‹ Pièces de théâtreChapitre 465 sur 1069 · LE BON ANGE · texte numérisé non relu

LE BON ANGE

Du moins, pour rétablir entre vous l'équilibre , Puiscpic tu l'as fait pauvre , il faut le faire libre ; Tu rempliras ainsi le dcsir paternel .

Et don Josès heureux , près de sa jouue femme , Te dressera, don Juan, un autel dans son ame, Où brûlera l'encens de l'amour fraternel.

LE MAUVAIS ANGE

Pourquoi donc d'un vassal appauvrir ton domaine? Laisse aller don Josès oii «on destin le mène ;

Ses fils de ta maison augmenteront l'honneur , Et sa femme, à l'autel , devenant ta vassale. Te devra le trésor de sa nuit virginale Dont, libre, son époux t'enlève le bonheur.

Lr, BON ANGE.

Mais ce n'est qu'un enfant aux flammes ingénues . Qui, le soir, va perdant son regard dans les nues,

Demandant au flot qui bruit Pourquoi son jeune sein s'enfle comme son onde , Et quel est le secret des voluptés du monde

Dont elle rêve chaque nuit.

LE MAUVAIS ANGE

Don Juan, c'est un trésor ! crois-moi , l'Andalousie Exprès pour tes plaisirs semble l'avoir choisie ,

Avec un teint blanc et vermeil , Avec de longs baisers , brùlans comme une flamme, Et des regards ardens qui pénètrent dans l'ame

Comme deux rayons du soleil.

LE BON ANGE , s'éloif^nant. Adieu! pauvre insensé qu'entraîne un mauvais songe, De cette vie un jour tu sauras le mensonge , Et tu me chei'cheras d'un douloureux regard; Et tu m'appelleras comme un vaincu sans armes,

Avec des sanglots et des larmes ; Mais peut-être que Dieu répondra : C'est trop tard !

(// disparaît.) LE MAUVAIS ÂKGL , s'enfonçarit len/ement en terre. Adieu! noble don Juan, le monde est ta conquête, Au-dessus de ses fils tu peux lever la tête; Car tu n'as plus de maître, et toi seul es ton roi ; Et si ton cœur, lassé de voluptés paisibles,

Rêve des plaisirs impossibles , Appelle-moi, don Juan, je monterai vers toi.

(// disparaît.)

e«oeeoeiBeeeeoeee«eooeo®eoeeeoeeeee®eoeeeoo6 « SCÈNE VIII.

DON JUAN, puis HUSSEIN ,;j«^s.'

DON JUAN, se levant. Holà , esclave !

HUSSEIN, entrant. Que plaît-il à votre seigneurie ?

DON JUAN. Dis à un écuyer et à douze hommes d'armes de venir me rejoindre à la maison du parc , où j'ai ce matin un rendez-vous avec Carolina. Ce soir , nous partons pour ^'illa-IVfayor.

HUSSEIN. Préviendrai-je don Josès , le frère de votre seigneurie?

DON JUAN. Retiens bien ceci, esclave, afin de ne plus tomber dans la même faute : je suis le fils unique du comte , le seul héritier de sa famille , et quiconque dira qu'il est mon frère en a menti.

(Hussein s'incline, don Juan sort par la porte opposée à celle oîr est son père.)

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DEUXIÈME TAÏÎLEAI".

Une chambre du château de Villa-Mayoi

SCEINE PREMIERE.

tÈKtsmk^Vkqmi^k.lisaniloutesdeux.

TÈnÉsiNA. Paquita!

TAQUITA. Madame!

TÉnÉsiNA. Est-ce que le livre que tu lis t'amuse ?

PAQUITA. Prodigieusement. Est-ce cjlic le livre que lit madame l'ennuie?

TÉnÉsiNA. A la mort!

PAQUITA. De quoi traite- il ?

TÉRÉSINA. Des vertus de très-grande et très-noble dame Pénélope, épouse de monseigneur Ulysse, roid'Ilhaque ; et le lien?

LE MAGASIN THEATRAL

PAQUITA. Des amours de la princesse Boudour avec les fils du roi de Serendib. TÉuÉsiNA. Avec le fils, tu veux dire?

PAQUITA. Avec les fils , je dis.

TÉRÉsiiVA. Cela ne se peut pas. PAQUITA. Pardon, senora, elle les a aimés chacun leur tour, le premier, un peu; le second , beaucoup ; et le troisième, passionnémeni ; la progression ordinaire.

îC'est toujours le dernier qu'on aime davantage.

TÉUÉSINA. Vous êtes folle, Paquita.

(Elle se remet h liie.)

