SCÈNE I
LE BKAVO , seul , ric/te costume de seigneur dalmaie. Oh! je le reconnais, fraîche brise des Apennins, à celte saveur d'oranger que lu imus apportes de Florence, et cependant il y a long-temps que je l'avais oubliée, car de[)i!is mou fatal retour à Venise tu frappais sur mon masque et non sur umn visage. Oh! je te reconnais, Yeni e de mes jeunes et heureuse années, voilà bien ton palais ducal, ton escalier des Géans , ton lion de Saint-Marc, à l'épép tranchante , aux ailes déployées; il me semble être un exilé qui remet le pied sur la terre uîMale, un (il» qui rentre dans la mai-on paternelle. {Des hommes commencent à circuler.) \' culs tl oh! je vais donc pa>ser dans les rues sans y laisser une trace de sang... Je vais donc me n'(?ler à la foule sans être maudit par elle... car si je le reconnais, lu ne me recormais pas, Venise, car je sais tons tes secrets et tu ignoies les miens... Oh! je vais donc vi- VI e deiaX jouis de la vie des hon)mes heureux... Avenir: passé!., dénions sanglans qui marchez devant et denière-moi...
éii)iguez-vuus !.. éltdguez- vous !.. laissezmoi respirer un peu... Depuis que ce masque odieux ne pèse plus sur nivin visage... j'ai pu implorer déjà la pilit'*... j'ai pu faire briller l'or... Oui, depuis hier, nu espoir m'est venu... et demain ! ce soir peut-êlre je saurai si Dieu veut me faire grâce enfin. Un insensé a pris ma place... Ainsi que j'ai l'habitude de le faire, il allend au palais ducal les ordres du Conseil. Penduot
•es deux jours on n'aura point à lui en donner, j'espère... et nmi, pendant ces deux jours, rindilLTenceau front et !«• rire sur les lèvres, je ['onrr.ii tout tenter... oui, tout... pour arracher des piisous du palais le g.igeqni répond du Bravo.
LE BRAVO, LUIDGI, Gondoliers.
UN GONDOLIER. Et il était comme ça, par t(;rre... sur le quai...
LUIDGI. Oli ! mou Dieu oui... comme un thieu.
UN HOMME. Et mort?
LUIDGI. oh! tué raide ; le coup aTait été donné comme pour un jeune homnie qui aurait eu encore soixanie ans à vivre.
TIN HOMME. Pauvre vieillijrd, c'e>t un meurtre inlTurie... un meurtre de Turc et pas de t hrélieu.
UN Ai'TRE. Et In es sûr que c'est encore ce Bravo inau'iil ?
LUIDGI. Si j'en suis sûr! je crnisbieOjpuisqu'nn instant (dulôi je sauvais AlalFéo, moi.
Tous. Vraiment ?
LUIDGI. Je suis arrivé là le premier... et quand le Bravo m'a \u...
UN HOMME. Il a pris \\ fuite.
LUIDGI. Non, pas précisément... non...
non... je dois même dire qu'il a montré un certain courage... mais, c'est égal, il doit bien m'en vouloir.
LE BRAVO, riant. Pas du tout, Luiflgi, lu te trompes.
LUIDGI. Plait-il, ExcellcBce.
LE BRAVO Je dis qoe, loin de t en vouloir le Bravo te doit une récompense, et je ne douie pas qu'il ne te la donne y la première occasion.
LriDGi. Pourquoi cela?
LE BRAVO. Toute peine mérileson salaire, el lu as été d'une soumission aveugle à ses Ordres.
LUIDGI. Moi?
LE BRAVi). Certes; lu es rentré parce qu'il l'avait dit de reoirer; lu n'es pas .sorti parce qu'il t'av.it dit de ne pas sor »ir; et ta tes hûié de sonfller la seule lumière de la mai-^nn qui biûlât sur la rue, afin que la nuil fût bien épaisse, et que pas une fenêtre indiscrète ne regardât le meurtre...
LUIDGI . recalant. Si vous n'êtes pas Satan... qui êtes-vous donc?
LE BRAVO. Je suis un seigneur dalmate... né sur les côtes de Gattaro, dont les habitans soni , comme chacun sait, adonnés à i'cei'^ re d'- !T)agie.
LUIDGI, 5e 5/«-/ittnf, Sainte-Marie-majcure,
olégei-uoust