SCENE II
LE IMAUVAIS ANGE, assis sur la dernière marche de l'escalier, DON JOSES, entrant dans le tombeau du comte, LE VIEUX COMTE.
DON JOSÈS, s' avançant avec respect. Pardon , mon père, si je descends dans votre tombe avec d'autres mots à la bouche que des mots de prière , avec un autre sentiment dans le cœur qne celui de l'amour fdial. Mais vous savez ce qui est arrivé , mon père? eh bien! s'il est vrai que vous ayez aimé ma mère d'un amour conjugal ; s'il est vrai qu'elle fut toujours pure et que je suis votre fds aîné ; s'il est vrai qu'au moment de mourir vous vouliez me reconnaître pour l'héritier de votre nom ; si ce parchemin que je vous apporte est l'expression de votre volonté ; s'il est écrit de votre main, s'il est scellé de votre sceau, s'il n'y manque que votre signature, si la mort seule a fait tomber la plume de vos doigts, par l'amour de l'amant, par l'honneur du chevalier, par le cœur du père, je vous adjure, entendez-vous? votre fils bien-aimé, sur le sein duquel vous avez rendu le dernier soupir; votre fils au désespoir vous abjure de demander à Dieu , comme unique récompense de votie noble vie, qu'il délie les chaînes glacées qui vous attachent au cercueil , afin que vous vous souleviez sur votre tombe, et mettiez votre signature au bas de cet acte. (L'cfligie du comte se soulève lentement sur le loni~ beau , prend la plume et le parchemin des mains de don Josès , signe , laisse tomber le parchemin, et se recouche sans pousser un soupir , sans prononcer une parole.)
DON JOSÈS, les bras étendus et les yeux fixes. Père ! père ! mais non , le voilà redevenu immobile. (^Lui prenant la main.) Froid ! c'était une illusion, et ce parchemin ? ( // ramasse le parchemin et regarde.) H a signé ! ah ! je ne suis donc plus un vassal ! ic ne suis donc plus un bâtard ! je
DO::^ JOAN DE MARANA
DON JOSÈs. Je n'ai plus besoin de toi. LE JiAi'VAiS ANGE. ftJais moi, j'ai encore besoin de vous, maître !
(Il s'élance après lui. La toile tombe.)
suis don Josès de Rlarana. Merci , père , merci, {^U embrassant au front. ^ Tu m'as donné le droit de porter l'épée ! . . . malheur à toi , don Juan , malheur !
(Il s'élance hors du tombeau et monte •vivement Tescalier.)
LE MAUVAIS ANGE. Eh bien ! vous ne m'attendez pas, monseigneur?