUITA. Il faut voir ce que c'est.

TÉRÉSINA. Attends encore.

(Pause)

PAQUITA. Maintenant?

TÉRÉSINA. Oui , je crois...

PAQUITA, ouvrant la porte. Une cassette!

TÉRÉSINA. Avec un papier?

PAQUITA , lisant. « A dona Térésina , fiancée de don Josès. »

TÉRÉSINA, prenantla cassette. C'est vrai.

PAQUITA. Elle est pour vous!

TÉRÉSINA , la lui rendant. Remets cette cassette où tu l'as prise.

PAQUITA. Oh ! mon Dieu !

TÉRÉSINA. Quoi ?...

PAQUITA. Elle s'est ouverte toute seule..»

DON lUAN DE MABANA.

( Tout en marchant rers la porte. ) Des perles, des diamans !

TÉRÉsiNA. Attends , que je voie.

PAQUITA. Yoyez;..

TÉRÉSINA. C'est un éciin royal.

PAQUITA. » A dona Térésina, fiancée de don Josès. »

TÉRÉSINA. Reporte-le !

PAQUITA. Ce soir?

TÉRÉSINA. A l'instant!

PAQUITA.' Mais je ne sais où est logé le comte , moi , et il me semble qu'il sera tems demain matin.

TÉRÉSINA. Quel magnifique collier !

PAQUITA. Comme ces perles iraient à votre cou !

TÉRÉSINA. Et ces bracelets ! regarde.

PAQUITA. C'est le fils de quelque empereur.

TÉRÉSINA. Et CCS pendans d'oreilles , ce bandeau , cette ceinture !

PAQUITA. Nous avons trouvé notre génie.

TÉRÉSINA, soupirant. Malheiueusement, nous ne pouvons pas accepter ce qu'il nous donne.

PAQUITA. Pourquoi pas? ces bijoux sont oft'erts à la fiancée de don Josès , et l'on accepte un cadeau de noces.

TÉRÉSINA. Oui, mais tu sais c}ue don Josès aime la vie retirée , et ce sont dts bijoux à porter à la coiu-.

PAQUITA. N'y allez pas: la reine en tomberait malade de jalousie, et l'infant en mourrait d'amour.

TÉRÉSINA. Flatteuse!

PAQUITA. La senora veut-elle que je lui essaie ces bijoux?

TÉRÉSINA. Non.

PAQUITA. Madame veut-elle que je la désbabille ?

TÉRÉSINA. Non.

PAQUITA. Madame me permet-elle de me retirer?

TÉRÉSINA. Oui.

PXQVn.X, allant Ji/squ'à la porte et rei^enant A propos, ces bijoux?

TÉRÉSINA , étendant la main sur eux. Tu les viendras cbercher demain matin.

PAQUITA. Comme madame voudra.

TÉRÉSINA. Demain matin , entends-tu ?

n'y manque pas.

PAQUITA, de la parle. C'est chose dite.

(Elle sort.)

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