‹ Pièces de théâtreChapitre 483 sur 1069 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

DON JOSÈS, LE MAUVAIS ANGE, LE COMTE DE MARANA, couché sur son tombeau.

LE MAUVAIS ANGE, à don Josès. Pardon, maître, si je vous ai quitté un instant, mais j'étais impérieusement rappelé à Madrid pour souiller un mauvais conseil à votre frère.

DON JOSÈS, se levant. C'est bien.

LE MAUVAIS ANGE. Puis à la manière dont il les suit , ce serait péché que de l'en laisser manquer ; il y a à cette heure deux âmes de plus qui voyagent sur la route de l'enfer avec des passeports signés don Juan,

DON JOSÈS. Tant mieux, et que la colère de Dieu s'amasse sur sa tète !

LE MAUVAIS ANGE, s'arrêtant. Vraiment, si votre seigneurie n'était si pressée, je lui ferais observer que nous traversons en ce moment une mine d'argent qui n'appartient à personne, et qui attend un pauvre pour en faire un riche.

DON JOSÈS. Tu sais que ce n'est point cela que je cherche ; marche I

LE MAUVAIS ANGE, descendant quehjues escaliers et s' arrêtant de nouveau. I\Iaître , voilà sur mon honneur un lilon de l'or le plus pur. Il fallait que le roi Ferdinand fût bien fou pour envoyer chercher au Mexique ce qu'il pouvait trouver en grattant cette noble tene d'Espagne. De l'or, maître , de l'or; va dénoncer cette mine à Charles-Quint , et il te fera ministre ; et il te permettra de garder ton chapeau devant lui , et il te pendra au cou un mouton au bout d'une chaîne.

DON JOSÈS. Je n'ai pas le tems d'être ambitieux... marche!...

LE MAUVAIS ANGE. Pardon, mais si pressé que vous soyez , permettez que je vous offre ce diamant : regardez son eau , pesez sa lourdeur, et lorsque vous serez de retour sur la terre, brisez-le en trois morceaux, et avec chacun d'eux vous achèterez , si vous voulez , la sultane de Soliman , la maîtresse de François I*% et la femme de Henri VIII.

DON JOSÈS. Il n'y en avait qu'une en ce monde que je désirasse posséder ; elle est morte ou déshonorée, et il faut que je la venge... marche !

LE MAUVAIS ANGE. Nous sommes arrivés, voici les murs du caveau où est enfermé Iç tombeau de votre père...

DON JOSÈS. Mais la porte ?

LE JiAUVAis ANGE. Ah ! la porte, vous m'avez demandé le chemin le plus coui't; elle est de l'autre côté.

DON JOSÈS. Et comment entrerai-je ?

LE MAUVAIS ANGE. N'est-ce que cela qui vous inquiète ? ( 7/ souffle, le mur s'é" croule. ) Passez , monseigneur, quant à moi je vous attends ici, j'aime autant ne pas me hasarder en terre sainte.

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