PAQUITA, se leiHint et s' approchant de Terésina. IMais le plus joli de tout cela , madame , c'est qu'un jour, en se promenant au bord de la mer, elle trouva sur le rivage un vase de grès scellé avec du plomb ; elle s'approcha de ce vase , et elle entendit une petite voix plaintive qui en sortait; elle le fit briser aussitôt, et elle se trouva en face d'un beau génie qui lui dit de souhaiter trois choses, et qu'elles seraient accomplies. Quand nous nous promènerons au bord de la mer, il faudra bien regarder !

TÉRÉSIN A. Pourquoi?

PAQUITA. Parce que , comme la princesse Boudour, nous trouverons peut-être un génie.

TÉKÉsiNA. Et quels sont les trois souhaits que tu formeras?

PAQUITA. Moi, je n'en formerai qu'un.

TÉRÉSiXA. Lequel?

PAQUITA. Celui d'être à la place de madaiue.

TÉRÉSINA. Et tu te trouverais heureuse ?

PAQUITA. Certes ! car lorsqu'on est jeune et jolie, ce ne sont plus trois souhaits qu'on peut former, ce sont mille caprices qu'on peut avoir. Croyez-moi, senora, l'évent.'iil d'une jolie feunue est plus puissant que la baguette d'une fée.

TÉRÉSIXA. Et comment cela?

PAQUITA. D'abord cela pirle , un éventail.

TÉRÉsiiVA. Quelle langue?

PAQUITA. La plus jolie de toutes, la langue de l'amour. Ecoutez : \ ous êtes à la promenade, un jeune seigneur passe et vous salue ; s'il ne vous convient pas, vous regardez dédaigneusement les dessins ; cela veut dire clairement : Passez au large , mon beau seigneur, car vous n'olit^endrez rien de nous. Au lieu de cela, le cavalier qui passe vous plaît-il ? oh I alors, comme vous ne pouvez pas tout de suite lui rendre son salut , vous vous couvrez la figiU'e ainsi , coiUine si vous ne vouliez pas

le voir, et vous le regardez à travers les branches, cela signifie : Vous êtes assez de notre goût , mon gentilhomme, et si votre naissance et votre fortune répondent à votre tournure , on aura peut-être la faiblesse de vous aimer. Le gentilhomme comprend cela comme si une duègne venait le lui dire à l'oreille ; dix minutes après , il repasse , et trouve que la senora, en partant, a oublié son éventail siu sa chaise ; il s'approche de l'éventail , le prend, le porte à ses lèvres, et l'éventail lui dit : « Ma maîtresse n^vous voit pas avec indifférence ; rapportez-moi chez elle, ca. elle serait désolée de me perdre. » Vous entendez une sérénade sous votre balcon ; c'est votre éventail qui revient et qui vous dit : << Ma belle maîtresse , je suis aux mains d'un seigneur qui vous aime; voyez comme il m'embrasse après chaque couplet ; c'est que vos jolies mains m'ont touché ; maintenant répétez la ritournelle de l'air que la musique vient d'exécuter... Très-bien, ma belle maîtresse, ne vous ennuyez pas trop de nous, car bientôt nous viendrons vous remercier. » En effet, dix minutes après , on entend des pas dans le corridor; c'est un page qui annonce le seigneur don Ramire Mendoce ou don Alphonse, c'est notre gentilhomme. Il entre, vous examinez son costume pour voir s'il est riche et de bon goût; vous regardez son page pour voir s'il a une livrée ; vous jetez un coup-d'œilsur sa litière, pour voir si elle a des armoiries ; et s'il est beau , s'il est riche, s'il est noble, vous lui dites : Je veux trois choses, et il vous les donne I...

TÉRÉSIXA. 3Iais sais-tu bien, Paquita, qu'une aventure à peu près pareille m'est arrivée aujourd'hui ?

PAQUITA. Vraiment?

TtRÉsiNA. Oui, j'étais assise à la porte du parc qui donne sur la route de Santa- Crux, loisque je vis passer un beau cavalier; ce devait être uii grand seigneur, car il était suivi d'un écuyer et de plusieurs hommes d'armes ; il me salua en passant , alors je me sentis tellement rougir, que je me cachai derrière mon éventail.

PAQUITA. Bien !

TÉRÉSIIVA. Sans doute , il crut que je le regardais, car à peine eut-il fait cent pas , qu'il jeta la bride aux mains de son écuyer, descendit de cheval , et vint vers moi à pied. Tu comprends que je ne l'attendis pas , et même je rentrai si vite ( ayant l'air de chercher autour d'elle ) que...

PAQUITA. Que...

TÉRÉSIIVA. Mon Dieu ! que je crois avoir oublié mon éventail sur le banc.

DON JUAN DE MARANA

PAQUITA. Très-bien ! alors nous allons avoir la sérénade.

TÉRÉsiNA. Oh ! j'espère bien que ce jeune seigneur n'y a pas même fait attention, car ce fut un oubli et pas autre chose; demain , dès le matin, Paquita, tu iras le chercher à la petite porte du parc.

(Ou entend la ritournelle d'une sérénade.)

PAQUlïA. Tenez , ce n'est pas la peine , entendez-vous ?

TÉRÉsiNA. Oh ! mon Dieu !

PAQUITA. Eh bien ! qu'y a-t-il là d'effrayant ?

TÉRÉSiiVA. Oui, mais si don Josès savait.,.

PAQUITA. Ah I voilà la grande affaire... Il ne le saura pas.

(Elle va à la fenêtre.)

TÉRÉSIIVA. Que fais-lu ?

PAQUITA. Je vais ouvrir.

TÉRÉSIIVA. Je te le défends I

PAQUITA, ouvrant. Ah ! mou Dieu ! vous avez parlé liop tard.

TÉRÉSIIVA . Imprudente I . . .

PAQUITA. Voulez-vous que je la referjne ?

TÉRÉSIXA. Oh ! puisqu'elle est ouverte...

PAQUITA. Vous avez raison. ( Faisant signe à sa maîlresse. ) Venez tout doucement.

(Elles s'avancent toutes deux sur la pointe du pied.)

TÉRÉSlNA, à la fenêtre. Le voilà I c'est 'ien lui., je le reconnais à sa plume rouge.

PAQUITA. Ecoutez I...

DON JUAN, chantant nu bas de la Jenêlre. En me promenant C(,- soir an rivage , Où , pendant une heuie, à vous j'ai rêve', J'ai laissé tomber mon coeur sur la plage , Vous veniez ensuite et vous Fave/ trouve.

PAQUITA. La ritournelle est délicieuse.

{Clianhml.) La, la, la, la, la...

TÉRÉSlNA , ranctanl. Paquita !

PAQUiïA. Oh I c'est vrai ; et moi qui ne pense pas...

TÉRÉsi\A , siiupiiant. Heureusement que nous sommes enfermées dans ce vieux chàtcait , cl qu'il n'y a pas a craindre c|ue ce cavalier y entre !

PAQUITA j soupirant plus foi t. Oui, trèslieureusemcnt !

TÉRÉsiMA, rci'enu/it à lu rampe. Aussi, je suis tranquille.

PAQUITA, // deml-ouix. Ecoutez!

TÉRÉSP.A. Quoi?

PAQUITA, On marche dans le corridor !.. TÉRÉSIM A, virement. Fermez celte porte, Paquita !

(Paipilta feimc la porte.) PAQUITA , croulant. On s'arrèie I TÉRÉSI\A, écoulant. On frappe I Qui est là?

HUSSEIX , en dehors. L'esclave du comte don Juan.

TÉRÉSlNA. Paquita!

PAQUITA. Silence!... Et que veut le comte don Juan ?

HUSSEIN. Présenter ses hommages à la maîtresse de ce château.

PAQUITA, se retournant vers sa maîtresse. Ses hommages... c'est bien respectueux.

TÉRÉSlNA. JN 'importe, je ne puis le recevoir.

HUSSEIN. Eh bien?

PAQUITA. Eh bien! allez dire au comte don Juan que ce soir il est trop tard... demain nous verrons.

TÉRÉSlNA. Que dis-lu donc?

PAQUITA. Je répète vos paroles mot pour mot.

HUSSEIN. Mais comme mon maître part demain, il désirerait parler ce soir à la camérière.

PAQUITA , se retournant i>crs sa maîtresse. A la camérière , je n'y vois pas d'inconvénient... d'ailleurs, il faut que je lui redemande votre éventail... vous ne pouvez le laisser entre les mains de ce jeune homme, ce serait lui donner des espérances.

TÉRÉSlNA, i'i\>cment. Tu as raison.

PAQUITA, rt Hussein. Allez dire au comte don Juan que la catuérière de dona Térésina consent à lui accorder l'entrevue cju'il sollicite.

TÉRÉSlNA. Paquita, je me retire dans ma chambre... Tu lui diras qu'il m'était impossible de le recevoir, cjue je suis fiancée à don Josès , et qu'il sait qu'en pareille circonstance, les jeunes filles espagnoles ne paraissent devant aucun autre cavalier que devant leur mari.

PAQUITA , la poussant dans sa chambre.

C'est bien , c'est bien, c'est bien!

(En se retournant, elle aperçoit don Juan sur le seuil de la porte.)

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